Vaccins contre le Covid : Oxfam regrette "une approche de charité" avec les pays pauvres

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Les pays les plus riches ont précommandé plus de la moitié des doses des vaccins contre le Covid-19, selon Oxfam. 3:02
Les pays les plus riches ont précommandé plus de la moitié des doses des vaccins contre le Covid-19, selon Oxfam. © NICOLAS ASFOURI / AFP
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La concurrence est féroce dans le monde pour obtenir les doses de vaccins contre le Covid-19. A tel point que 9 habitants sur 10 de près de 70 pays pauvres pourraient ne pas être vaccinés en 2021 selon l'ONG Oxfam. "On reste plus sur une approche de charité que de justice", dénonce le porte-parole de l'ONG, Robin Guittard, dimanche sur Europe 1.
INTERVIEW

L'accès aux vaccins de l'ensemble des pays, notamment les plus pauvres, est un sujet sensible et soumis à la controverse. Il faut dire que la concurrence entre puissances est féroce pour sécuriser les doses produites par les laboratoires. Fin novembre, une pétition pour faire du vaccin contre le Covid-19 un "bien commun" gratuit et accessible à tous a même été lancée par une dizaine de citoyens européens soutenus par de nombreuses associations et ONG, dont celle de lutte contre la pauvreté Oxfam. L'objectif est de contraindre la Commission européenne à ouvrir un débat sur le sujet. Malgré des initiatives mises en place au niveau international, "on reste plus sur une approche de charité que de justice, c'est-à-dire avec un vrai système de coopération au niveau international", regrette Robin Guittard, porte-parole d’Oxfam France, dimanche dans Les Carnets du monde sur Europe 1.

"Les pays les plus riches ont déjà précommandé plus de la moitié des futures doses"

Son ONG tire d'ailleurs la sonnette d'alarme. Selon ses calculs, "les pays les plus riches, qui représentent à peine 14% de la population mondiale, ont déjà précommandé plus de la moitié des futures doses de vaccins, 53% exactement", rapporte Robin Guittard. Le Canada aurait ainsi la capacité de vacciner cinq fois sa population et l'Union européenne deux fois, selon Oxfam. Problème : en parallèle, près de 70 pays pauvres ne pourront vacciner qu'une seule personne sur dix contre le Covid-19 avant la fin de l'année 2021. Pour parvenir à ces résultats, Oxfam a étudié les différents contrats passés entre les États et les principaux producteurs de vaccins expérimentaux.

Un mécanisme international victime des délais de Sanofi

Lancé sous l'égide de l'OMS, un mécanisme international de fourniture de vaccins aux pays en développement nommé Covax vise à réduire ces inégalités. Mais pour Robin Guittard, ce programme de redistribution est plus qu'imparfait. Ainsi, "un tiers des vaccins dans le cadre de Covax étaient prévus grâce à Sanofi", rappelle le porte-parole. Or, Sanofi vient d'annoncer un retard sur son vaccin. "Donc ça veut dire qu'on va encore attendre plus de temps pour que les pays les plus pauvres puissent effectivement y avoir eux aussi accès."

Pour le porte-parole d'Oxfam, il faut donc arrêter une "concurrence qui n'a aucun sens en pleine pandémie" afin de "favoriser plutôt une coopération". Selon lui, celle-ci "doit passer par une mutualisation des droits de propriété intellectuelle". "Ça n'a aucun sens que les laboratoires pharmaceutiques maintiennent un monopole sur les vaccins, fixent les prix de manière indépendante et puissent donc faire de larges profits, alors qu'une grande partie de la population n'aura pas accès à ce vaccin", conclut Robin Guittard.

Europe 1
Par Jonathan Grelier