Traçage numérique et règles sanitaires : le nouveau quotidien des Chinois déconfinés

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Une femme portant un masque et des gants en plastique attend de traverser une rue à Pékin, le 23 avril 2020, alors que la Chine a entamé son déconfinement. © NICOLAS ASFOURI / AFP
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Les parcs, les restaurants et les écoles ont rouvert à Pékin, déconfinée depuis plusieurs jours. Mais les habitudes des habitants ont changé. Entre traçage numérique et mesures sanitaires, la Chine se déconfine progressivement en mettant ses habitants sous haute surveillance. 
REPORTAGE

En Chine, après trois mois de confinement strict, le retour à la vie normale se fait avec mille précautions et sous haute surveillance. Pékin, la capitale, est ainsi déconfinée depuis quelques jours. Notre correspondant sur place a raconté ce nouveau quotidien pour des millions d'habitants, dans l'émission Les carnets du monde sur Europe 1

Télétravail généralisé et mesures sanitaires dans les écoles 

Le déconfinement est en effet encore très relatif à Pékin : officiellement, 90% des entreprises ont pu reprendre le travail mais essentiellement à distance. Dans les faits, seule la moitié des employés peut se rendre au bureau. Des mesures essentielles pour respecter la distanciation sociale. 

Du côté des établissements scolaires, les écoles et les universités ne sont pas encore rouvertes dans la capitale. Les élèves de terminale devraient normalement reprendre le chemin des cours lundi. Mais le bac a été décalé d’un mois : il aura lieu les 7 et 8 juillet. Pour les plus jeunes, une autre organisation est prévue. Leur rentrée sera étalée sur plusieurs semaines. 

En dehors de Pékin, certaines écoles ont déjà rouvert. Elles sont soumises à des règles d'hygiène contraignantes. Chaque élève travaille sur une table et doit porter un masque tout au long de la journée. Les professeurs ont par ailleurs tous été testés et les locaux désinfectés avant la reprise des cours. Ces derniers sont également nettoyés en profondeur plusieurs fois par jour. Lors du repas, il n'est pas toujours possible de se rendre à la cantine car certaines sont fermées. Dans celles qui sont ouvertes, il est demandé de manger avec ses propres baguettes. 

Les rues et les commerces sous surveillance

Non seulement le retour à la vie normale n'est pas encore d'actualité dans les écoles et au travail mais dehors, dans les rues, le déconfinement est lui aussi progressif. Certes, il est possible de retrouver ses amis dans des restaurants et des cafés mais à Pékin, près de la moitié d'entre eux ont fermé et beaucoup ont fait faillite. Pour les établissements qui ont survécu à la crise du Covid-19, des nouvelles règles sont en vigueur. 

C'est le cas dans le café de Yan Zhi, situé à Pékin. Cette propriétaire a été contrainte de fermer son commerce pendant trois mois. "Au début, quand j’ai dû fermer mon café, j’étais tellement stressée que je ne pouvais plus dormir", se souvient-elle.

"Maintenant ça va mieux, l’épidémie est sous contrôle en Chine donc nous avons eu l’autorisation d’ouvrir à nouveau. Les gens peuvent venir chez nous boire un verre", affirme Yan Zhi, qui doit aujourd'hui s'habituer à des nouvelles réalités. "Nous devons prendre la température de tous nos clients. Ils doivent s’enregistrer sur un registre et laisser leurs numéros de téléphone et de carte d’identité. Ils doivent également mettre un masque et se laver les mains puis nous désinfectons quand ils s’en vont", égrène la patronne. 

Des QR code comme "certificats de bonne santé" 

Si les parcs et les centres commerciaux ont rouverts, la vie sociale reste limitée. Les Pékinois n'ont pas le droit de se faire livrer à domicile ou d'accueillir des proches chez eux. Dès qu'ils sortent de leur logement, ils doivent fournir des laissez-passer aux autorités et sont soumis à des tests de température. Dans le cadre de ces contrôles, il est aussi demandé aux habitants de présenter son téléphone portable.

Les autorités scannent des codes électroniques appelés QR codes. Ils permettent de vérifier que le détenteur du smartphone n’est pas sorti de Pékin depuis au moins 14 jours. Si le signal est vert, il est possible de poursuivre sa route. En revanche, s'il est rouge, il est interdit de pénétrer dans un lieu public. 

"Partout on l’on va, il faut s’enregistrer et scanner son QR code. C’est comme un certificat de bonne santé sur nos téléphones portables", raconte une femme rencontrée dans le café de Yan Zhi. "Quand je sors de chez moi, j’ai besoin d’un laissez-passer. Partout où je vais, je dois m’enregistrer pour vérifier que je n’ai pas quitté Pékin et que je ne suis pas censée être en quarantaine", précise-t-elle en qualifiant ce scénario de "rassurant". "Si quelqu’un est malade, [les autorités] peuvent retrouver tous les gens qui sont passés ici pour nous tester. Je me sens en sécurité et il faut se conformer à ces règles du gouvernement", poursuit-elle. 

Surveillés étroitement par le pouvoir 

Comment fonctionne ce système de traçage numérique ? Les opérateurs de téléphonie travaillent main dans la main avec le gouvernement et la police. Les smartphones sont soit géolocalisés avec la puce GPS soit scannés lors de voyages ou différents déplacements. Or, à Pékin, le téléphone portable est un outil indispensable. Il sert à payer au restaurant, commander un taxi, se faire livrer de la nourriture ou encore à emprunter de l’argent. 

Ce dispositif de surveillance de masse s'inscrit dans une stratégie plus large émanant de l'État. Depuis plusieurs années, la Chine a en effet mis en place un système de crédit social : les bonnes et mauvaises actions des citoyens sont enregistrées par les smartphones. Avec la crise du Covid-19, Pékin a étendu ce système et les opérateurs du crédit social gèrent désormais ces QR code. 

Toutes les actions des habitants sont non seulement centralisées dans les bases de données des opérateurs mais la police semble aussi y avoir largement accès. Plusieurs ONG s'en inquiètent même s'il leur est difficile de critiquer le gouvernement. De quoi ternir le sentiment de libération ressenti par les Chinois après trois mois de confinement. 

Europe 1
Par Sébastien Le Belzic, édité par Tiffany Fillon