Narcotrafic : "El Mencho", la nouvelle bête noire des Américains

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Le narcotrafiquant "El Mencho" est activement recherché par les États-Unis et le Mexique.
Le narcotrafiquant "El Mencho" est activement recherché par les États-Unis et le Mexique. © US Department of State
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Depuis l'arrestation d'"El Chapo", dont le procès s'est ouvert lundi à New York, le chef du Cartel Jalisco nouvelle génération est désormais le plus recherché du continent américain.
PORTRAIT

"El Chapo" n'est plus le baron de la drogue le plus puissant et le plus recherché du monde. Le Mexicain, dont le procès hors-norme a débuté lundi à New York, a clairement perdu de son aura depuis son extradition aux États-Unis, en janvier 2017. Son cartel aussi. L'ennemi public numéro 1 s'appelle désormais Nemesio Oseguera Cervantes, dit "El Mencho" (le diminutif de son prénom). Plus mystérieux que son compatriote, le chef du Cartel Jalisco nouvelle génération (CJNG) a la réputation d'être ultra-violent. Les États-Unis ont déjà promis dix millions de dollars, soit près de 9 millions d'euros, pour quiconque fournira les informations menant à son arrestation. Au Mexique, sa tête est tout bonnement mise à prix à 60 millions de pesos (2,6 millions d’euros).

Dernier domicile connu : "le Mexique".Sur le site de la DEA, la brigade des stups américaine, Nemesio Oseguera Cervantes est présenté comme un mâle blanc, aujourd'hui âgé de 52 ans. Son dernier domicile connu ? "Le Mexique". Car pour l'heure, l'homme reste totalement introuvable. Son cartel, le CJNG, fait pourtant partie "des cinq organisations criminelles transnationales les plus dangereuses au monde", selon le ministre américain de la justice, Jeff Sessions. D'après ce dernier, le groupe exporte au moins cinq tonnes de cocaïne et cinq tonnes de méthamphétamines chaque mois dans le pays de l'Oncle Sam.

Un bref passage dans la police. Avant de prendre la tête du cartel, "El Mencho" n'était pas plus qu'un petit trafiquant de drogue, qui officiait aux côtés de son grand frère, Abraham. Né dans la pauvreté, il multiplie dans les années 1980 les allers-retours clandestins de part et d'autre de la frontière, changeant de pseudonyme à chaque fois. Arrêté en 1992, il est condamné à cinq ans de prison au Texas, mais est libéré au bout de trois ans. De retour au Mexique, il rejoint les forces de police locales, dans l'État de Jalisco, sur la côte Pacifique. Sa carrière prend vite une autre dimension : la mort en 1997 d'Amado Carrillo Fuentes, surnommé le "Seigneur des cieux" pour sa prédilection pour les avions, redistribue en effet les cartes du narcotrafic dans le pays.

Une ascension criminelle. Cervantes rejoint alors le cartel Milenio, épousant même l'une des sœurs de son chef. Les arrestations et les assassinats au sein de l'organisation lui font gravir petit à petit les marches du groupe, de scissions en alliances. Jusqu'en 2009, où le groupe change de nom : le CJNG est né. À Jalisco, l'organisation profite de l'affaiblissement du cartel de Sinaloa, celui d''"El Chapo", après la mort de son leader local, Ignacio "Nacho" Coronel, abattu par les forces de l'ordre en 2010.

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© Vincent LEFAI, Jean Michel CORNU, Gustavo IZUS, Tatiana MAGARINOS / AFP

En guerre contre les autres cartels. Se sentant suffisamment fort, il déclare alors la guerre à tous les autres cartels du Mexique et annonce son intention de prendre le contrôle de la ville de Guadalajara, d'après le site spécialisé InterAmerican Security Watch. Il aurait ainsi capturé 35 membres d'un cartel rival, los Zetas, formé d’anciens agents des unités d’élite de la police mexicaine, et les aurait torturés et mutilés avant de jeter leurs corps sur l'autoroute.

Des exécutions barbares. "El Mencho" assassine aussi les civils qui s'opposent à lui ou qui ne paient pas leur "impôt". Le gang met même en scène certains de ses crimes, notamment en les diffusant sur Internet. Le site Atlantico rapporte ainsi une vidéo, dans laquelle un père et son fils sont attachés à des explosifs. Les criminels auraient d'abord fait exploser le fils pour forcer son père à regarder sa mort.

En décembre 2017, le criminel refait parler de lui, après qu'un Youtubeur de 17 ans a été abattu de quinze balles alors qu'il faisait la fête dans un bar. Dans l’une de ses dernières vidéos, le jeune homme insultait le baron de la drogue d’un "El Mencho me pèle le jonc" visiblement mal passé. Aucune accusation n'a cependant été déposée.

Lance-roquettes contre un hélicoptère de l'armée. Le CJNG a aussi et surtout attiré l’attention des medias après une série d’attaques visant les forces de l’ordre dans l’État de Jalisco. En mars et avril 2015, les hommes d'"El Mencho" ont ainsi tué vingt policiers au cours de deux embuscades dans leur fief. Et d'utiliser, en mai 2015, un lance-roquettes pour abattre un hélicoptère de l'armée, tuant neuf soldats. Dans chaque attaque, les troupes lancées aux trousses d'"El Mencho" sont systématiquement freinées par des narcobarrages, constitués de véhicules incendiés. Le temps de laisser le baron de la drogue s'échapper.

Une fortune de 50 millions de dollars. Dans le même temps, le groupe se développe à l'international, tendant ses ramifications jusqu'en Asie ou en Europe. Un analyste du gouvernement évalue aujourd'hui sa fortune à 50 milliards de dollars, soit plus du double de celle du cartel d'"El Chapo", estimée à 20 milliards de dollars. Comme la mort de Pablo Escobar avait profité à ses rivaux du cartel de Cali, la capture de Joaquin Guzmán et son extradition aux États-Unis ont fait les affaires du CJNG.

Sa femme et son fils derrière les barreaux. "El Mencho" s'est toutefois vu infliger un coup dur, en mai dernier : sa femme, soupçonnée de contrôler avec ses frères l’appareil comptable du CJNG, qui blanchit les millions de dollars du narcotrafic, a été arrêtée par les autorités mexicaines. Son propre fils, Ruben Oseguera Gonzalez, alias "Menchito", 28 ans, est lui aussi incarcéré. "El Mencho", lui, n'a pas fini de défier l'ordre établi : dans des vidéos postées en ligne, il critique ouvertement le gouvernement, afin d’asseoir toujours plus son hégémonie sur son territoire.