El Chapo : un procès "XXL" pour un personnage hors-norme

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"El Chapo", lors de son arrestation au Mexique en janvier 2016.
"El Chapo", lors de son arrestation au Mexique en janvier 2016. © AFP
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Le narcotrafiquant mexicain Joaquin "El Chapo" Guzman est jugé à partir de lundi à New York. Un procès sous haute sécurité qui devrait durer quatre mois.

En espagnol, son surnom signifie "Le Courtaud". Mais malgré son 1,60m, Joaquin "El Chapo" Guzman est un personnage d'envergure. Le Mexicain est accusé d'avoir dirigé pendant 25 ans le plus puissant cartel de drogue au monde. Son procès, qui s'est ouvert lundi à New York, est à son image : démesuré. D'une durée estimée à quatre mois, il pourrait d'ailleurs être le plus cher de l'histoire des États-Unis.

Onze chefs d'accusation, 300.000 pages de documents

Les services du procureur de New York ont réuni une montagne de preuves contre le narcotrafiquant : quelque 300.000 pages de documents, 117.000 enregistrements audio, ainsi que des centaines de photos et vidéos. Les avocats de la défense déplorent ne pas avoir pu toutes les examiner… Mais le juge, qui avait déjà accepté deux ajournements, n’a pas cédé à leur nouvelle demande de report.

Le procès est bel et bien lancé, et il devrait durer environ quatre mois. Le temps d'étudier les onze inculpations pesant contre le narcotrafiquant : trafic et distribution de drogues, enlèvements, possession d'armes à feu, blanchiment d'argent… À chaque fois, le Mexicain, aujourd'hui âgé de 61 ans, a plaidé non coupable. Et s'il n'a pas été inculpé de meurtre, les procureurs assurent pouvoir démontrer qu'il a commandité au moins 37 assassinats. Pour lui éviter la prison à perpétuité, ses avocats entendent le présenter comme un simple "lieutenant" de l’organisation.

Qu'importe si leur client se vantait en 2015, dans une interview accordée à l'acteur Sean Penn pour le journal Rolling Stone, de fournir "plus d’héroïne, de méthamphétamines, de cocaïne et de marijuana que quiconque dans le monde".

Un dispositif de sécurité exceptionnel

Parmi les documents présents sur le bureau des procureurs, beaucoup sont restés confidentiels. C'est le cas, aussi, de la liste des anciens associés, employés ou rivaux de Joaquin Guzman appelés à témoigner. Certains bénéficient de la protection du gouvernement américain, sous de nouvelles identités. D'autres sont détenus dans des prisons spéciales pour empêcher toutes représailles.

La sélection du jury, elle, a commencé dès lundi matin à huis clos, une mesure réservée aux criminels les plus dangereux. Signe des menaces possibles, les noms des jurés resteront d'ailleurs secrets et des gardes les escorteront chaque jour au tribunal. Le processus devrait durer une dizaine de jours, à l’issue desquels commenceront les témoignages et plaidoiries.

Les précautions drastiques prises pour ce procès font écho aux conditions de détentions d'El Chapo depuis son extradition aux États-Unis, en janvier 2017. L'homme, qui avait échappé deux fois à ses geôliers mexicains, croupit désormais seul dans une prison de Manhattan. Il est à l'isolement dans une cellule sans fenêtre 23 heures sur 24. Les seules personnes autorisées à lui rendre visite, à travers une vitre, sont ses avocats et ses jumelles de sept ans. En revanche, sa femme Emma Coronel, 29 ans, épousée quand elle en avait 17, est formellement interdite de l'approcher.

"Le procès le plus cher de l'histoire des États-Unis"

Selon Rob Heroy, un ancien procureur et avocat ayant défendu d'autres narcotrafiquants mexicains, ce procès pourrait coûter plus de 50 millions de dollars. Potentiellement "le procès le plus cher de l'histoire des États-Unis", a-t-il indiqué à l'AFP.

Le transport quotidien de Guzman de la prison au tribunal fait évidemment grimper la note. Ses précédentes comparutions avaient entraîné la fermeture temporaire du pont de Brooklyn, bloquant ainsi de nombreux automobilistes. Un transport par hélicoptère ou par bateau présentait un trop grand risque d'évasion... "Il semblerait maintenant qu’une cellule spéciale ait été préparée pour Guzman dans les tréfonds du tribunal de Brooklyn”, croit savoir la chaîne ABC.

L’un des avocats d‘El Chapo, Jeffrey Lichtman, affirme quant à lui dans le New York Magazine n’avoir jamais vu “quoi que ce soit de comparable". Le conseil, qui avait obtenu un non-lieu en 2005 pour le célèbre mafieux John Gotti Jr., a pourtant l’habitude de ce genre de procès… Mais là, "c’est comme s’il y avait six procès en un. (…) C’est probablement vingt fois plus gros que Gotti. Et Gotti, c’était énorme. Énorme".

El Chapo, le "roi" de l'évasion

Personnage central d'une série diffusée sur Netflix, El Chapo fait l'objet d'une fascination médiatique. Ses évasions spectaculaires n'y sont sans doute pas étrangères. Arrêté une première fois en 1993, au Guatemala, il avait d'abord soudoyé ses gardes pour s'en échapper en 2001, caché dans un bac à linge sale.

Interpellé treize ans plus tard par les autorités mexicaines, il avait remis ça à peine un an et demi plus tard. Cette fois, il s'était fait la malle par un tunnel de 1,5 kilomètre, creusé sous la douche de sa cellule et équipé de rails… Sa nouvelle cavale n'avait finalement duré que six mois, soit jusqu'en janvier 2016. Un an après, les États-Unis avaient obtenu son extradition. Nœud de l'accord avec le Mexique : Guzman ne pourra être condamné à la peine de mort.

Europe 1
Par Thibauld Mathieu avec AFP