Librairies, messe, écoles ou terrasses… Comment nos voisins européens luttent-ils contre le Covid ?

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Slovaquie Test PCR Covid Coronavirus
La Slovaquie a procédé à des tests massifs de sa population, début novembre. © VLADIMIR SIMICEK / AFP
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Comment les pays s'organisent pour juguler la deuxième vague de coronavirus cet automne ? Europe 1 s'est rendue en Slovaquie, en Finlande, en Suisse, en Suède et en Italie afin d'y observer les stratégies des autorités et la réaction des citoyens à ces mesures pas toutes coercitives.
DÉCRYPTAGE

C'est un virus qui a ravagé l'Europe entière, d'est en ouest, du nord au sud : sur le Vieux continent, le Covid-19 a fait plus de 325.000 morts depuis le 15 février dernier et le premier décès, survenu en France. Cet automne, tous les pays ont fait face à un rebond très net des contaminations. Mais des rues de Rome à celles de Bratislava, en passant par les cantons suisses et les régions scandinaves, chacun lutte à sa manière contre l'épidémie. Voici comment, dans ces pays très différents, on tente de faire refluer le coronavirus et reprendre une vie normale.

Crise et cacophonie chez les Suisses

En plein cœur de l'Europe, la Suisse voit exploser le nombre de cas. Les cantons suisses romands, et surtout Genève, sont les zones les plus contaminées du continent. C'est un coup dur pour la Suisse, réputée pour son efficacité. Chaque canton prend des mesures sans concertation avec les autres régions, au point que les médias parlent d'un "fossé du coronavirus" : la région alémanique, moins atteinte, rechigne à l'idée de mesures nationales fortes. "La Suisse préfère l'austérité à la vie", a ainsi titré le site Foreign Policy la semaine dernière. En septembre, le ministre des Finances a affirmé que le pays n'avaient pas les moyens d'un deuxième confinement, alors que c'est l'un des plus riches au monde.

Comment la Slovaquie a testé toute sa population (ou presque)

En Slovaquie, on a adopté une stratégie unique en Europe : tester d'un coup toute la population, sauf les jeunes enfants et les personnes âgées. Début novembre, ces tests menés sur environ 3,6 millions de personnes ont nécessité la mobilisation de 50.000 personnes. Des médecins, des bénévoles, l'armée slovaque… Les tests ont été organisés toute la journée, de 7 heures à 22 heures. L'objectif était de faire un tri et de fixer des règles : une personne positive devait observer une quarantaine obligatoire, avec dix jours à la maison, sans droit de sortie. Les personnes négatives, en revanche, recevaient un papier bleu à présenter en cas de contrôle. La population a répondu présent parce qu'elle n'avait pas le choix. Le certificat était nécessaire pour aller travailler ou pour emmener ses enfants à l'école. Et pour ceux qui seraient sortis sans ce fameux papier bleu, le risque était très gros, avec la menace de 1.650 euros d'amende.

" Les mesures prises en Slovaquie sont une sorte d'exemple pour les autres pays "

Cette stratégie a un effet très visible pour ceux qui arrivent de l'étranger, car on observe une vie à l'extérieur en Slovaquie. Magasins ouverts, cafés avec terrasse… "Nous vivons une vie normale, même si le Covid est là", estime Edward, rencontré dans une brasserie de Bratislava. "Même si on doit tout consommer à l'extérieur, en plein air, dans le froid, avec une distanciation entre les tables, on apprécie." Il y a eu une bascule ce week-end : les testés positifs d'il y a quinze jours ont terminé leur quarantaine. Tout le monde a le droit de sortir dehors sans restriction et d'aller au centre commercial, par exemple : "Je suis contente d'être en Slovaquie, où tout ça est possible", explique Barbora. "Les mesures qui ont été prises sont une sorte d'exemple pour les autres pays", se félicite-t-elle.

Cette stratégie séduit ses voisins : l'Autriche a par exemple annoncé dimanche soir qu'elle allait aussi mener une campagne de dépistage à grande échelle. Mais attention, cette stratégie est un outil qui ne fait pas oublier les gestes barrières et le port du masque qui restent obligatoires, comme en France et au Royaume-Uni, deux pays confinés. 

L'Allemagne amorce un tour de vis supplémentaire

Angela Merkel l'a dit lundi matin lors d'une réunion à huis clos : en Allemagne, les chiffres semblent se stabiliser, mais trop lentement. Il faut passer une vitesse supérieure pour atteindre d'ici Noël l'objectif que se sont fixé les spécialistes : reprendre le contrôle sur la propagation du virus et retracer les chaînes de contamination. Actuellement, malgré l'application installée par 21 millions de personnes, on n'a aucune idée de l'endroit et de la manière dont le patient a été infecté, dans 75% des cas.

On s'attend donc à de nouvelles restrictions annoncées à l'issue de la réunion entre Angela Merkel et les présidents de région. Selon le ministre de l'Economie, Peter Altmeier, ces mesures pourraient être en vigueur pour une durée de quatre à cinq mois. Elles frapperont surtout les contacts dans la sphère privée. Si on pouvait assez librement retrouver ses amis tant que c'était à l'extérieur, les choses devraient changer. Les règles pourraient aussi être renforcées dans les écoles, avec port du masque obligatoire et enseignement en demi-groupe. Enfin, là où il y a des foyers de contamination, les magasins pourraient aussi être fermés temporairement.

La stratégie unique de la Suède

Omniprésent en Slovaquie, le masque est très rare en Suède. Dès la sortie de l'avion, la police aux frontières n'en porte pas et personne n'en a dans les rues, les boutiques et les restaurants. Même dans l'hôpital où s'est rendue Europe 1, le chef infectiologue, Fredrik Sund, n'en portait pas. "Quand vous pensez bien porter un masque, vous ne respectez pas les autres recommandations et vous vous sentez invincible", assure-t-il. "Le bon moment pour porter un masque, c'est quand vous êtes dans un endroit bondé, mais vous devriez ne pas y être du tout, en fait. C'est ça, la méthode suédoise. Si vous respectez les règles de distanciation, vous n'avez pas à porter un masque." Ici, seuls les médecins au contact de patients Covid et les travailleurs d'entreprises internationales portant un masque. 

Mais lundi dans la journée, la Suède a tout de même annoncé un renforcement des restrictions. La jauge des rassemblements, jusque là fixée de 50 à 300 personnes suivant les cas, descendra à huit pendant un mois à compter du 24 novembre, une mesure "très intrusive" et "sans précédent", mais "nécessaire" pour faire baisser la courbe du nombre d'infections, a justifié le Premier ministre Stefan Löfven lors d'une conférence de presse. "N'allez pas à la gym, n'allez pas à la bibliothèque, ne faites pas de dîners, ni de fêtes. Annulez!", a-t-il exhorté.

" Les enfants tombent malades tout le temps. S'ils attrapent le Covid, ils s'en remettront "

L'autre énorme différence avec de nombreux pays européens comme la Grèce : les écoles, toujours ouvertes, n'appliquent pas de protocole sanitaire particulier. Les enfants courent partout et se mélangent, sans distanciation entre les élèves et les professeurs. Une scène impossible en France, mais tout à fait normale pour Ligna et son mari Karl, parents de deux enfants à Stockholm : "Les enfants sont peu touchés par le Covid et n'en meurent pas. Ils tombent malades tout le temps. S'ils l'attrapent, ils s'en remettront", balaie la mère de famille. "Mes enfants ont vraiment besoin d'être stimulés par la présence d'autres enfants. L'école est très importante pour eux, c'est un échappatoire", assure Frida, une autre maman.

Si l'impression d'une certaine normalité est présente en Suède, il faut tout de même souligner l'importance de la responsabilité individuelle des habitants. Là-bas, le gouvernement n'a pas le pouvoir législatif pour mettre en place de véritables interdictions, car la Constitution garantit la liberté de circulation. La seule restriction pour l'instant touche les rassemblements, limités à 50 personnes. Pour le reste, le gouvernement ne fait que des recommandations, comme télétravailler et sortir le moins possible, ce qui est très suivi. Le respect des autorités est ancré dans la culture. Les Suédois ont confiance en leurs dirigeants et suivent leurs décisions. Pourtant, le nombre de cas augmente et le taux de mortalité aussi : 598 morts par million d'habitants, ce qui reste légèrement inférieur à celui de la France. 

Les secrets du bon élève finlandais

En Finlande, il y a eu moins de 20.000 contaminations depuis le début de l'épidémie, avec "seulement" 369 morts au total. Pourtant, les autorités n'ont pas imposé de confinement, les bars et les restaurants sont restés ouverts, contrairement à l'Allemagne et les Pays-Bas. Comment expliquer une telle efficacité ? D'abord, les autorités étaient bien préparées, ce qui s'est vu dès la première vague.

Ensuite, un Finlandais sur deux a téléchargé l'application de traçage. La confiance envers le gouvernement est forte et les Finlandais respectent les mesures barrières. Le télétravail est très répandu. Enfin, la Finlande est à l'extrémité de l'Europe et a quasiment fermé ses frontières. Il y a donc moins de mouvements de population, gage d'une circulation très limitée du virus.

En Italie, un confinement plus souple qu'en France

Les messes sont autorisées en Italie, contrairement à la France. Autre exemple : les librairies peuvent rester ouvertes, car elles sont considérées comme nécessaires pour s'aérer l'esprit. Les autorités veulent aussi leur éviter la faillite. "Les librairies sont en crise depuis longtemps. C'est vraiment une bouffée d'air de pouvoir rester ouvert parce qu'en ce moment des gens se mettent à lire, certains deviennent des acharnés de lecture", estime Tulio, libraire à Naples. "Je pense que la France se trompe."Il est aussi possible d'aller chez le coiffeur, même dans les zones qui sont désormais confinées.

" Au lieu d'être égoïstes, nous devons tous prendre nos responsabilités "

Et c'est là une différence majeure avec la France : l'Italie qui confine selon les régions, à l'instar de l'Espagne. Rome est ainsi en jaune sur la carte, en raison d'une faible circulation du virus, avec un couvre-feu, mais peu de restrictions en journée, comme au Portugal. En revanche, Naples s'affiche en rouge avec des hôpitaux saturés et quasiment le même confinement que le nôtre.

Les Italiens semblent plutôt bien vivre cette situation. Là où nous, Français, opposons petits commerces et grande distribution, les Transalpins acceptent les règles. Alfredo, qui tient une boutique de vêtements, va fermer pour deux semaines au moins et n'est pas gêné qu'un magasin similaire puisse ouvrir 100 kilomètres plus loin. "Si, à côté, ils ont eu plus de chance ou s'ils ont été plus efficaces pour contenir l'épidémie, ce n'est pas à eux de payer les erreurs des autres. Cette pandémie nous pousse à être égoïstes et au lieu d'être égoïstes, nous devons tous prendre nos responsabilités." La première vague, très violente, a marqué les Italiens au fer rouge. Le coronavirus les a changés en profondeur, au point quasiment d'en perdre leur comportement latin.

Europe 1
Par I.Ory, J.Chabas, J.-J.Héry, H. Kohl et J.-S. Soldaïni