Xi Jinping et Vladimir Poutine 1:35
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Sébastien Le Belzic avec AFP , modifié à
Ce lundi, au début d'une rencontre très attendue à Moscou, Vladimir Poutine s'est dit "ouvert" à des discussions sur le plan de paix chinois pour l'Ukraine avec Xi Jinping. Ce dernier a en retour salué les "relations étroites" entre la Russie et la Chine. Cette visite arrive un peu plus d'un an après le déclenchement de l'offensive russe.

Vladimir Poutine s'est dit "ouvert" lundi à des discussions sur le plan de paix chinois pour l'Ukraine avec Xi Jinping, qui a en retour salué les "relations étroites" entre la Russie et la Chine, au début d'une rencontre très attendue à Moscou. La visite d'Etat de trois jours en Russie entamée lundi par le président chinois arrive un peu plus d'un an après le déclenchement de l'offensive russe contre l'Ukraine, qui a provoqué des bouleversements géopolitiques et économiques.

Pékin, médiateur pour régler le conflit

Malgré ses relations privilégiées avec Moscou en pleines tensions avec l'Occident, Pékin, qui revendique une influence diplomatique à la hauteur du poids de l'économie chinoise, se pose en médiateur et a proposé le mois dernier une initiative pour régler le conflit. "Nous sommes toujours ouverts à un processus de négociations. Nous discuterons sans aucun doute de toutes ces questions, y compris de vos initiatives, que nous traitons avec respect", a déclaré Vladimir Poutine au début d'un entretien "informel" avec Xi Jinping au Kremlin, retransmis à la télévision russe.

De son côté, le président chinois a salué les "relations étroites" entre Pékin et Moscou, qui ont une "coopération stratégique globale", selon la traduction officielle en russe de ses propos. Pour Vladimir Poutine, la visite de Xi Jinping en forme de soutien est d'autant plus importante qu'il est de plus en plus isolé en Occident et visé depuis la semaine dernière par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour "crimes de guerre". Le Kremlin a fait savoir que leur tête-à-tête "informel" serait suivi d'un dîner, avant des discussions plus officielles mardi, avec la signature attendue d'accords devant approfondir la coopération russo-chinoise.

"Voyage de paix"

Si la Chine, forte de son rôle dans la récente réconciliation entre l'Arabie saoudite et l'Iran, met en avant son plan pour l'Ukraine, elle a du mal à convaincre les pays occidentaux. Londres a néanmoins dit lundi "espérer" que Xi Jinping presserait Vladimir Poutine de "mettre un terme aux atrocités" en Ukraine. Les Etats-Unis accusent de leur côté la Chine d'envisager de livrer des armes à la Russie, ce que Pékin dément fermement. Kiev, qui a poliment accueilli le plan de paix chinois, a exhorté lundi le président chinois à "utiliser son influence sur Moscou pour qu'il mette fin à la guerre d'agression".

Selon le quotidien américain The Wall Street Journal, Xi Jinping pourrait avoir un entretien téléphonique avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky une fois rentré en Chine. Comme pour signifier son soutien à Kiev face à l'appui de Pékin à Moscou, l'Union européenne a annoncé lundi avoir débloqué deux milliards d'euros pour acheter et livrer des munitions d'artillerie à l'Ukraine. Mais ce sommet vise aussi à afficher l'entente entre la Russie et la Chine, au moment où ces deux pays connaissent de vives tensions avec les Occidentaux, même si Moscou semble plus dépendant de Pékin que l'inverse.

Dans un article paru dans un journal russe, Xi Jinping a présenté son déplacement comme un "voyage d'amitié, de coopération et de paix". "Nous avons beaucoup de tâches et d'objectifs communs", a souligné lundi Vladimir Poutine devant le président chinois. Dans un article publié dans un quotidien chinois, le chef d'Etat russe a estimé que les relations russo-chinoises avaient "atteint le point culminant de leur histoire".

Dépendance économique

Isolé en Europe et désormais sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI, Vladimir Poutine peut encore une fois compter sur le soutien de Pékin. La diplomatie chinoise a ainsi appelé lundi la CPI, dont le siège est à La Haye, aux Pays-Bas, à éviter toute "politisation" et à respecter l'immunité des chefs d'Etat. Moscou, de son côté, a réagi en annonçant lundi une enquête pénale contre plusieurs magistrats de la CPI. En signe de défiance, le président russe s'est rendu ce week-end à Marioupol, une ville ukrainienne dévastée par les bombardements russes.

Au-delà d'un appui diplomatique, à la Russie, qui a massivement réorienté son économie vers la Chine face aux sanctions occidentales liées au conflit en Ukraine, la visite de Xi Jinping a aussi une importance sur le plan économique. La Russie a notamment augmenté ses exportations d'hydrocarbures vers les géants asiatiques, comme la Chine, pour compenser les embargos européens. Ce qui la rend de plus en plus dépendante vis-à-vis de Pékin, d'après les analystes. Selon le Kremlin, les deux présidents signeront plusieurs documents, notamment sur la coopération économique russo-chinoise à l'horizon 2030.