Exfiltration du président, cibles visées, réactions... Ce que l'on sait de l'attaque américaine contre le Venezuela
Dans la nuit de vendredi à samedi, Caracas et plusieurs provinces environnantes ont été la cible de nombreux bombardements visant des installations militaires, menés par les États-Unis. À la suite de ces frappes aériennes, Donald Trump a affirmé que ses forces avaient capturé et exfiltré son homologue vénézuélien, Nicolás Maduro.
Pour les habitants de Caracas et des provinces environnantes, la nuit a été marquée par le bruit des détonations et l’odeur de la poudre. Dans la nuit de jeudi à vendredi, les États-Unis ont pris pour cible des installations militaires vénézuéliennes, touchant la capitale ainsi que ses provinces limitrophes.
Trois heures après les premières frappes aériennes, le chef de l’État américain, Donald Trump, a déclaré que "les États-Unis d’Amérique ont mené avec succès une vaste opération militaire contre le Venezuela et son dirigeant, le président Nicolás Maduro, qui a été capturé avec son épouse et exilé hors du pays".
Des frappes nocturnes
Les premières attaques, sous forme de puissantes explosions, ont été entendues peu avant 2 heures du matin (heure locale). Celles-ci ont visé la capitale, Caracas, et ses environs jusqu’à 3 h 15. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses images circulent, montrant des missiles fendant le ciel avant de s’abattre sur leurs cibles.
Des hélicoptères ont également été aperçus dans le ciel de Caracas, avant qu’un sénateur américain n’affirme, vers 11 heures du matin (heure française), que les États-Unis avaient achevé leur action militaire.
"Cette opération, baptisée Absolute Resolve (détermination absolue, NDLR) discrète, précise et menée pendant les heures d'obscurité maximale du 2 janvier, est le point culminant de mois de préparation et d'entraînement", a déclaré le général Caine, le chef d'état-major américain lors d'une conférence de presse en fin d'après-midi. Elle a mobilisé plus de 150 avions.
Les installations militaires pour cibles
Le Fuerte Tiuna, le plus important complexe militaire du Venezuela, qui abrite le ministère de la Défense et l’Académie militaire, a été touché par plusieurs explosions, provoquant d’importants panaches de fumée et des incendies. Ce site, de très vaste étendue, abrite non seulement des infrastructures militaires, mais également des zones résidentielles où vivent des milliers de familles de soldats.
Face aux nombreuses explosions et aux impacts de balles visibles sur certains véhicules, des habitants fuyaient déjà la zone au petit matin. "Ils ont failli nous tuer", témoigne une habitante locale. D’autres détonations ont également été entendues près du complexe aéronautique de La Carlota, un aéroport militaire et de vols privés situé à l’est de Caracas.
L’ouest du pays a aussi été touché, notamment à La Guaira (aéroport international et port de Caracas), à Maracay, capitale de l’État d’Aragua (à 100 km au sud-ouest de Caracas), ainsi qu’à Higuerote (à 100 km à l’est de la capitale), dans l’État de Miranda, sur la côte caraïbe.
Le président Maduro arrêté et exfiltré
Selon un communiqué publié par Donald Trump sur son réseau Truth Social, "le président Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été capturés et exfiltrés du pays". Toutefois, personne ne savait exactement où résidait le président vénézuélien, auquel on prêtait de changer souvent de résidence ces derniers mois. La télévision nationale avait diffusé jeudi une interview de Nicolás Maduro dans laquelle il circulait en voiture dans la capitale, un élément qui aurait pu servir d’indice aux forces américaines.
Donald Trump a raconté lors d'une conférence de presse en Floride avoir suivi en direct l'opération de sa capture, "comme un show télévisé". "Il se trouvait dans un endroit très fortement gardé... en fait, c'était comme une forteresse", a-t-il dit, expliquant que Nicolás Maduro aurait tenté de se réfugier dans un espace ultra-sécurisé mais a été arrêté avant.
Inculpés de "narcoterrorisme", le couple est en train d'être conduit à New York, a dit Donald Trump. Le président américain a publié samedi sur son réseau Truth social une photo de Nicolas Maduro menotté, un masque sur les yeux, déclarant que le président vénézuélien se trouve à bord du navire de guerre USS Iwo Jima. La vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, a exigé une "preuve de vie" du couple présidentiel avant que la Russie n'exhorte "à libérer le président légalement élu d'un pays souverain".
Les principales déclarations de Trump sur l'opération américaine au Venezuela
Dans une longue conférence de presse, Donald Trump a évoqué l'opération américaine pour capturer et exfiltrer le président vénézuélien Nicolas Maduro, a assuré que les Etats-Unis allaient provisoirement "diriger" le Venezuela et mis en garde la Colombie. "Les gens debout derrière moi, on va le diriger. On va le redresser". Derrière le président américain se tenaient le secrétaire d'Etat Marco Rubio, le ministre de la Défense Pete Hegseth, l'influent conseiller Stephen Miller, le directeur de la CIA John Ratcliffe et le chef d'état-major Dan Caine.
"Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées, les infrastructures pétrolières et commencer à générer des revenus pour le pays", a également assuré Donald Trump. "Très important, l'embargo sur tout le pétrole vénézuélien reste pleinement en vigueur. L'armada américaine reste en position et les Etats-Unis gardent toutes leurs options militaires jusqu'à ce que leurs exigences soient pleinement satisfaites", a-t-il détaillé.
Le président américain s'est, par ailleurs, dit prêt à "lancer une deuxième attaque plus importante si besoin". "Nous n'avons pas peur d'envoyer des troupes sur le terrain si besoin. En fait, nous avions des troupes au sol à un très haut niveau la nuit dernière", a-t-il déclaré.
Il s'est également exprimé sur les projets américains en Amérique latine. "Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l'hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question", a-t-il martelé. "Nous voulons nous entourer de bons voisins. Nous voulons nous entourer de stabilité. Nous voulons nous entourer d'énergie. Nous disposons d'une énergie considérable dans ce pays. Il est très important que nous la protégions. Nous en avons besoin pour nous-mêmes", conclut-il.
Des réactions variées à l’international
Principal allié du Venezuela, la Russie a condamné "un acte d’agression armée", rejetant "les prétextes utilisés pour justifier de telles actions" et regrettant que "l’hostilité idéologique ait triomphé du pragmatisme". L’Iran, autre soutien majeur du Venezuela, a également dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays", fustigeant "l’agression illégale des États-Unis".
La Colombie a annoncé le déploiement de troupes à sa frontière avec le Venezuela. Le président colombien Gustavo Petro, proche de Nicolas Maduro, a dénoncé une attaque américaine aux "missiles" contre Caracas, qualifié les actions de Washington d'"atteinte à la souveraineté" de l'Amérique latine et déclaré qu'elles entraîneraient une crise humanitaire.
En Europe, Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, a appelé à la "retenue" et au respect des "principes du droit international et de la Charte des Nations unies". De son côté, l’Espagne s’est dite prête à jouer un rôle de médiateur, se déclarant "disposée à offrir ses bons offices pour parvenir à une solution pacifique et négociée à la crise actuelle". Ainsi, le Venezuela souhaite organiser ce samedi une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.
En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a condamné la capture du président vénézuélien, lors d'une opération qui "contrevient" au droit international, estimant qu'"aucune solution politique durable" dans le pays "ne saurait être imposée de l'extérieur".
Emmanuel Macron a appelé sur X, à une "transition pacifique" et "démocratique" au Venezuela, en évoquant la fin de la "dictature Maduro". Il a plaidé pour que la transition, "respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien", soit assurée "au plus vite" par Edmundo González Urrutia, candidat de l'opposition à la présidentielle 2024.