Crise au Venezuela : quelles conséquences sur le prix du pétrole ?
La crise politique au Venezuela n'a pas provoqué de flambée durable des prix du pétrole. Dans un marché mondial bien approvisionné, l'impact reste limité à court terme, avec surtout un surcroît de volatilité. Les effets potentiels se concentrent davantage sur le moyen et le long terme.
L'arrestation de Nicolás Maduro et l'annonce d’un contrôle américain sur le Venezuela ont ravivé les craintes d’une perturbation de l'offre mondiale de pétrole. Logiquement, cette séquence géopolitique a suscité une tension immédiate sur les marchés, marquée par une hausse de la volatilité sur le Brent et le WTI, deux types de pétrole brut utilisés comme standard dans la fixation du prix du brut.
Pour autant, aucun choc durable sur les prix ne s'est matérialisé pour le moment. En l'état, la crise au Venezuela n'a pas provoqué de hausse durable des prix du pétrole. Les investisseurs ont rapidement intégré un élément clé. La production et les exportations vénézuéliennes étaient déjà très fortement dégradées avant la crise.
Samedi 3 janvier, Donald Trump a annoncé que les compagnies pétrolières américaines se rendront prochainement au Venezuela pour exploiter les gigantesques réserves de pétrole du pays, tout en ajoutant que l'embargo actuel restait en vigueur.
Les Etats-Unis imposent des sanctions économiques au Venezuela depuis 2017. Et depuis 2025, les États-Unis ont révoqué les licences des "entreprises transnationales de pétrole et gaz", une mesure destinée à asphyxier économiquement le Venezuela.
"Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays", a assuré le président américain.
Une offre mondiale suffisamment abondante pour absorber le choc
Le facteur déterminant reste l’état du marché mondial. L'offre de pétrole demeure abondante, ce qui limite mécaniquement le potentiel de hausse des prix. Les augmentations de productions ont même été suspendues jusqu'au mois de mars par l'OPEP.
Les infrastructures pétrolières vénézuéliennes n’ont pas été endommagées et, surtout, les exportations du pays étaient quasiment à l'arrêt.
Depuis le 1er janvier 2026, un embargo américain sur les pétroliers sanctionnés bloque les exportations. En décembre, celles-ci étaient déjà tombées autour de 500.000 barils par jour, contre près du double un mois plus tôt. Dans ces conditions, la crise politique n'a pas retiré de volumes significatifs supplémentaires du marché du pétrole.
Toute perturbation marginale peut être compensée par une hausse de la production dans d'autres régions, notamment aux États-Unis ou au sein de l'OPEP. Ce contexte agit comme un plafond naturel pour les prix.
Des effets plus marqués à moyen et long terme
Si l'impact physique sur l'offre reste limité, la crise vénézuélienne apporte néanmoins un effet psychologique aux cours. Elle s'ajoute à un environnement géopolitique déjà tendu, notamment autour de l'Iran, ce qui entretient une prime de risque modérée.
Ce soutien reste toutefois insuffisant pour enclencher une tendance haussière structurelle. Les marchés privilégient pour l'instant les fondamentaux d'offre et de demande, largement dominés par la surcapacité mondiale.
À moyen terme, les prix du pétrole pourraient réagir si la situation politique vénézuélienne débouchait sur des changements concrets. Le pays détient les plus grandes réserves prouvées au monde, mais sa capacité à augmenter rapidement sa production reste très limitée en raison d'une gestion calamiteuse du secteur par le gouvernement vénézuélien.
Selon Amine Bennouna, chercheur spécialisé dans les questions énergétiques, auprès de Hespress, "le pétrole vénézuélien peut avoir une grande importance pour le marché mondial, notamment pour des pays comme la Chine". Il souligne toutefois que l'enjeu réside davantage dans les réserves que dans la production actuelle, aujourd'hui très inférieure à ses niveaux passés.
Un impact différé sur les prix à la pompe
Une incapacité prolongée du Venezuela à exporter pourrait pousser certains grands importateurs à se tourner vers d’autres fournisseurs, sans pour autant créer de tension majeure sur les prix mondiaux dans l'immédiat.
Concernant les carburants, l'effet de la crise reste inexistant à court terme. Les prix à la pompe reposent sur des achats effectués plusieurs semaines auparavant. Aucune variation n'est donc attendue avant environ un mois et demi, en raison des délais logistiques, estimés à près de trois mois jours entre l'achat du brut et la distribution.
Toute hausse anticipée serait prématurée et risquerait de créer un choc artificiel sur le marché. Les marchés devront attendre plusieurs jours, voire semaines, pour mesurer un éventuel impact réel sur la production.