Coronavirus : au Portugal, dans les cimetières submergés, des enterrements à la chaîne

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cimetière Lisbonne Portugal 1:42
À Lisbonne, le cimetière d'Alto de São João a été dévolu aux victimes du Covid-19. © ©Romane Hocquet pour Europe 1
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Depuis le début d'année, le Portugal est très durement touché par une troisième vague de contaminations au coronavirus. Si la pression épidémique a marqué une légère inflexion ces derniers jours, le nombre de morts reste particulièrement élevé. Dans les cimetières, les enterrements se succèdent à la va-vite. 
REPORTAGE

Sous une pluie fine, quatre corbillards attendent en ligne dans la cour du cimetière qui surplombe l’océan. Dans la nécropole d'Alto de São João, qui regroupe toutes les victimes du Covid-19 à Lisbonne, au Portugal, les cortèges funèbres se succèdent. Même si le nombre de contaminations diminue, le pays reste submergé par cette troisième vague et enregistre toujours plus de 200 décès chaque jour. En conséquence, les cimetières sont submergés et les enterrements doivent se faire à la hâte. 

Des sépultures sans nom

Magdalena sert son bouquet contre elle : "Ce sont des fleurs pour mon père, Pedro", glisse-t-elle. La famille a eu un délai de dix jours pour organiser la mise en terre du patriarche. Dans l’allée centrale, où les poubelles débordent de fleurs encore fraîches, les processions se croisent. "Il y a une famille ici, une autre avant nous, et là mon mari. Ce n’est plus qu’un chiffre. C’est brutal, vraiment brutal", confie la mère de Magdalena.

Brutal comme l’arrivée devant cette parcelle réservée aux morts du Covid-19 :  une centaine de places creusées dans la terre argileuse. Pour aller plus vite, aucune plaque avec des noms n'a été apposée, juste des numéros sur de petits écriteaux plantés dans la terre fraîchement remuée. La pelleteuse est encore là, à quelques mètres d’une autre famille épaulée par un prêtre. "Aujourd’hui, je vais célébrer les funérailles de quelqu’un décédé depuis deux semaines. Toute sa famille avait le Covid et ils ne pouvaient pas venir avant", explique-t-il à Europe 1.

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Dans le cimetière d'Alto de Joao, la pelleteuse s'active tout au long de la journée pour creuser les tombes. ©Romane Hocquet pour Europe 1

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Le nombre de morts à gérer ne laisse par le temps de dresser des monuments funéraires, et de simples numéros remplacent les traditionnels plaques de pierre. ©Romane Hocquet pour Europe 1

 

"Entre 14 heures et 15 heures" de travail pour jour pour les fossoyeurs

La cérémonie n'excède pas une dizaine de minutes. Puis, sans attendre, José, fossoyeur en combinaison blanche, recouvre le cercueil de terre. "Je travaille entre 14 heures et 15 heures par jour, même le soir", assure-t-il. "Le problème, c’est le manque de places. On ne peut pas s’occuper de tout le monde alors on doit stocker les corps dans des conteneurs frigorifiques." Autour de l’homme, une trentaine de trous - vides - sont déjà prêts.

Europe 1
Par Romane Hocquet, édité par Romain David