Pakistan : ces talibans qui veulent faire chuter le gouvernement

Les talibans pakistanais ont attaqué l'aéroport de Karachi, le premier du pays.
Les talibans pakistanais ont attaqué l'aéroport de Karachi, le premier du pays. © REUTERS
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TERRORISME - Les talibans pakistanais, qui ont attaqué l’aéroport de Karachi, cherchent avant tout à "déstabiliser le pays".

Ce sont eux qui ont attaqué la jeune Malala, en octobre 2012. Mohamed Merah, le "tueur au scooter" de Toulouse et Montauban, est passé par leurs camps d’entraînement, non loin de la frontière afghane. Au Pakistan, les talibans, qui mènent une guérilla sanglante contre le gouvernement depuis 2007, ont frappé fort dimanche en attaquant l’aéroport international de Karachi, le plus important du pays. Cette attaque, qui a duré douze heures et s’est soldée par la mort des assaillants, montre la fragilité de la sécurité au Pakistan et l’importance toujours plus grande de ceux qui se font appeler Tehrik e Taliban Pakistan (TTP).

Liés aux talibans afghans. L’assaut de l’aéroport, qui a fait au moins 28 morts, dont dix assaillants, est l’une des actions les plus spectaculaires menée par les talibans pakistanais. Depuis une décennie, ce groupe mène une guérilla sanglante contre le gouvernement, sa cible numéro un. Son but : "déstabiliser le pays", en montrant à quel point le gouvernement est incapable d’assurer la sécurité dans le pays, et "prendre le contrôle de l’Etat pakistanais", explique à Europe 1 Christophe Jaffrelot, directeur de recherches au CNRS et spécialiste du Pakistan. 

Des images de l'attaque de l'aéroport de Karachi :

C’est en 2007 que les groupes qui existaient déjà au Pakistan se sont "fédérés, en réaction à une attaque de l’armée pakistanaise qui visait la mosquée rouge d’Islamabad, emblématique du mouvement islamiste". Actuellement, ces "militants aguerris" seraient environ 50.000, concentrés le long de la frontière avec l’Afghanistan. Les talibans pakistanais sont en effet liés à leurs voisins afghans, aux côtés desquels ils ont combattu les Américains en 2001. Ils entretiennent aussi des relations avec Al-Qaïda, qui leur a transmis sa "maîtrise de l’attentat-suicide".

Des attaques de type commando. Les talibans pakistanais se sont distingués avec des attaques de type commando, contre des cibles censées être sécurisées. En 2011, ils s’en étaient ainsi pris à une base navale à Mehran. Le siège avait duré 17 heures et dix membres du personnel avaient été tués. En 2012, ils avaient aussi tenté de tuer la jeune Malala Yousafzai, dans la vallée de Swat, au nord-ouest du pays. 

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© Reuters

Un "lieu de formation". Les talibans du Pakistan jouent aussi un autre rôle, note Christophe Jaffrelot : "ils ont servi de lieu de formation à plusieurs types de terroristes européens et américains", comme Mohamed Merah. En 2012, un porte-parole de l’une des factions du TTP assurait ainsi que le "tueur au scooter" s’était entraîné avec eux, "dans le Nord-Waziristan", à la frontière avec l’Afghanistan. Faisal Shahzad, auteur de la tentative d'attentat à la voiture piégée en pleine Times Square, à New York, en 2010, était lui aussi passé par les camps d'entraînement des talibans pakistanais.

"Ce n’est que le début". Les actions du TTP demeurent toutefois cantonnées au Pakistan. La ville de Karachi, la plus importante du pays, constitue une cible de choix. L’attaque de l’aéroport se produit dans un contexte particulier : Nawaz Sharif, le Premier ministre, cherche en effet à négocier avec les talibans. "Cette négociation est très laborieuse et beaucoup de talibans ‘dissidents’ cherchent à la torpiller. Et la meilleure façon de torpiller une négociation, c’est de relancer les attentats", note Christophe Jaffrelot. 

Attentat au Pakistan

© REUTERS

Car "les talibans ne sont plus aussi homogènes qu’ils ne l’étaient". Des divisions sont apparues au sein du mouvement, dont les dirigeants "ont été victimes d’attaques de drones à répétition". En revendiquant l’attaque de l’aéroport de Karachi, le porte-parole du groupe, Shahidullah Shahid, a déclaré qu’elle était destinée à "venger la mort de Hakimullah Mehsud", le chef du TTP, tué en novembre dernier par un tir de drone américain. Le nouveau chef du mouvement, lui, "ne tient pas les troupes aussi bien que ses prédécesseurs". Résultat : les troupes talibanes, désorganisées et divisées, n’hésitent pas à frapper comme elles l’entendent.  Et les talibans ont prévenu, d’après le quotidien anglophone Dawn : "ce n’est que le début, nous en avons vengé un, nous devons en venger des centaines". 

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© Reuters

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