A la découverte de la Bretagne : la baie de Morlaix et les oignons de Roscoff

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En balade ce week-end est une chronique de l'émission Europe Matin - Week-end - 6h-9h
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Tous les samedis et dimanches, Vanessa Zhâ et Marion Sauveur nous font découvrir quelques pépites du patrimoine français. Aujourd'hui, direction le nord du Finistère, pour une balade dans la baie de Morlaix, de Roscoff à l'île de Batz.

On prend la direction de la Bretagne ce matin, qui a particulièrement le vent en poupe pendant ces vacances de février. C’est une bonne alternative au grand air de la montagne. Et avec vous Vanessa, on file découvrir la baie de Morlaix. 

Cette baie de Morlaix, dans le Finistère nord, a beaucoup d’atouts aussi bien côté culture que nature. Et pour vous mettre dans l’ambiance, je vous propose de commencer par arpenter les ruelles de Roscoff, la Cité des armateurs.

Il faut prendre le temps de vous arrêter pour observer ces grandes demeures, que les Roscovites, enfin les commerçants et les armateurs, ont pu se faire construire grâce au commerce du sel, du lin et du vin. Il y a de nombreux détails qui en disent long de leur richesse. C’était un vrai concours à celui qui en mettrait plein la vue, surtout avec le nombre de tourelles, de lucarnes de caves. Et justement pour connaitre toutes ces petites histoires, je vous conseille de faire la visite avec un Breizher.

Un Breizher ?

Un greeter breton. Les greeters, vous savez, ce sont ces habitants qui sont tellement passionnés par leur ville, leur région, qu’ils vous la font découvrir à travers leurs yeux, et avec leurs petits secrets surtout. Comme le fait Maryse Ollivier-Cloarec, sur la baie de Morlaix. Elle connait tout sur tout : le passé maritime, les monuments historiques et le jardin remarquable de Roscoff, qu’on appelle le jardin exotique. E

"On a le Golf Stream qui permet d'atténuer le climat en hiver. Et puis ce gros rocher en granit sert de condensateur : la chaleur qui est emmagasinée de jour avec le soleil est restituée la nuit et les températures sont très douces", commente-t-elle pour expliquer ce surnom.

Si vous êtes un amoureux des jardins, vous devez traverser jusqu’à l’ile de Batz, où il y a un autre jardin remarquable. L’avantage, c’est que vous faites d'une pierre deux coups : l’ile en elle-même est déjà un petit bijou.

Et on peut y aller à pied ? 

99 % du temps, non ! On y va en vedette. Vous avez des liaisons qui partent régulièrement du port de Roscoff. Mais Maryse me confiait qu'il était déjà arrivé pendant les grandes marées de septembre, avec des coefficient de 120, que le centre nautique de Roscoff organise de manière très encadrée des traversées à pied. Mais cela veut dire qu’on a quand même de l’eau jusqu’à la poitrine. C'est une expérience à ne pas faire seul évidemment, je le répète. 

Une idée d’hébergement Vanessa ? 

Plus qu’un hébergement, je vous conseille une thalasso au Valdys Resort Roscoff, face à l’ile de Batz, sur la plage de Rock Room, à l’endroit où le docteur Bagot a créé le premier centre de thalasso en France il y a 120 ans .Tout y était : le climat tempéré, les grands champs d’algues bien iodés, ce qui favorise évidemment l’hydrothérapie par l’eau de mer. Il y a différentes formules de un à cinq jours.

Marion Sauveur, vous allez nous parler de la spécialité de Roscoff. 

C'est un bulbe : l’oignon de Roscoff. Un très bel oignon rose : rose cuivré à l'extérieur et rose violacé à l'intérieur. Et il a pour particularité de se conserver neuf mois, sans traitement anti-germinatif chimique ! Il se plaît en Bretagne puisqu’à Roscoff le climat est tempéré : jamais trop froid l'hiver et jamais trop chaud l'été.

On le mange sec. D'ailleurs les oignons vont bientôt être plantés, ça commence au mois de mars. Trois semaines avant les récoltes, on les sort de terre pour les laissez sécher au soleil. Et on le récolte fin juillet début août, quand la queue de l’oignon crisse. Et on le ramasse un jour de soleil et de vent pour qu'il puisse ensuite se conserver pendant neuf mois.

Il a toujours poussé en Bretagne ? 

Non, il est arrivé au 17e siècle : c'est un moine capucin qui l'a ramené de Lisbonne. Il l'a planté dans les jardins du couvent et sa culture s'est développée à partir du 18e siècle. Et l’oignon était un indispensable sur les bateaux : les marins l'emportaient pour ne pas attraper le scorbut. L’oignon est plein de vitamine C !

C'est au 19e siècle qu'un paysan de Roscoff est parti en Angleterre pour y vendre ses oignons. Pourquoi l'Angleterre ? Parce qu'à vol d'oiseau, l'île est beaucoup plus proche que Paris. C'est devenu un véritable phénomène : les bretons allaient vendre leurs oignons, que les Anglais appelaient les Johnnies. Johnnies pour petit John, parce que les Bretons amenaient leurs enfants vendre leurs oignons, et ils étaient nombreux à s’appeler Yann. 

La productrice Tiphaine Quemener, de la Ferme de Kergus, m’a raconté que son père était un Johnny quand il était plus jeune. "Entre ses 14 et ses 20 ans, il allait avec son père à Carlyle, la frontière entre l'Angleterre et l'Ecosse, pour vendre leurs oignons. On appelait ça des compagnies de  Johnnies. C'était des groupes d'hommes : il y avait les botteleurs (ceux qui faisaient des tresses parce qu'en Angleterre on ne vend l’oignon qu’en tresse), qu'on peut suspendre ensuite dans la cuisine, ça c'était le rôle de mon père, et il y avait ensuite des vendeurs, donc des jeunes qui allaient faire du porte-à-porte tous les jours chez les anglaises pour vendre les oignons. Ils ne rentraient pas avant que le vélo soit totalement déchargé et qu'il n'y ait plus une tresse à vendre."

Ça existe toujours ?

Il y a encore quelques anciens et quelques jeunes Johnny mais le métier n'est plus le même. Ils ne vont plus faire du porte-à-porte mais vont en Angleterre uniquement pour la livraison. Le porte-à-porte s'est arrêté en Angleterre dans les années 1970 : les femmes se sont mis à travailler et n'étaient plus là pour ouvrir la porte aux Johnnies. L’oignon de Roscoff a failli disparaître mais il a été relancé par un groupe de producteurs dans les années 1990. Mais on tresse toujours l’oignon avec du raphia. N’hésitez pas à rendre visite à Tiphaine et sa famille à la Ferme de Kergus à Roscoff. Vous pourrez découvrir comment elle tresse les oignons. 

Comment on le cuisine ?

C'est délicieux cru dans une salade parce qu’il est peu piquant. Mais je l’aime beaucoup cuit. Je l’adore en compotée, bien confit. C’est un délice dans une crêpe au sarrazin. C'est simple à faire, puisqu’il suffit de le laisser cuire dans un peu de beurre et d’eau. Laisser cuire doucement, avant d’ajouter un peu de cidre. Cela apporte un bon petit goût, et une belle couleur dorée.

La crêpe de sarrasin, compotée d’oignons

Ingrédients

Pour la pâte à crêpes

  • 500 g de farine de blé noir (sarrasin)
  • 2 cuillères à soupe de farine de froment
  • 1 cuillère à soupe de gros sel
  • 1 oeuf entier
  • 1 cuillère à soupe d’huile
  • 1 litre d’eau
  • 25 cl de lait demi-écrémé

Pour la compotée d’oignons

  • 500 g d'oignons de Roscoff
  • 65 cl de cidre brut
  • Noix de beurre
  • 4 g de sel
  • 25 cl d'eau

 

 

Réalisation

1. Dans un saladier, battre les œufs. Ajouter l’huile et l’eau. Il faut qu’elle soit bien émulsionnée.

2. Mélanger les deux farines et le sel et ajouter d’un coup à la préparation liquide. Mélanger avec une spatule, jusqu’à obtenir une boule compacte. Ajouter du lait au fur et à mesure, jusqu’à obtenir une pâte homogène et sans grumeaux. Laisser reposer la pâte environ une heure avant la cuisson.

3. Pendant ce temps-là : émincer les oignons finement. Faire chauffer du beurre. Une fois chaud, faire revenir les oignons deux minutes, avant d’ajouter l’eau et le sel, et de couvrir. Rester sur feu doux en mélangeant de temps en temps.

4. Quand les oignons sont translucides, enlever le couvercle, jusqu'à ce que le liquide de cuisson ait disparu. Egoutter les oignons, mais garder le jus de cuisson.

5. Mélanger ce jus de cuisson avec le cidre et laisser réduire de moitié. Quand c’est réduit, ajouter les oignons. C’est prêt quand ils sont bien dorés.

6. Faire cuire la crêpe et ajouter cette compotée d’oignons. Avec une saucisse, c’est un délice !

 

Et si on ne veut pas cuisiner ? 

Si vous êtes de passage à Roscoff, passez par le Café Ty Pierre. Ils font en ce moment des plats à emporter. Toujours avec des oignons de Roscoff, comme leur carbonade. Et quand on pourra de nouveau s’attabler vous pourrez goûter à leur brick de lieu jaune-julienne de légumes et compotée d’oignons avec sa sauce beurre blanc.