Transports : les compagnies aériennes low-cost en zone de fortes turbulences

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Des grèves a répétition ont pénalisé la compagnie aérienne low-cost Ryanair en 2018. © ALBERTO PIZZOLI / AFP
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Fragilisées par une concurrence accrue, les incertitudes liées au Brexit et les variations du prix du pétrole, les compagnies aériennes low-cost sont confrontées à d'importantes difficultés. 

ON DÉCRYPTE

Le secteur du low-cost aérien traverse de sérieuses turbulences. Certes, les vols à prix réduits fonctionnent très bien sur les courts et les moyens courriers, pour des week-ends de trois jours. Ryanair et EasyJet, notamment, font ça très bien. Mais de nouveaux acteurs ont essayé de s'engouffrer dans la brèche, et il n'y a pas de place pour tout le monde. Une dizaine de compagnies ont ainsi fait faillite depuis 2017. La dernière, Germania, a mis la clé sous la porte le 5 février. Elle a suivi le chemin de Primera Air, Air Berlin ou encore SkyWorks.

Des compagnies fragilisées au moindre aléas. De fait, les compagnies low-cost, qui font peu de marge, se retrouvent fragilisées au moindre aléa, explique Morgan Bourven, en charge du transport aérien à l'UFC-Que Choisir. "Dans le cas de Germania, par exemple, ils ont parlé de frais de réparation d'appareils qu'ils n'avaient pas anticipés. C'est difficile pour ces compagnies de gagner de l'argent. Dès que leurs frais augmentent, elles tombent dans le rouge." Parmi les causes de leurs difficultés, on trouve également les incertitudes liées au Brexit, ainsi que les variations du prix de pétrole. 

Les derniers mois ont aussi été difficiles pour des acteurs bien installés, comme Norwegian, qui a beaucoup misé sur les vols transatlantiques, notamment les Paris / New York. Un système qui a aussi ses limites, selon Paul Chiambaretto, professeur à Montpellier et spécialiste du transport aérien. "C'est déjà un modèle économique qui est plus vulnérable que le modèle low-cost classique, avec une possibilité de faire des économies plus faibles. Et les compagnies traditionnelles ont un modèle économique déjà bien rôdé sur les vols longs-courriers". 

Grèves à répétition chez Ryanair. Les acteurs du low-cost sont en outre confrontés depuis quelques mois aux revendications sociales de leurs personnels. Des syndicats se sont en effet créés, donnant notamment lieu à des grèves à répétition chez Ryanair, en 2018. "Les pilotes peuvent partir dans d'autres compagnies aériennes, parce que le marché aérien est plutôt favorable", explique Paul Chiambaretto. "Ryanair se retrouve donc contrainte d'augmenter les salaires de ses pilotes, ce qui génère une hausse des coûts et réduit l'attractivité de la compagnie", poursuit-il.

En outre, ces petites structures ont grandi très vite, sans forcément avoir les capacités des grandes compagnies. Ryanair transporte désormais plus de passagers que tout le groupe Air France-KLM. Ses coûts de fonctionnement ont donc fortement augmenté.

Pas d'indemnisation des passagers en cas de faillite. Les offres low cost ont fait évoluer les comportements des consommateurs, qui ont pris l'habitude de prendre des vols courts pour à peine 30 euros. Le prix reste d'ailleurs leur premier critère, si bien que même pour des vols vers les Etats-Unis, les passagers ne mettent plus systématiquement de bagages en soute. Mais avec ces faillites à répétition, une partie des consommateurs préfère retourner vers les compagnies traditionnelles, plus rassurantes. D'autant qu'en cas de faillite, les passagers n'ont droit à aucune indemnisation. 

Face à cet essoufflement du low-cost, Air France a choisi de se repositionner sur le haut de gamme. Le nouveau patron du groupe, Ben Smith, a ainsi décidé de fermer Joon, sa filiale low-cost long courrier, d'intégrer son personnel au groupe Air France-KLM, et de se concentrer sur la qualité du service, pour marquer une différence nette avec les compagnies à bas coût.