Relance économique : "On ne devrait pas retrouver le niveau de 2019 avant 2023"

, modifié à
  • A
  • A
Après une année 2019 placée sous le signe de la baisse du chômage, le nombre de demandeurs d'emploi devrait repartir en très forte hausse au deuxième trimestre 2020. 3:38
Après une année 2019 placée sous le signe de la baisse du chômage, le nombre de demandeurs d'emploi devrait repartir en très forte hausse au deuxième trimestre 2020. © Philippe Huguen / AFP
Partagez sur :
Invité dimanche de la matinale d'Europe 1, Christian Saint-Etienne, économiste au Conservatoire national des Arts et Métiers, a notamment estimé que le chômage devrait très vite repasser au-dessus de la barre des 10% après le violent arrêt que la crise du coronavirus a imposé à la quasi totalité des secteurs de l'économie française.
INTERVIEW

Si le début du déconfinement laisse espérer une amélioration de la situation sanitaire, en matière économique, après deux mois d’arrêt quasi total de la majeure partie des secteurs, le pire pourrait être encore à venir. "Je suis inquiète pour l'emploi. Cette crise n'est pas une parenthèse, elle va durer", alertait fin mars la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Car si l’économie est encore maintenue par le chômage partiel, la baisse de ce dispositif exceptionnel pourrait s’accompagner d’une vague de licenciements. "Ça va tanguer !", abonde dans la matinale d’Europe 1 Christian Saint-Etienne, économiste au Conservatoire national des Arts et Métiers.

Selon lui, le nombre de demandeurs d’emploi devrait repasser au-dessus la barre des 10% rapidement. "Au deuxième trimestre, on va avoir un bon extrêmement significatif, de l’ordre d’un point ou d’un point et demi", prévient-il. Le nombre de chômeurs de la catégorie A de Pôle Emploi, c’est-à-dire ceux sans aucune activité, pourrait ainsi passer de 3 millions à près de 4,5 millions, toujours selon les prévisions de Christian Saint-Etienne. Renouer avec la dynamique enregistrée en 2019 pourrait donc prendre plusieurs années tant le coup de frein a été brutal : "On ne devrait pas retrouver le niveau de 2019 avant 2023."

"Si on part du principe que le PIB était à 100 en 2019, les économistes prévoient qu’il sera à 92 cette année, c’est-à-dire une chute de 8%, la plus importante depuis la Seconde guerre mondiale", souligne-t-il.

"Les secteurs qui repartent très forts vont entraîner les autres"

À ce stade, il est encore difficile toutefois de dresser un panorama de la relance. "Face à la situation dans laquelle nous sommes il faut être extrêmement mesuré, il va y avoir une reprise différentielle selon les secteurs. Dans les secteurs où la reprise est très forte, les salariés auront tout intérêt à faire des heures supplémentaires payées. Ils auront une rentrée de pouvoir d’achat, mais surtout les secteurs qui repartent très fort vont entraîner les autres", explique Christian Saint-Etienne.

"Il faut que les gens qui ont beaucoup d’activité y répondent, il ne faut surtout pas se bloquer, mais faire des heures supplémentaires, embaucher là où ça marche ce qui, progressivement, finira par tirer du trou des secteurs comme le tourisme ou la restauration qui emploie 10% de la population active, ce qui est absolument colossal", martèle encore ce spécialiste.

Sauver l'aérien

Concernant les pans de l’économie qui ne peuvent pas encore profiter du déconfinement, et restent dans la flou quant à un éventuel retour à la normal, Christian Saint-Etienne estime que les plus stratégiques doivent être impérativement maintenus sous perfusion, à commencer par l’aérien. "Nous avons cinq ou six secteurs d’excellence en France, dont l’aéronautique. Il faut absolument rester puissant dans ce domaine, c’est un secteur de souveraineté", face notamment aux Etats-Unis ou encore à la Chine qui investissent massivement dans ce domaine.

"Il faudrait faire des commandes d’avions militaires pour maintenir un niveau d’activité avant que l’aviation civile ne reprenne", avance Christian Saint-Etienne. "Il serait suicidaire sur le plan de la souveraineté nationale et européenne de laisser tomber ce secteur."

 

Europe 1
Par Romain David