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Poupées pédopornographiques, respect des lois... Que faut-il retenir de l’audition de Shein et BHV devant le Sénat ?

Poupées pédopornographiques, respect des lois... Que faut-il retenir de l’audition de Shein et BHV devant le Sénat ? [Céline Duong / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]

Ce mercredi 21 janvier, les représentants de Shein, Quentin Ruffat, et du BHV, Frédéric Merlin, ont été auditionnés au Sénat sur l’implantation de Shein à Paris. Ils ont défendu leur vision "disruptive" du commerce, appelant à une "coopération" avec les autorités et les acteurs de l'industrie textile française.

Après avoir refusé l’audition en novembre et décembre 2025, les deux hommes ont finalement décidé de se présenter à la commission des Affaires économiques du Sénat.  

Durant son audition qui a duré plusieurs heures, Quentin Ruffat a défendu la marque asiatique d'ultra fast-fashion, arguant qu’elle pouvait "aider les marques de prêt-à-porter en difficulté". 

Des poupées pédopornographiques réalistes vendues sur le site de Shein

Le partenariat avec le BHV vise à "démontrer comment la force et la popularité d'une marque digitale comme la nôtre peuvent contribuer à stimuler la fréquentation et l'attractivité des commerces physiques plutôt que de s'y substituer", estime Quentin Ruffat. 

Interrogé sur le scandale des poupées pédopornographiques mises en vente sur le site, retirées du marché depuis, Quentin Ruffat assure que Shein "respecte toutes les lois, réglementations et obligations fiscales" françaises, et que des contrôles réguliers sont effectués sur les produits vendus par les fournisseurs.  

Les deux hommes ont par ailleurs affirmé que les catégories "poupées sexuelles" et "pour adultes" ont été supprimées du site "partout dans le monde”, et fait appel à un cabinet externe pour un audit sur le contrôle des produits vendus, “toujours en cours”.

L'Etat français avait assigné Shein, mais malgré des "dommages graves à l'ordre public", la demande de suspension de la plateforme a été rejetée par le tribunal. L'Etat a fait appel.

Mais le succès de la boutique d’ultra-fast-fashion se fait encore attendre : si 5.000 visiteurs minimum viennent chaque jour au magasin Shein depuis son ouverture début novembre, très peu ont acheté, reconnaît Frédéric Merlin.  

Avec le départ de nombreuses marques, en raison d'impayés ou par opposition au champion de la mode éphémère, le BHV a connu "une vraie baisse de chiffre d'affaires". La boutique ne rapporterait que 2.000 euros par jour, bien loin du million nécessaire au BHV pour être rentable.

Il a par ailleurs indiqué que la présence de Shein au BHV s’inscrivait dans une démarche "d’expérimentation", et assure que des enseignes Shein en province seront "très prochainement" ouvertes. "La bonne recette est en voie d’être trouvée", a-t-il déclaré.

Plusieurs sénateurs sont restés sceptiques, à l’instar de l'écologiste Yannick Jadot, qui dénonce une "alliance mortifère pour l'industrie textile européenne". 

Des boutiques Shein pour faire revivre l’industrie textile française

Une industrie que BHV et Shein pourraient faire revivre, selon les deux représentants. Shein est "le meilleur sur le digital et sur l'internationalisation, pourquoi donc ne pas collaborer avec elle”, a rétorqué Quentin Ruffat. Il invite les marques françaises "qui ont du mal à s'internationaliser et à se digitaliser", à "utiliser" leur plateforme.

Seulement "10% du chiffre d'affaires des marques de prêt-à-porter françaises est sur le digital. Ce n'est plus possible de faire ça, il faut être multicanal, c'est tout l'enjeu de notre partenariat" avec le BHV, a-t-il asséné.

Mais les acteurs du commerce en France et en Europe sont loin de vouloir une telle coopération : en novembre 2025, une coalition de fédérations du commerce a attaqué Shein en justice pour concurrence déloyale.

Et lorsque le sénateur centriste Daniel Fargeot a déclaré que "le problème de Shein, c’est la Chine", Quentin Ruffat a répondu que "la Chine est un leader sur le marché textile, est les meilleurs. (...) Aujourd’hui, 70 % du textile vendu en France est fait en Chine."

Le représentant de Shein a défendu l’assimilation de l’entreprise à la surproduction et à la fast-fashion, arguant que leur taux d’invendu était "à un chiffre", contre "20 à 40%" pour les commerces classiques. Il voit par ailleurs dans le modèle de production de Shein "à la demande" une révolution face à ces commerces. 

Le modèle de production de Shein, une "révolution"

Interrogé sur la désertification commerciale des centres-villes, Frédéric Merlin a critiqué un commerce devenu trop cher et "déconnecté" des consommateurs. Il a cité des marques "premium" qui vendent des robes à 600 euros tout en produisant en Asie "dans les mêmes usines" que Shein - ce que réfutent plusieurs fédérations de l'habillement.

"Je veux bien faire preuve d'éthique, mais en tant que commerçant, avec 2.000 salaires à payer tous les mois, je veux que ces clients de Shein viennent dans mes magasins", a poursuivi le représentant de BHV.

Shein revendique "25 millions d'utilisateurs actifs en France" au premier semestre 2025 et représente "une offre de choix", et non "une injonction à consommer", a plaidé Quentin Ruffat.

Avec son volume colossal de références proposées, majoritairement en matière plastique, l'entreprise chinoise est régulièrement accusée par des ONG d'encourager la surconsommation et d'aggraver la crise environnementale, des tonnes de vêtements peu durables finissant dans des décharges sauvages à travers le monde.  

En 2024, Shein a émis 26,2 millions de tonnes de CO2, soit 23,1% de plus par rapport à 2023, et plus que Zara et H&M réunis. Quant au travail forcé de la minorité musulmane des Ouïghours en Chine, Quentin Ruffat a répondu que l'entreprise a "trois points de zéro tolérance : le travail d'enfants, le travail forcé et le refus de se soumettre à un audit indépendant". En 2024, Shein a cessé de travailler avec douze fournisseurs pour ces raisons.