Huile de palme : que prévoit l’accord avec Total sur le site de La Mède ?

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La raffinerie de La Mède a été bloqué dimanche soir et lundi matin par les agriculteurs.
La raffinerie de La Mède a été bloqué dimanche soir et lundi matin par les agriculteurs. © BERTRAND LANGLOIS / AFP
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Au bord de la faillite, la raffinerie de La Mède a été reconvertie dans les biocarburants en 2016 par Total, avec l’aval du gouvernement, pour sauver les emplois.

Les agriculteurs ont entamé dimanche soir leur mouvement de blocage de raffineries et de dépôts de carburants. Ils protestent contre l’importation d’huile de palme, ingrédient principal des biocarburants, avec dans le viseur le site de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. Reconvertie en 2016, cette raffinerie gérée par Total doit produire des biocarburants à base d’huile de palme importée. Connue pour son implication dans la déforestation de l’Asie du Sud-Est, cette matière première entre en concurrence avec l’huile de colza française. Malgré la colère des producteurs français, le gouvernement ne compte pas remettre en cause l’accord passé avec Total.

Un dossier hérité de François Hollande. "Ce n'est pas de gaieté de cœur que j'ai autorisé la raffinerie de la Mède à rouvrir. L'avenir n'appartient pas à l'huile de palme". La position de Nicolas Hulot, exprimée sur Europe 1, résume bien l’embarras du gouvernement vis-à-vis du site de Total. L’exécutif actuel a en effet hérité du dossier, négocié sous François Hollande entre Total, la raffinerie de La Mède et l’État. C’était fin 2015, au moment où le site, qui produisait alors de l’essence classique, était en déficit chronique. Pour éviter la fermeture de la plateforme et la destruction des 250 emplois, l’État a accepté le projet de reconversion en bio-raffinerie proposé par Total.

Le pétrolier a transformé le site de La Mède pour se lancer, mi-2018, dans la production de biocarburants de 1ère et 2ème génération, composés principalement d’huiles végétales. Au total, la raffinerie Total devrait engloutir environ 650.000 tonnes de matière première chaque année (huiles de palme, colza, tournesol, etc.). "On n’a pas pu remettre en cause cet accord. Il y a un héritage du gouvernement précédent qu’on ne renie pas puisqu’il s’agissait aussi de sauver des emplois sur le site de La Mède", a expliqué Sébastien Lecornu, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, au micro de Patrick Cohen, lundi sur Europe 1.

 

Un accord conservé mais modifié. C’est le contenu de l’accord qui provoque la colère des agriculteurs. En contrepartie du maintien des emplois de la raffinerie, l’État a accordé le droit à Total de recourir très largement à de l’huile de palme importée, produit hautement controversé car accusé de favoriser la déforestation en Asie du Sud-Est. Et cela même alors que l'agriculture française peut fournir des huiles de tournesol ou de colza, mais plus cher. "On a amélioré cet accord puisque dans la maquette initiale, il était plutôt question de 75% d’huile de palme importée, contre 50% après renégociation", justifie Sébastien Lecornu.

Résultat, Total s’est engagé à "limiter l'approvisionnement en huile de palme brute à un volume inférieur à 50% des volumes de matières premières qui seront traitées sur le site, soit au plus 300.000 tonnes par an". La bio-raffinerie de La Mède utilisera aussi d'autres huiles, dont 50.000 tonnes de "colza français", a promis début juin le PDG de Total, Patrick Pouyanné. Par ailleurs, le gouvernement a obtenu que le pétrolier utilise 25% d’huiles recyclées ou usagées.

Concurrence biaisée. Insuffisant toutefois pour la FNSEA (le premier syndicat agricole) et les Jeunes agriculteurs (JA) qui ont décidé de bloquer 14 sites stratégiques de production et de stockage de carburant. "Nous ne sommes pas contre les importations (…) mais nous voulons, pour le consommateur, que le gouvernement soit cohérent et que les importations soient faites à normes égales, sinon l'agriculture française va disparaître", a déclaré Samuel Vandaele, secrétaire général des JA.

Les agriculteurs estiment que l’huile de palme importée biaise la concurrence. "On demande aux producteurs d'huile de colza de faire du haut-de-gamme et c'est ce qu'on fait. Si on accepte de l'huile de palme, c'est la production de colza qui serait en concurrence, elle est plus chère mais c'est un choix", regrette Patrick, implanté dans l'Oise. Sébastien Lecornu a tenu à rassurer les paysans lundi : "L’huile qui sera produite à La Mède ne rentre pas en concurrence avec celle produite par les agriculteurs. Ce n’est pas la même technologie, elle sera deux fois plus chère, n’aura pas les mêmes applications ni la même qualité".