Production, environnement, législation : l’huile de palme en trois questions

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Les agriculteurs français bloquent plusieurs raffineries pour dénoncer l'importation de cette huile, utilisée dans la fabrication des biocarburants, mais dont le mode de production reste très  controversé.

Dans nos céréales, nos chips, nos glaces, nos rouges à lèvres… et aussi dans nos moteurs. L’huile de palme est devenue en quelques décennies une denrée incontournable pour les industries agroalimentaire et cosmétique, mais aussi une composante essentielle des bio-carburants, en plein essor. Depuis  lundi, elle est aussi à l’origine du bras de fer entre la FNSEA et le gouvernement ; le premier syndicat agricole a lancé le blocage d’une dizaine de raffineries pour dénoncer un accord passé avec Total, et qui autorise le géant de la pétrochimie à importer 300.000 tonnes d’huile de palme chaque année. Les agriculteurs redoutent les effets de cet accord sur la production française de colza, également utilisé dans la fabrication du diesel.

  • Pourquoi importer de l’huile de palme est-il plus avantageux économiquement ?

Fabriquée à partir des fruits du palmier à huile, l’huile de palme a vu sa demande augmenter de près de 9% par an entre 1995 et 2004, relève une note de l’Agropolis Museum de Montpellier. Elle est désormais l’huile la plus utilisée au monde, avec 62 millions de tonnes produites chaque année, selon l’European Palm Oil Alliance. Un essor qui s’explique par l’extrême rentabilité de ce type de culture. En effet, le palmier à huile fleurit toute l’année, et son fruit, particulièrement généreux, est constitué pour moitié d’huile. Ainsi, un hectare de palmiers fournit entre 3 et 4 tonnes d’huiles, contre seulement 0,4 pour le colza. En conséquence, l’huile de palme est moins chère d’environ 20% par rapport à une autre huile.

L’Indonésie et la Malaisie sont de très loin les deux premiers fabricants, avec près de 90% de la production mondiale, indique un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’industrie agroalimentaire en est la première utilisatrice (80% de la production) ; l’huile de palme, facile à conserver, y a en effet progressivement remplacé les graisses animales et les autres huiles végétales dans la composition de nombreux aliments. La fabrication de bio-carburants, quant à elle, ne concerne que 1% de la production mondiale.

  • Pourquoi est-elle accusée d’être dangereuse pour l’environnement ?

De nombreuses ONG dénoncent le développement des plantations de palmiers à huile, à l’origine d’une importante déforestation. L’organisme RSPO, qui réunit producteurs, distributeurs et associations de défense de l’environnement, a ainsi calculé que la production d’huile de palme a fait partir en fumée quelque 9 millions d’hectares de forêt en Asie du sud-est entre 1990 et 2010. Une déforestation qui va s’accélérant ces dernières années, puisque entre 2011 et 2013, c’est une surface forestière équivalente à celle de l’Irlande qui s’est envolée, rapporte le National Geographic. Une situation dramatique pour certaines espèces animales, ainsi privées de leur habitat naturel, à l’image de l’orang-outan de Bornéo, dont la population a diminué de 53% depuis 1999 alerte une étude publiée par la revue Current Biology.

Mais il n’y pas que sur la faune et la flore que la production d’huile de palme à de lourdes conséquences. Elle est également accusée d’accélérer le réchauffement climatique, au même titre que les énergies fossiles. En effet, l’abattage et l’incinération des arbres produit une importante quantité de gaz à effet de serre, et notamment du CO2. Les experts du GIEC ont calculé que cette déforestation rejette à elle seule 17% des gaz à effet de serre dans le monde.

  • Que dit la législation sur l’huile de palme ?

À ce stade, pas grand-chose. En 2012 est née l’idée d’une "taxe Nutella", destinée à imposer les importations d’huile de palme (l’une des composantes de la fameuse pâte à tartiner). Mais à l’époque, le débat était moins centré sur les risques agricoles et environnementaux que sur les dangers de cet oléagineux pour la santé. En 2016, dans le cadre du projet de loi Biodiversité, les députés abandonnent l’idée d’une taxation, trop complexe selon eux à mettre en place sans frapper les autres importations d’huile.

Actuellement, 46% de l’huile de palme importée par l’Europe finit transformée en carburant, contre 75% pour la France. Dans la mesure où Bruxelles veut porter à 10% la part de biocarburant utilisée au sein des énergies renouvelables d’ici 2020, les importations d’huile de palme pourraient encore augmenter. Cette situation a fini par pousser les eurodéputés à se pencher sur la question. En début d’année, le Parlement européen a voté l'"élimination progressive" de l’huile de palme des biocarburants d’ici trois ans. Une mesure qui doit, toutefois, pour entrer en vigueur, recevoir l’aval des 28.