Woodstock, 50 ans après : Canned Heat, tant que vivra le blues

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Alain Wilson et Bob Hite, de Canned Heat, sur scène à Woodstock.
Alain Wilson et Bob Hite, de Canned Heat, sur scène à Woodstock. © Capture d'écran YouTube
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Tout l'été, Europe 1 revient sur les artistes qui ont incarné la révolution Woodstock lors de ce festival iconique, en 1969. Dans ce sixième épisode, Jean-François Pérès s'intéresse à Canned Heat, groupe de blues devenu un collectif disparate... toujours actif aujourd'hui.
RÉCIT

Il y eut un avant, il y eut un après. Il y a 50 ans, la vague Woodstock submergeait le monde. Europe 1 vous fait revivre, à l'heure des festivals de l'été, l'histoire de cette révolution, non seulement par ce qu'elle a apporté, mais aussi par ceux qui l'ont incarnée. Aujourd'hui, le groupe Canned Heat.

Cinq gaillards aux CV éblouissants

Ce sont des bluesmen plus vrais que nature, mais eux sont tous blancs de peau. Et au deuxième jour de Woodstock, ils vont livrer leur plus célèbre prestation. Les hommes de Canned Heat, cinq gaillards qui se sont fait connaître au festival de Monterey deux ans plus tôt, jouent au coucher du soleil et prennent une dimension mondiale. Avec notamment un titre, qui deviendra l'un des hymnes de Woodstock et du film-documentaire du même nom, Going Up The Country. L'histoire d'un homme qui fuit l'enfer urbain, direction la campagne. Tout l'idéal hippie résumé en quelques rimes. 

Malgré leur jeune âge, les membres de Canned Heat alignent des CV éblouissants. Il y a là les fondateurs et collectionneurs de disques rares, Alan Wilson et Bob Hite, qui ont formé le groupe en 1965 à Los Angeles, dans la maison d'un passionné de blues. Le premier est celui qui interprète Going Up The Country de sa voix de fausset, faussement naïve. Le second, c'est "L'Ours", surnommé ainsi pour son extrême corpulence.

À côté, les autres font presque figure d'aristocrates. Henry Vestine, le guitariste, vient d'être viré du groupe de Frank Zappa pour consommation excessive de drogue. Larry Taylor, le bassiste, est l'ancien musicien de Jerry Lee Lewis. Frank Cook, le batteur, a joué avec Chet Baker. Et Fito De La Parra, qui lui aussi tâte de la grosse caisse, est l'accompagnateur des Platters. Tout ce beau monde ne s'entend pas forcément bien dans la vie, mais font des étincelles sur scène.

Le blues revisité

Quant au nom du groupe, il dit beaucoup de ses inspirations et ses racines. Canned Heat, c'est le nom d'un alcool bon marché, un tord-boyaux responsable de nombreux dégâts à l'époque de la prohibition. Mais c'est aussi le titre d'un blues de Tommy Johnson, composé en 1928. Des blues, Canned Heat n'a cessé d'en revisiter. Comme celui signé Floyd Jones dans les années 1950, On The Road Again. Une version éminemment personnelle, étrange et hypnotisante, livrée à la nuit tombée ce 16 août 1969 à Woodstock, au moment où le groupe est au sommet de son art.

Considéré par ses pairs comme l'un des meilleurs harmonicistes de l'histoire, Alan Wilson, le chanteur, est un garçon mal dans sa peau. Très préoccupé par les problèmes du monde, guerres, racisme, menaces sur l'environnement, il souffre également d'un insuccès chronique auprès de la gent féminine. Un an à peine après Woodstock, on le retrouvera sans vie chez Bob Hite, sur les hauteurs de Los Angeles, victime d'une overdose de tranquillisants.

Un groupe devenu collectif

Bob Hite, justement, sera le deuxième à quitter ce monde, en 1981. Il s'était mis en tête de tester l'héroïne mais le mélange avec d'autres substances illégales lui sera fatal. Personnage charismatique de cette époque, "l'Ours" présentait 140 kilos d'excès en tout genre, des cheveux longs, un barbe de trois ans. Et une voix aussi rauque que celle de son ami Alan Wilson était aérienne. La preuve avec le troisième grand succès de Canned Heat, sur l'album Future Blues en 1970 : Let's work together, une reprise (encore) du bluesman (toujours) Wilbert Harrison.

Ce morceau sera numéro un dans plus de 30 pays dans le monde. Le plus grand succès et le dernier tube de Canned Heat. Ce groupe au destin tragique aura su, malgré la perte énorme de son âme Alan Wilson, puis de Bob Hite, traverser les décennies. Dans les années 1970, il a l'honneur d'enregistrer deux albums avec l'un de ses héros, le bluesman John lee Hooker. 

Les accidents de la vie, les ravages de la drogue et de l'alcool ne l'ont pas empêché d'être encore actif aujourd'hui. De cinq, le nombre de membres est passé à une cinquantaine, plus ou moins éphémères. Depuis 55 ans, ce collectif mythique est au service du blues et du boogie. 

 

Europe 1
Par Jean-François Pérès