Woodstock, 50 ans après : Tim Hardin, adoubé par Bob Dylan, détruit par la drogue

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Tim Hardin s'était produit sur la scène du festival dès la première soirée. Au sommet de sa notoriété, la chute n'en sera que plus terrible.
Tim Hardin s'était produit sur la scène du festival dès la première soirée. Au sommet de sa notoriété, la chute n'en sera que plus terrible. © Capture d'écran YouTube
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Tout l'été, Europe 1 revient sur les artistes qui ont incarné la révolution Woodstock lors de ce festival iconique, en 1969. Dans ce troisième épisode, Jean-François Pérès s'intéresse à Tim Hardin, un artiste folk dont le talent n'a eu d'égal que sa déchéance.
RÉCIT

Il y eut un avant, il y eut un après. Il y a 50 ans, la vague Woodstock submergeait le monde. Europe 1 vous fait revivre, à l'heure des festivals de l'été, l'histoire de cette révolution, non seulement par ce qu'elle a apporté, mais aussi par ceux qui l'ont incarnée. Aujourd'hui, Tim Hardin.

Accro aux drogues dures et terrifié par la scène

C'est l'un des esprits les plus tourmentés des années 1960. Bob Dylan le considérait comme le meilleur compositeur américain contemporain. Son plus grand succès a été repris par des artistes aussi célèbres que Johnny Cash, Robert Plant de Led Zeppelin, Joan Baez, Elton John… Et même Johnny Hallyday. Mais son addiction aux drogues dures et sa peur de monter sur scène l'ont rapidement poussé à la marge, malgré son immense talent : tout le monde ou presque a oublié Tim Hardin.

Nous sommes le 15 août 1969 à Woodstock, peu avant 22 heures. C'est le premier jour du festival. Dans un état que l'on peut qualifier d'incertain, Tim Hardin prend sa guitare et interprète If I were a carpenter, une histoire d'amour toute simple, inspirée au moins inconsciemment de Marie et Joseph, les parents de Jésus-Christ.

Du Vietnam à Greenwich Village en passant par Harvard

Né en 1941 à Eugene, dans l'Oregon, à 600 km au nord de San Francisco, Tim Hardin aurait été un lointain descendant de John Wesley Hardin, un célèbre hors-la-loi américain du 19ème siècle, pistolero hors pair du far-west, qui comptait pas moins de trente meurtres à son actif. Des meurtres d'honneur, assurait-il…

À 18 ans, Tim Hardin s'engage dans les Marines. Il part au Vietnam, bientôt en guerre, découvre rapidement l'héroïne… Quand il revient aux États-Unis, il vit de divers boulots éphémères : professeur de guitare à l'université de Harvard, puis chanteur à Boston, où il se fait repérer avant de devenir une référence de Greenwich Village à New York, aux côtés de Bob Dylan, Fred Neil, et autres futures stars du mouvement folk.

En à peine neuf mois, il va composer dans l'anonymat ses titres les plus marquants. Son heure arrive enfin en 1966, avec un premier album sobrement intitulé Tim Hardin 1. C'est un chef d'œuvre. Les chansons sont courtes, ciselées, magnifiquement arrangées, au service d'une voix sincère et émouvante. L'une des plus belles, la plus reprise d'entre toutes, aussi, est sans doute Reason To Believe. Elle offrira d'ailleurs à Rod Stewart un immense succès.

Après le succès, la déchéance

Le chanteur récidive un an plus tard avec un deuxième album, Tim Hardin 2, tout aussi réussi. L'opus contient le fameux If I Were A Carpenter, même si la chanson a déjà été créée et reprise par d'autres. C'est l'heure du succès, des récompenses, des grands concerts… Il fait salle comble à Londres, sous les yeux de certains Beatles et des Rolling Stones. C'est aussi l'heure de la stabilisation familiale avec une épouse actrice à Hollywood et un adorable petit garçon.

Mais avec Tim Hardin, à part les chansons sur le disque, rien ne tourne rond bien longtemps. Victime d'une pleurésie, sans doute liée à ses excès, il doit annuler une tournée en Grande-Bretagne. Son comportement est de plus en plus erratique. Il tente le tout pour le tout en s'installant en famille à la campagne près de Woodstock, justement. C'est peine perdue. Son mariage vole en éclats et Hardin s'enfonce dans l'alcool et la drogue, au point de vendre les droits de ses propres chansons pour une valise de billets rapidement dilapidés...

Marginalisé malgré quelques albums acceptables mais qui souffrent de la comparaison avec les premiers, le chanteur rentre chez sa mère dans l'Oregon, avant d'être retrouvé mort chez lui à Los Angeles en décembre 1980, juste après l'assassinat de John Lennon. L'autopsie conclura à une overdose de morphine et d'héroïne. La nouvelle, elle, ne fera que quelques lignes dans les journaux…

Un génie mélodique s'est pourtant éteint. Il n'y a qu'à écouter Hang On To A Dream, un titre repris par Françoise Hardy en son temps.

Un film sur sa vie en préparation

"Comment peut-on s'accrocher à un rêve, comment peut-on ressembler à ce qu'on imagine ?", y chantait Tim Hardin. Une équation qu'il n'aura hélas jamais résolue. Heureusement, les nouvelles générations ont redécouvert l'artiste, puisqu'un album de reprises est paru il y a quelques années.

Son fils Damion, aujourd'hui chef cuisinier en Floride après avoir longtemps vécu dans les bois, promet un film sur la vie d'un père trop absent. Un père qui jouait dans la cour des Dylan, Jimi Hendrix, Van Morrison, mais qui s'était brûlé les ailes bien trop tôt pour voler longtemps.

 

Retrouvez tous les autres épisodes de notre série "Woodstock, 50 ans après" :

Épisode 1 : aux origines du plus iconique des festivals

> Épisode 2 : Richie Havens, l'histoire d'un destin qui bascule

Europe 1
Par Jean-François Pérès