Woodstock, 50 ans après : Santana, et la légende se créa

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Grâce à sa performance à Woodstock, Carlos Santana est instantanément entré dans la galerie des plus grands guitaristes.
Grâce à sa performance à Woodstock, Carlos Santana est instantanément entré dans la galerie des plus grands guitaristes. © Capture d'écran YouTube
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Tout l'été, Europe 1 revient sur les artistes qui ont incarné la révolution Woodstock lors de ce festival iconique, en 1969. Dans ce cinquième épisode, Jean-François Pérès s'intéresse à Santana, un groupe alors inconnu à l'époque, mais qui va conquérir la foule grâce à sa performance.

Il y eut un avant, il y eut un après. Il y a 50 ans, la vague Woodstock submergeait le monde. Europe 1 vous fait revivre, à l'heure des festivals de l'été, l'histoire de cette révolution, non seulement par ce qu'elle a apporté, mais aussi par ceux qui l'ont incarnée. Aujourd'hui, Santana.

Une performance hypnotique

Le groupe n'a même pas sorti son premier album quand démarre Woodstock. Il y a là un guitariste moustachu, un percussionniste torse nu, un batteur qui semble avoir 16 ans… Sept titres sont au programme : la légende va s'inviter sur le dernier, Soul Sacrifice, une performance musicale époustouflante. Nous sommes le samedi 16 août 1969, dans une après-midi soudain brûlante. Ce jeune groupe s'appelle Santana.

Le titre Soul Sacrifice est entré dans l'histoire grâce au film-documentaire Woodstock, où l'on voit des jeunes filles se déhancher et des hippies nus en transe. Et puis - et avant tout - grâce aux musiciens. Il y a Michael Shrieve, l'incroyable batteur de 20 ans, benjamin de Woodstock, et Carlos Santana, qui entre instantanément dans la galerie des plus grands guitaristes, ce qui était loin d'être gagné pour un gamin né dans un village mexicain et arrivé à San Francisco au début des années 1960 sans même savoir parler anglais.

Un pionnier de la world music

Heureusement, la musique est un langage universel et c'est grâce à elle que Santana, lui-même fils d'un musicien de groupe de mariachi, va s'affirmer dans toute la Californie. En 1966, il fonde Santana Blues Band, puis intègre des éléments latino et brésiliens à sa musique. Il est l'un des pionniers de ce qu'on appellera plus tard la world music. Exemple avec une double reprise en un seul morceau : Black Magic Woman, du groupe Fleetwood Mac, qui est à ce moment-là un fleuron du blues anglais, mêlé à Gypsy Queen, une composition du guitariste de jazz hongrois Gabor Szabo. La quintessence du style Santana...

C'est l'extrait le plus célèbre de l'album le plus acclamé de Santana, Abraxas. Le groupe est très influencé par John Coltrane et Miles Davis, au point d'avoir fait appel pour la pochette au même artiste que pour l'album Bitches Brew de Miles Davis. Le jazz devient d'ailleurs rapidement une obsession musicale pour Carlos Santana, qui souhaite casser un maximum de barrières culturelles. Mais tous ses musiciens ne sont pas d'accord, et de nombreux changements suivent dans les castings des albums.

Le guitariste, lui, continue de tracer sa route singulière dans les années 1970, entre hard rock, salsa, jazz, musique planante et quelques intrusions dans le monde de la pop. En 1976, il signe un succès aussi colossal qu'inattendu, un slow qui va mettre le feu sur les pistes de danse et dans les bals des campings. Combien de couples se sont formés sur ce long, suave et mélancolique solo de guitare ?

Entré au Panthéon de la musique

C'est grâce à des performances comme celles-ci que Carlos Santana est entré au Panthéon des musiciens contemporains : quinzième meilleur guitariste de l'histoire du rock selon le magazine Rolling Stone, et plus de 100 millions d'albums vendus au total. Après un passage à vide dans les années 1980, il a repris du poil de la bête avec un album au niveau de ses plus grands, Supernatural, paru en 1999. Toujours la même invitation au voyage, le même son de guitare reconnaissable entre mille…

Mais c'est bien à Woodstock, un festival dont il n'a jamais renié les idéaux, que la légende de ce musicien unique s'est forgée. Dans sa biographie parue en 2014, il déclarait : "La mentalité, c'était de vivre dans la paix, l'harmonie et la joie... Ce rêve n'a pas disparu et c'est important de se lever tous les jours en l'ayant en tête". Les années d'après Woodstock seront les plus prolifiques : tous ses albums cartonnent.

 

Europe 1
Par Jean-François Pérès