La recommandation SERIELAND : "Little Fires Everywhere" sur Amazon Prime Video

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Little Fires Everywhere
La série Little Fires Everywhere est disponible sur Amazon Prime Video. © DR
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SERIELAND RECO / CONSEIL - "Little Fires Everywhere", diffusée sur Prime Vidéo, la plateforme d'Amazon, n'a a priori rien à voir avec une série engagée sur les questions raciales. Pourtant, la confrontation de deux familles, les Richardson et les Warren, est une porte d'entrée vers ce thème.
PODCAST

Cette semaine, l’algorithme de SERIELAND, Margaux Baralon, vous conseille Little Fires Everywhere, une série en huit épisodes diffusée sur Amazon Prime Video. Le pitch ressemble à celui d'un polar mais, très vite, se mue en plongée sans fard dans une Amérique qui n'assume pas son racisme latent. Tout en abordant une multitude d'autres sujets, notamment la maternité, l'homosexualité et la condition des femmes, la fiction se concentre sur les micro-agressions qui dressent peu à peu un fossé entre l'existence des personnes noires et blanches outre-Atlantique. L'approche est subtile mais implacable.

Un polar qui change de direction

Nous sommes à la fin des années 1990, à Shaker Heights, petite bourgade bien chic et bien blanche de l’Ohio. C'est là que vit Elena Richardson (Reese Witherspoon), mère a priori parfaite de quatre enfants a priori parfaits, et qui passe quoi qu'il en soit beaucoup de temps à renvoyer cette image. Bien chics, bien blancs, les Richardson voient pourtant leur maison brûler au tout début de la série. Mais ce qui ressemble, au départ, à une enquête pour savoir qui a incendié la belle demeure, et pourquoi, prend rapidement une autre direction.

Retour quelques mois plus tôt, lorsque Mia Warren (Kerry Washington) et sa fille Pearl débarquent à Shaker Heights. Elena décide alors de leur louer la moitié d'une maison qui lui appartient. Et c’est un peu le choc des civilisations. Parce que Mia est une artiste, parce qu’elle et sa fille sont pauvres, mènent une vie de bohème à des kilomètres de l'existence parfaitement rangée d'Elena Richardson et de son planning aimanté sur le réfrigérateur. Et parce qu’elles sont noires, surtout. 

Rien de manichéen

C’est cette différence de couleur de peau qui, très vite, va définir toutes les relations entre les Richardson et les Warren et s’immiscer dans toutes les conversations. Mia semble avoir du mal à joindre les deux bouts ? Elena lui propose de venir chez elle faire à manger et le ménage. Pearl n'a pas encore choisi dans quelle université elle voulait aller ? Lexie, la fille aînée d'Elena, la rassure en lui disant qu'elle sera admise n'importe où grâce à la "discrimination positive". Partout, tout le temps, sans même en avoir l'air, il est constamment rappelé à Mia et Pearl qu'elles ne sont pas blanches. 

Là où la série est intelligente, c’est que les personnages n’ont rien de manichéen. Elena n’est pas une femme détestable, et Mia est loin d'être une héroïne parfaite. Le racisme est latent, ordinaire, paternaliste souvent. Les préjugés jaillissent même de ceux qui se croient à l’abri et obligent à s'interroger sur les situations les plus complexes. Comme celle de Lexie justement, qui sort avec un camarade de classe Afro-américain. Et qui répète à qui le veut bien qu'elle ne "voit" pas les gens en fonction de leur couleur de peau.

Geste politique

C’est peut-être ça, la grande force de Little Fires Everywhere. La série parle de beaucoup de choses, de la maternité à la lutte des classes en passant par l’homosexualité. Mais elle n’oublie jamais de nous obliger, comme ses personnages, à regarder la couleur de peau en face. Parce qu’il n’y a bien que les Blancs qui peuvent se permettre de ne pas la voir. De ne pas remarquer qu’elle peut déterminer toute l’existence. 

Ce qui est intéressant c’est que Little Fires Everywhere est l’adaptation d’un roman, écrit en 2017 par l’Américaine d'origine Hong-kongaise Celeste Ng. Mais dans le roman, la couleur de peau de Mia n’est jamais mentionnée. Depuis, Celeste Ng s'en est expliqué, estimant qu'elle ne pouvait pas décrire la vie d'une femme noire. C’est lorsque la série a été produite que sa créatrice a décidé que Mia serait Afro-américaine. Elle a d'ailleurs élargi son équipe d'auteurs à des personnes racisées afin d'écrire le rôle de Mia. Un geste forcément politique dans l’univers de la série, qui a longtemps ressemblé à cette ville de Shaker Heights. Bien chic, bien blanc.

 

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