Joann Sfar sur la perte de sa mère : "Je n'ai pas de manque, j'ai vraiment des vides"

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À l'occasion de la sortie du tome 9 de sa bande dessinée "Le Chat du rabbin", l'auteur et illustrateur Joann Sfar s'est confié au micro d'Europe 1 sur la perte de sa mère alors qu'il n'avait que 3 ans et demi.
INTERVIEW

La reine du Shabbat (Dargaud), le tome 9 de la bande dessinée Le Chat du rabbin, est sorti vendredi dernier. Invité de l'émission Ça fait du bien, vendredi, sur Europe 1, l'illustrateur, auteur et réalisateur Joann Sfar est revenu sur son enfance, avec un père avocat Don Juan et une mère chanteuse pop, décédée alors qu'il n'avait que 3 ans et demi. 

Au micro d'Anne Roumanoff, l'écrivain a expliqué l'influence de cet événement tragique sur son art : "La plupart de mes héros sont orphelins dans mes bandes dessinées ou dans mes romans parce que ce sont mes souvenirs d'enfance." Joann Sfar remarque : "Il y a beaucoup de faux orphelins dans les livres d'enfants. Il y a un fantasme de l'orphelin. Dans "Harry Potter", on voit bien que les gamins jouissent en disant : 'Oh, le pauvre petit orphelin'. Quand on a ça pour de vrai, ça crée des vides intéressants…" 

Et ces vides, Joann Sfar les comble avec des dessins, des histoires. "Je n'ai pas de manque, j'ai vraiment des vides", poursuit-il. "Un manque, c'est quand on l'a connue et qu'elle nous manque. Moi, je ne m'en souviens pas. Donc je suis allé dans le dessin pour avoir des visages, des représentations."

"Mon père était Don Draper dans Mad Men"

Son père était avocat et Don Juan. "C'était Don Draper dans Mad Men. C'est un type qui est né pauvre dans une petite ville d'Algérie en 1933. Il a eu la chance de devenir un avocat brillant. Il a commencé comme avocat des putes à Nice, il a fini par être l'avocat des banques puis adjoint de Jacques Médecin [maire de Nice de 1965 à 1990]. Quand j'étais petit, il avait son bateau, sa nouvelle Alfa Romeo tous les deux ans", se souvient l'auteur de bande dessinée

"Mon père était un type qui déclenchait des trucs chez les nanas. C'était le sosie de Sacha Distel, à tel point que, parfois, on lui offrait l'apéro, alors il se mettait au piano, il jouait et on pensait que c'était lui", se remémore-t-il. Joann Sfar estime ne pas du tout ressembler à son père sur ce point-là. "Moi, je suis un fragile. Je suis émotif, je suis amoureux. Je crois que le tombeur, à l'époque de Don Draper, à l'époque de mon père, c'est une névrose très particulière, qui n'est pas exempte de cruauté. Les types qui font ça ont des trucs à prouver !"

Europe 1
Par Céline Brégand