Joann Sfar : "Il faut sanctuariser le métier d'auteur de bande dessinée"

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Invité de "L'Équipée sauvage", jeudi, sur Europe 1, le dessinateur a rappelé les difficultés qui touchent les auteurs de BD en France.
INTERVIEW

En juin 2018, avec d'autres auteurs, Joann Sfar a signé une lettre ouverte au gouvernement publiée dans Le Parisien. Les signataires s'inquiétaient de leur régime social et fiscal, alors que les chiffres concernant l'activité d'auteur de bande dessinée sont en effet alarmants. Selon une enquête de 2016, 53% des auteurs de BD gagnent moins que l'équivalent du Smic et 36% sont sous le seuil de pauvreté. Plus d'un an après cette tribune, le dessinateur du Chat du rabbin revient sur cette situation.

"Il se publie 5.000 albums par an"

"Cela n'a jamais été facile de vivre de la bande dessinée, mais les difficultés changent", indique Joann Sfar. L'auteur, lui, a publié sa première BD en 1994, à 23 ans. "Quand j'ai commencé, c'était très difficile de se faire publier, mais il n'y avait que 300 BD par an. Donc, lorsqu'on était publié, on pouvait considérer qu'on était professionnel", se souvient-il. Aujourd'hui, les choses sont bien différentes. "Il se publie 5.000 albums par an. Cela veut dire qu'un auteur qui publie, même depuis longtemps, ne réussit pas forcément à en vivre. Il y a eu beaucoup de protection pour le monde du livre de mises en place ces dernières années, mais aucune protection pour les auteurs", déplore Joann Sfar.

"C'est un sujet très complexe"

Depuis cette tribune, et avec la création de la Ligue des auteurs en septembre 2018, le dessinateur espère que les choses vont changer. Les objectifs sont simples : améliorer les conditions de création ("protection sociale, rémunération, droit d’auteur, encadrement par le code du travail, rééquilibrage du rapport auteur/éditeur", peut-on notamment lire sur le site du collectif). "A-t-on été entendu ? Oui. Mais c'est un sujet très complexe", concède-t-il. Pour Joann Sfar, "il faut sanctuariser ce métier". "Si on en croit les pouvoirs publics, c'est en cours", conclut-il.

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau