ARCHIVE EUROPE 1 - Michel Legrand : "La musique m'était facile car j'adorais ça"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Le célèbre compositeur Michel Legrand, mort samedi à l'âge de 86 ans, était passé par les studios d'Europe 1 quelques semaines plus tôt et s'était confié sur son immense carrière.
ARCHIVES EUROPE 1

C'est un géant de la musique qui s'en est allé. Michel Legrand, compositeur, entre autres, des bandes-originales légendaires des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort, est mort samedi à l'âge de 86 ans. En septembre 2018, il était revenu sur son immense carrière au micro de Patrick Cohen, sur Europe 1. "Je n'aime pas trop le mot surdoué. La musique m'était facile, j'adorais ça", disait, en toute humilité, Michel Legrand.

Adrénaline de la composition. S'il n'était pas un surdoué, Michel Legrand était au moins un génie, sans doute le plus grand compositeur et orchestrateur français du 20ème siècle. Touche-à-tout, le musicien met rapidement son talent au service du cinéma. Très vite, il se fait un nom grâce à son aptitude à composer vite et bien. Ainsi, il a composé le thème principal d'Un été 42 (Robert Mulligan, 1972) en quelques minutes. "C'est drôle, parce que quand on voit un film aussi émouvant et beau que celui-là, et qu'il faut délivrer la musique dans la même soirée ou presque, l'adrénaline est telle qu'on peut trouver quelque chose de formidable", expliquait-il à Europe 1. La musique du film lui vaudra d'ailleurs un Oscar.

Des idées novatrices. Mais avant de percer aux États-Unis, Michel Legrand était devenu une star en France grâce à sa collaboration fraternelle avec Jacques Demy, qui commence en 1964 pour Les parapluies de Cherbourg. "Ce n'était ni du jazz, ni du classique. J'ai mis en musique un scénario écrit pour être tourné parlé. Il n'y a pas d'alexandrin, pas de lien", se souvenait-il. "Les producteurs, qui n'avaient pas mis un centime dans cette aventure, nous disaient : 'Vous ne pensez quand même pas que les gens vont rester 1h30 dans les salles obscures pour écouter des gens chanter des banalités ?'.' Raté : Les Parapluies de Cherbourg est un carton et reste, encore aujourd'hui, un classique du genre.

Entendu sur europe1 :
En tant que musicien, je pouvais imaginer la musique du début à la fin du film

L'idée d'un film entièrement chanté du début à la fin est d'ailleurs à mettre au crédit de Michel Legrand puisque même Jacques Demy hésitait : "Ça peut se comprendre. En tant que musicien, je pouvais imaginer la musique du début à la fin, mais les autres non". Les parapluies de Cherbourg est le premier succès du compositeur, alors âgé de 32 ans, étape décisive dans sa riche carrière, qu'il avait retracée dans un livre intitulé J’ai le regret de vous dire oui, sorti en août.

Hanté par la mort de ses proches. Mais tout génie qu'il était, Michel Legrand pouvait aussi se tromper. Comme lors de la production des Demoiselles de Rochefort, du même Jacques Demy. Le compositeur souhaite écarter un thème qui deviendra pourtant l'un des plus connus : la Chanson de Maxence. "Je n'aimais pas trop la mélodie, je trouvais ça un peu plat. Mais ce qui m'a fait changé d'avis, ce sont les musiciens de jazz", se rappelait Michel Legrand.

Grand bien lui en a pris puisque l'immense pianiste Bill Evans a réinterprété la chanson quelques années plus tard (You must believe in spring). "Quand j'ai su qu'il avait enregistré ça, moi qui l'admirais depuis toujours, on s'est rencontré. On s'est embrassé, on a parlé, on aimait la même musique. Il m'a demandé de lui écrire un concerto et quand on me demande quelque chose d'impossible, je dis oui", glissait Michel Legrand en rigolant. "Mais il est mort avant que je me mette au travail. C'est la seule chose qui me hante : on ne peut rien faire pour empêcher les gens qu'on aime de mourir. On est comme des statues de sel devant l'irréparable. Ça m'empêche de vivre."