"Chanson douce" de Leïla Slimani

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Le livre du jour est une chronique de l'émission Europe nuit
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Chaque soir, Nicolas Carreau nous emmène à la découverte des plus belles nouveautés littéraires.

Toujours sur le liste du Goncourt, Chanson douce est le deuxième roman de Leïla Slimani, après son très bon et très remarqué Dans le jardin de l’ogre, publié en 2014. Alors, ne vous laissez pas abuser par le titre de ce deuxième livre, Chanson douce est le plus terrifiant roman de cette rentrée littéraire. Il s’ouvre sur le plus horrible des crimes, le meurtre de deux enfants en bas âge. Ils s’appellent Adam et Mila. Et l’assassin est le pire qui soit aussi, puisque c’est la nounou, Louise, qui a fait le coup. Le pire, parce que la nounou est la personne à qui on fait le plus confiance – mais c’est aussi en général, quelqu’un qu’on ne connait absolument pas.

On connaît donc le dénouement dès le début, car ce n’est pas un roman policier, attention ! Flash-back dès la troisième page, après donc cette entrée en matière déstabilisante – le mot est faible. On découvre les parents, Paul et Myriam. Ce sont des bobos, pour aller vite. Lui, travaille dans la production musicale et elle est avocate, mais n’a jamais exercé pour s’occuper pleinement de ses enfants. Sauf qu’au bout de quelques années, elle se sent hors du monde, décalée, elle a besoin de travailler. Ils se décident donc à engager une nounou.

Mais pas n’importe qui ! Après plusieurs entretiens, ils sont conquis par Louise, la nounou parfaite. Avec de bonnes références, très douce, très habile avec les enfants, dès l’entretien d’embauche. Elle est discrète. Le genre de femme qui dit pardon quand on la bouscule. En plus de très bien s’occuper des enfants qui l’adorent, elle fait même parfois un peu de ménage ou prépare le dîner. Vraiment, Paul et Myriam ne pouvait pas trouver mieux. Mais parfois, Louise a des réactions bizarres, des sautes d’humeur, un comportement étrange. Et tout le roman nous raconte à la fois le passé mouvementé de la nounou et sa lente descente dans la folie pure. C’est un livre qui se lit en apnée. Et donc logiquement, à la fin de ces 230 pages, on a le souffle coupé. Un grand roman.