Tennis : révolution en vue pour la Coupe Davis

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L'équipe de France de Coupe Davis, vainqueur en 2017 (1280x640) Philippe HUGUEN / AFP
L'équipe de France a remporté la dernière finale de Coupe Davis aux dépens de la Belgique. © Philippe HUGUEN / AFP
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La Fédération internationale de tennis devrait réduire la Coupe Davis à une seule semaine d'ici la saison 2019.

Pas une évolution, non, une révolution. Confrontée à l'érosion de l'intérêt pour sa compétition plus que centenaire, la Coupe Davis, la Fédération internationale de tennis (ITF) a officialisé lundi son projet de la réduire à une sorte de Coupe du monde disputée sur une semaine, en novembre.

  • Pourquoi la formule actuelle ne fonctionne-t-elle plus ?

Fondée en 1900, la Coupe Davis est la plus ancienne compétition de tennis au monde, l'équivalent de la Coupe de l'America en voile. Mais, depuis plusieurs années maintenant, elle est boudée par les meilleurs joueurs. Après l'avoir gagnée (il faut le préciser), Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et tant d'autres la zappent régulièrement. Les raisons ? Avec ses déplacements lointains et ses matches à rallonge, disputés au meilleur des cinq sets, la Coupe Davis alourdirait le calendrier et fatiguerait les organismes. Ces mêmes joueurs paraissent pourtant moins gênés quand il s'agit de caler dans leur agenda de longues tournées promotionnelles… Derrière ces explications traditionnelles, émergent des éléments plus terre à terre. La Coupe Davis, qui dépend de l'ITF, fournit en effet peu de points ATP, qui déterminent le classement mondial des joueurs, mais elle est surtout moins rémunératrice. L'argent, le nerf de la guerre ? Dans le cas de la Coupe Davis, c'est (aussi) le cas.

  • En quoi consiste le projet de rénovation de l'ITF ?

L'ITF a conscience que sans les meilleurs joueurs, sa compétition n'a aucun avenir. Cela fait donc de nombreuses années qu'elle réfléchit à des modifications de sa compétition entre pays. Organisation des rencontres, durée des matches, format de la finale, tout y est passé ou presque au fil des années. La naissance, et le succès, l'an passé, de la première édition de la Laver Cup, opposant l'Europe au reste du monde, a définitivement mis l'ITF devant le fait accompli : il fallait évoluer. Et cette fois, elle a décidé de trancher dans le vif. La Coupe Davis actuelle, dont la France est tenante du titre, se dispute actuellement sur quatre week-ends de compétition, avec une équipe qui reçoit et une qui se déplace : les huitièmes en février, les quarts en avril, les demies en septembre et la finale en novembre. Le projet de l'ITF prévoit de tout renverser.

La compétition passerait de 16 à 18 équipes : les seize du groupe mondial plus deux équipes invitées. Elle serait réduite à une seule semaine, au lieu de quatre week-ends précédemment. Elle serait jouée sur terrain neutre, et non plus au meilleur des cinq matches, mais des trois. Et les matches eux-mêmes ne seraient plus disputés au meilleur des cinq manches, mais des trois. L'ambiance survoltée qui a fait sa légende, les matches à rallonge qui ont fait son histoire : tout cela ferait désormais partie de l'histoire ancienne. La "nouvelle" Coupe Davis présentée lundi s'apparenterait à une Coupe du monde avec une phase de poules, des quarts de finale, des demies et une finale, avec deux simples et un double pour départager chaque équipe. L'ITF ne cache pas d'ailleurs la proximité d'idée avec la Coupe du monde puisque cette compétition de fin d'année s’appellerait "les 'World Cup of Tennis Finals qui couronneront le vainqueur de la Coupe Davis" !

  • Qui se cache derrière cette "nouvelle Coupe Davis" ?

Si la Laver Cup avait été initiée par Roger Federer, cette nouvelle mouture de la Coupe Davis a été soutenue par Novak Djokovic, vainqueur de l'épreuve en 2010 aux dépens de la France, mais aussi par… Gerard Piqué. Le footballeur, qui évolue toujours au FC Barcelone, est aussi le fondateur et le président de Kosmos, un groupe d'investissement. D'après le communiqué de l'ITF, ce groupe est soutenu par Hiroshi Mikitani, président de l'entreprise japonaise Rakuten (également sponsor maillot du Barça…). Et le partenariat Kosmos-ITF serait au long cours : il porte sur 25 ans et trois milliards de dollars (2,4 milliards d'euros). L'argent, le nerf de la guerre…

"Je suis très content d'annoncer cet accord historique avec l'ITF."

Cela fait plusieurs années que le défenseur du Barça, visiblement piqué de tennis, entend investir dans ce sport. Il se serait d'abord tourné vers l'ATP, qui a eu sa compétition par équipe, la World Team Cup, entre 1976 et 2012. Mais le projet de renaissance de l'épreuve n'a pas abouti. L'ITF, peut-être effrayée de voir une autre compétition par pays aboutir via l'ATP, a elle donné suite, sacrifiant l'essence même de son épreuve…

  • Comment ce nouveau format est-il accueilli par le monde du tennis ?

Forcément, les dents ont grincé et les critiques ont fusé. Dans leur ensemble, commentateurs, suiveurs ou anciens joueurs fustigent ce projet. "OK, la Coupe Davis était à bout de souffle, mais il y avait d'autres solutions à expérimenter avant ce changement radical", a estimé sur Twitter Arnaud Di Pasquale, ancien directeur technique national (DTN) du tennis français. "De fait, on tue l'esprit, l'ambiance et les valeurs de cette compétition mythique. Ce qui est le plus énervant, c'est de la flinguer sans même essayer de la sauver."

Ex-capitaine de l'équipe de France, Arnaud Clément fait part de son incompréhension. "Je ne vois pas comment on pourrait continuer d'appeler ça la Coupe Davis", estime-t-il au micro d'Europe 1. "L'essence même de la Coupe Davis serait complètement anéantie. La Coupe Davis, c'est le public. Là, le public, on l'oublie. On oublie carrément les supporters de tous les pays qui y participent. On oublie toutes ces ambiances… (…) On n'essaie même pas de la réformer, on la tue d'un coup. Avec d'anciens joueurs, on a proposé un grand nombre de réformes, comme celle de l'organiser tous les deux ans. On ne peut pas faire un changement aussi radical sans avoir tenté au moins l'une de ces réformes."

Ancien DTN et camarade de longue date de Yannick Noah, actuel capitaine de l'équipe de France, Patrice Hagelauer ne décolère pas. "Je trouve que c'est vraiment une honte qu'on puisse encore appeler cette épreuve la Coupe Davis", s'irrite-t-il sur Europe 1. "Qu'ils fassent une nouvelle épreuve, c'est leur problème, mais ne surtout pas appeler ça la Coupe Davis. Ils la massacrent totalement, tout ça pour une histoire de gros sous. La Fédération internationale veut gagner plus d'argent, veut en faire gagner à ses promoteurs et aux joueurs. Mais où est le sport là-dedans ? Où est l'histoire ?" Le nouveau format de compétition doit être soumis au vote du Congrès annuel de l'ITF l'été prochain. Mais étant donné le soutien affiché de son président, David Haggerty, et les sommes en jeu, il serait étonnant que l'ITF abandonne ce nouveau projet…