Propos de Le Graët sur l'homophobie dans les stades : une polémique en cinq actes

, modifié à
  • A
  • A
Le président de la FFF a réitéré ses propos sur l'arrêt des matches pour homophobie.
Le président de la FFF a réitéré ses propos sur l'arrêt des matches pour homophobie. © FRANCK FIFE / AFP
Partagez sur :
Le président de la FFF Noël Le Graët a redit qu'il ne veut plus que les matches de foot s'arrêtent pour cause de chants homophobes. Ses déclarations ont provoqué un tollé. 
RÉCIT

A quelques heures de France-Andorre, en qualifications pour l'Euro 2020, l'homophobie dans les stades de foot crée à nouveau la polémique. En cause : des propos de Noël Le Graët, qui a déclaré mardi que le racisme et l'homophobie dans les stades, "ce n'est pas la même chose". Le président de la Fédération française de foot s'est aussitôt attiré les foudres des associations de lutte contre l'homophobie, avant d'être recadré par la ministre des Sports Roxana Maracineanu. 

Retour sur cette polémique, alors que plusieurs matches de Ligue 1 et de Ligue 2 ont été brièvement interrompus en raison de chants ou de banderoles homophobes.

Acte 1 : le racisme et l'homophobie dans les stades, "ce n'est pas la même chose"

La semaine passée, Noël Le Graët avait déjà détonné en estimant dans les colonnes de Ouest-France "qu'on arrêtait trop de matches" pour des manifestations homophobes dans les stades. Le président de la Fédération française (FFF) a réitéré ses propos, en demandant aux arbitres de ne plus arrêter de matches.

Cette fois, c'est sur l'antenne de France Info que le président de la "3F", 77 ans, a enfoncé le clou, mardi : "L'arrêt des matches ne m'intéresse pas. C'est une erreur. J'arrêterais un match pour des cris racistes, j'arrêterais un match pour une bagarre, des incidents s'il y a un danger dans les tribunes". Puis Noël Le Graët a assuré que le racisme dans les stades et l'homophobie en tribunes, "ce n'est pas la même chose". Des déclarations qui ont déclenché la polémique. 

Acte 2 : tollé chez les associations et recadrage de Roxana Maracineanu

Rapidement, cette nouvelle sortie du président de la 3F a suscité de vives réactions, et même de la colère parmi les associations qui luttent contre l'homophobie. Le collectif Rouge Direct a ainsi appelé à la démission de Noël Le Graët, dont le mandat s'achève en 2020, après les Jeux Olympiques de Tokyo, et qui n'a pas encore fait savoir s'il souhaitait se représenter ou non. Dominique Sopo, président de SOS Racisme l'a invité "à prendre sa retraite".

Comme la semaine passée, après la première sortie du président de la FFF, l'association des PanamBoyz & Girlz United, qui dénonce l'homophobie dans le football et travaille sur le sujet avec la Ligue de football professionnel (LFP), a également exprimé sa consternation. "Arrêter un match pour des cris racistes, oui ! Pour des chants homophobes, non ! Quand le président de la FFF fait un tri immonde entre discriminés. Propos totalement scandaleux. Quelle honte !", écrit sur Twitter l'association. 

Roxana Maracineanu a, de son côté, réagi en fin de journée. "La position qu'a prise Noël Le Graët en faisant une différenciation entre homophobie et racisme est erronée", a répondu la ministre des Sports, qui a invité le patron de la FFF "à prendre sa part de responsabilité dans la lutte contre toutes les discriminations en général".

Acte 3 : Le Graët persiste 

Contacté par le Parisien, Noël Le Graët a précisé ses propos, sans changer de ligne sur l'arrêt des matches. "Je suis navré de choquer les beaux esprits, mais des banderoles comme LFP, enc… ne sont pas homophobes. La vraie homophobie n'est pas là. Il faut être sérieux", a-t-il déclaré. "Je ne fais évidemment aucune différence entre les différentes formes de discrimination. Bien sûr que l'homophobie doit être résolument condamnée, comme le racisme, l'antisémitisme", a précisé le président de la FFF. 

Ces échanges interviennent en plein séminaire de la LFP, qui devait se conclure mercredi par une réunion, placée sous l'égide de la Ligue, entre l'Association nationale des supporteurs (ANS) et les associations de lutte contre l'homophobie (SOS Homophobie, Foot ensemble, Licra, Panam'Boyz). Mais l'ANS a conditionné sa participation à un ensemble de conditions qui rendent sa présence fortement improbable.

Acte 4 : Macron appelle au "discernement"

Cette polémique est remontée jusqu'à Emmanuel Macron, qui a appelé mardi soir à la "clarté" et au "discernement", à la sortie d'un débat sur la lutte contre la pauvreté dans le Val-de-Marne. Le sport incarnant "les valeurs de concorde de notre pays (...), il faut avoir une clarté sur les principes et du discernement dans l'application, que tout le monde travaille ensemble, il ne faut pas créer de fausses polémiques", a-t-il réagi. 

"Je ne suis pas non plus naïf", a commenté le chef de l'État. "On sait ce qu'est un stade qui s'embrase et parfois les noms d'oiseaux, pour dire le moins, qui volent. Donc je ne suis pas en train de dire que tout ça doit se terminer (...) Mais on ne peut pas expliquer tous les jours à nos jeunes et moins jeunes qu'il faut mettre de la décence dans le pays, qu'il faut enlever de la violence, et dire qu'il faut accepter de toute éternité les pires choses", a-t-il ajouté.

Acte 5 : Deschamps soutient Le Graët

Le président de la Fédération française de football (FFF) Noël Le Graët a "toujours lutté contre toutes les discriminations dans le football", l'a défendu mardi soir le sélectionneur Didier Deschamps, après les propos du dirigeant, ayant différencié lutte contre le racisme et homophobie dans les stades.

Le sélectionneur s'est exprimé à l'issue de la victoire de la France contre Andorre (3-0), pour les qualifications à l'Euro 2020. "Tous les services dans la Fédération vont dans ce sens-là pour qu'il y ait le moins de problèmes possibles dans le football", a poursuivi le champion du monde 1998.