Ligue 1 : pourquoi appelle-t-on Strasbourg le "Marseille de l'Est" ?

, modifié à
  • A
  • A
Jean-Eudes Aholou et Morgan Sanson se retrouvent mardi soir au Vélodrome.
Jean-Eudes Aholou et Morgan Sanson se retrouvent mardi soir au Vélodrome. © PATRICK HERTZOG / AFP
Partagez sur :
Le Racing Club de Strasbourg se déplace mardi soir au Stade Vélodrome en ouverture de la 21ème journée de Ligue 1 pour y affronter un club qui lui ressemble…

Lorsqu'il s'est agi le 15 octobre dernier, de présenter le Racing Club de Strasbourg quelques minutes avant la réception de l'OM, Canal+ a intitulé son sujet "Strasbourg : le Marseille de l'Est". Comme d'autres médias avant elle, la chaîne cryptée a opté pour la métaphore qui assimile le club alsacien à son lointain cousin phocéen, qui se retrouvent, mardi soir (19 heures) pour le match retour. Mais pourquoi donc ce rapprochement ? Europe 1 récapitule les points de convergence entre les deux clubs, outre le fait, évident, mais pas forcément innocent, qu'ils évoluent tous les deux en ciel et blanc…

La ferveur des supporters. Dans le sujet du Canal Football Club cité plus haut, le défenseur du Racing Jérémy Blayac, venu à Strasbourg quand le club était encore en National, en janvier 2015, explique : "Je suis venu en National uniquement parce que c'est Strasbourg". Parce que, même en National, Strasbourg n'était évidemment pas un club comme les autres.

Rétrogradé en CFA2 (l'actuel National 2, le 5ème échelon du football hexagonal) à l'orée de la saison 2011-12, il a continué à être suivi par de nombreux fidèles, suscitant même un élan historique, avec plusieurs records à la clé, celui du nombre de spectateurs en CFA2 (9.400 spectateurs en 2011), en CFA (20.044 en 2013) puis en National (27.820 en 2015). Revenu en Ligue 1 cette saison, après deux montées successives, le Racing surfe encore sur une belle dynamique. Avec plus de 82%, il présente ainsi à domicile le deuxième meilleur taux de remplissage de Ligue 1 derrière le PSG (97%). Loin devant l'OM, même, qui dépasse légèrement les deux tiers de la capacité de son stade (69%), mais avec une enceinte deux fois plus grande (66.508 spectateurs contre 29.000).

L'ambiance à la Meinau - Strasbourg est 4ème du "championnat des tribunes" - est essentiellement assurée par les Ultra Boys 90, qui, après avoir longtemps été dans un quart de virage - une spécificité strasbourgeoise -, sont désormais installés derrière l'un des deux buts pour un rendu plus massif (de 1.000, on est passé à une tribune de 4.000 personnes), qui rappelle les plus beaux kops de France, mais aussi les "murs" visibles outre-Rhin, tout près, en Bundesliga. La ferveur qui s'y exprime est identique à celle des virages du Vélodrome, qui, même s'ils sont peut-être moins denses que par le passé, restent des références en matière d'animation et de tifos.

Une instabilité chronique. Les saisons de purgatoire, les supporters de l'OM connaissent aussi. À la suite de l'affaire VA-OM, le club phocéen avait passé deux saisons en Ligue 2, en 1994-95 et 1995-96. Ses supporters l'avaient évidemment suivi en masse, habitués aux turpitudes d'un club à nul autre pareil. Ou alors à Strasbourg, peut-être. Car les deux clubs ont en commun une instabilité chronique, d'affaires de reprise mal embouchées en expériences de direction peu convaincantes.

Depuis le début du siècle, l'OM, c'est ainsi huit présidents et 24 changements d'entraîneur. Du côté alsacien, c'est onze présidents et douze changements de coach. Nous avons écrit volontairement "changements" car c'est là aussi l'une des spécificités des deux clubs de souvent faire appel aux mêmes hommes. Jacky Duguépéroux est revenu deux fois sur le banc du RCS tandis qu'Albert Emon, José Anigo et Franck Passi ont joué les pompiers de service à plusieurs reprises sur la Canebière.

Le Racing comme l'OM ont aussi ce goût prononcé pour les figures historiques, Gilbert Gress, entraîneur lors du seul titre champion de France du Racing en 1979, et Bernard Tapie du côté de l'OM, champion d'Europe en 1993, le seul de la France du foot. Tous deux ont été réclamés, sont revenus, sont repartis, devenant des icônes. Les deux clubs ont partagé aussi, il faut le souligner, une longue période de disette au niveau du palmarès qui a pu les rapprocher : 18 ans pour le Racing entre 1979 et 1997, et 17 pour l'OM entre 1993 et 2010 (On a volontairement omis dans ce compte le championnat de Ligue 2 et la Coupe Intertoto, des titres mineurs). Il est amusant de noter que c'est la Coupe de la Ligue qui, de chaque côté, a dépoussiéré l'armoire à trophées…

Une portée régionale. "Si on est remontés, on le doit aux joueurs, aux entraîneurs mais aussi aux collectivités, aux partenaires, qui ont été à fond derrière nous", rappelait le président du Racing, Marc Keller, dans le sujet de Canal+. Le Racing, c'est plus que Strasbourg, c'est l'Alsace tout entière. "Il y a une identité Racing qu'on peut trouver en Alsace et même au-delà et celle-là, elle est similaire à ce qu'on peut trouver à Marseille", rappelait l'ancien défenseur du Racing Cédric Kanté dans un sujet de nos confrères de RMC Sport. "Après, je pense que Marseille, c'est un peu plus irrationnel", ajoutait-il. Irrationnel, et beaucoup plus gros aussi.

Car si Strasbourg bénéficie d'une portée régionale, du côté de l'OM, c'est bien plus que du régional. Des maillots de l'OM, on peut voir partout en France et, d'après de fins connaisseurs de la chose strasbourgeoise, jusqu'il y a quelques années, on en voyait aussi beaucoup à… Strasbourg. Et ce n'est pas là l'un des moindres exploits du Racing que d'avoir su mobiliser les amateurs de football et de les avoir "détournés" de l'OM, qui reste un must quand il s'agit de revendiquer son attachement à la province.

Des joueurs passerelles. Club bouillants et passionnés, Strasbourg et l'OM attirent forcément les fortes têtes. Le pedigree des joueurs passés par les deux formations est assez exceptionnel. Il y a là un attaquant atypique, inoubliable pour ses coups de patte, Mickaël Pagis, un champion d'Europe avec l'OM, Franck Sauzée, un champion du monde avec les Bleus, Franck Leboeuf, et deux internationaux sénégalais, devenus des références dans les deux clubs : Mamadou Niang et Habib Beye, aujourd'hui consultant vedette de Canal+, diffuseur mardi soir de la rencontre. Au match aller, les deux équipes s'étaient séparées sur un score de parité, après un match spectaculaire (3-3). À voir si le Racing va encore faire jeu égal avec l'OM, mardi soir.

"Une comparaison d'avant".Interrogé en début de saison sur cette notion de "Marseille de l'Est" par RMC Sport, le secrétaire général du Racing, Romain Giraud, avait répondu : "Je ne suis pas certain qu'il y ait de comparaison à faire. C'est une comparaison d'avant. Aujourd'hui, on est tourné vers l'avenir. Et l'avenir, c'est construire le Racing de demain, continuer à le faire progresser, continuer à accueillir nos spectateurs dans les meilleures conditions possibles et continuer à faire vivre cette passion, cet engouement qu'il y a autour du club."