Le Dakar en Arabie saoudite : les raisons d’un choix surprenant

Rallye, Dakar, FRANCK FIFE / AFP 1280
L'organisateur promet un rallye spectaculaire en Arabie saoudite. © FRANCK FIFE / AFP
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Grégoire Duhourcau avec Axel May , modifié à
À partir de 2020, le Dakar se déroulera en Arabie saoudite, au moins pour cinq ans, après une décennie passée en Amérique du Sud. Cette annonce survenue lundi a de quoi surprendre.
ON DÉCRYPTE

Le Dakar ferme un chapitre de son histoire et se retrouve désormais face à une "page blanche", comme le décrit David Castera, directeur de l’événement. ASO, organisateur du rallye-raid, a en effet annoncé lundi que le Dakar 2020 se déroulerait en Arabie saoudite, après avoir passé dix ans à sillonner l’Amérique du Sud. Cette annonce a de quoi interroger en raison du contexte géopolitique autour de l’Arabie saoudite, régulièrement pointée du doigt sur des questions de droits de l’Homme et touchée plus récemment par l’affaire Khashoggi.

En 2009, c’est la menace terroriste sur le continent africain, où le Dakar se déroulait depuis 30 ans, qui avait poussé la course à migrer de l’autre côté de l’Atlantique. Cette fois-ci, les raisons de ce nouveau déménagement, acté pour les cinq prochaines éditions, sont bien différentes.

"Depuis mes premiers souvenirs et mes premières expériences du Dakar, j’ai toujours considéré que ce rallye à part portait en lui le concept de la découverte, du voyage vers l’inconnu. En allant en Arabie saoudite, c’est bien entendu cet aspect qui me fascine. Je suis certain que ce même sentiment va animer tous les pilotes et copilotes", confie David Castera dans le communiqué diffusé par ASO. Une certitude confirmée par Stéphane Peterhansel, qui est du même avis. "C’est ça qu’on aime, découvrir de nouveaux pays, de nouveaux déserts, de nouvelles dunes, de nouvelles populations", s'enthousiasme le recordman du nombre de victoires au Dakar (13), sur Europe 1.

Un contexte politique et économique compliqué en Amérique du Sud

Voilà donc pour la version officielle. Il s’avère toutefois que l’organisation du Dakar en Amérique latine était devenue compliquée, du fait notamment de la crise économique dont souffrent les pays de cette région du globe et des politiques d’austérité qui y sont mises en place. Ces pays rechignaient de plus en plus à débourser les sommes réclamées pour accueillir l’épreuve. L’édition 2019 du Dakar, dont le tracé n’est pas sorti des frontières du Pérou, en est l’illustration. Pour la première fois de son histoire, le rallye-raid n’a d'ailleurs visité qu’un seul pays.

La volonté de quitter l’Amérique du Sud se faisant de plus en plus pressante, il était nécessaire pour l'organisation de trouver un nouveau point de chute. L’Arabie saoudite, dans sa recherche d’ouverture sur le monde, n’a pas résisté à l’envie de saisir une telle occasion. Après un match amical de football entre l’Argentine et le Brésil en octobre 2018, la Supercoupe d’Italie qui a opposé la Juventus Turin et l'AC Milan en janvier 2019 ou encore le Grand Prix inaugural de la saison de Formule E en décembre 2018, l’Arabie saoudite s’offre un "événement mondialement connu", se réjouit le prince Abdulaziz bin Turki AlFaisal Al Saud, président de la Saudi Arabia General Sports Authority. "Notre pays est passionné par le sport et notre objectif stratégique est de nourrir cet appétit", ajoute-t-il.

Un accord gagnant-gagnant entre ASO et l’Arabie saoudite

Cet accord réjouit tout le monde puisque, pour ASO, l’Arabie saoudite offre des garanties sur le plan de l’économie, de la sécurité et du spectacle. Le prince Khalid Bin Sultan Abdullah Al Faisal, président de la Saudi Arabian Motor Federation, promet ainsi "aux concurrents de nouveaux challenges en dessinant des étapes dans le majestueux et mystérieux désert du 'Quart Vide'". "La diversité des terrains et du milieu naturel du pays conduira les concurrents à vivre une expérience unique", estime-t-il.

Un discours appuyé par David Castera : "Je suis déjà inspiré et heureux de devoir tracer un parcours dans une géographie aussi monumentale et propice aux itinéraires les plus audacieux. Il n’y a que l’embarras du choix." Le désert du "Quart Vide", ce sont "des dunes à perte de vue, presque trop", se réjouit-il sur franceinfo. Les bords de la mer Rouge offrent quant à eux plus de reliefs montagneux. "On va avoir un vrai rallye" avec une "grosse richesse de rallye-raid : sable, navigation, découverte, montagne", lâche David Castera.

"L’Arabie saoudite offre pas mal de ce que l’on recherche dans le rallye-raid", souligne Peterhansel

Stéphane Peterhansel, qui a déjà eu l’occasion de poser ses roues en Arabie saoudite, abonde dans le sens de l'organisateur : "J’ai un souvenir exceptionnel de paysages, de dunes, des lacs. C’était magnifique. (…) Je pense que l’Arabie saoudite offre pas mal de ce que l’on recherche dans le rallye-raid et dans le Dakar en particulier."

Enfin, le décalage horaire, qui était de -6 heures avec le Pérou, a été un argument de plus en faveur de l’Arabie saoudite. Les deux heures supplémentaires en hiver permettront d’avoir beaucoup plus facilement des retransmissions en direct en France et en Europe, là où le Dakar est le plus suivi.