ÉDITO - "Le Ballon d'Or nie la philosophie collective du football"

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Alors que le footballeur argentin Lionel Messi a remporté lundi soir, pour la sixième fois, le Ballon d'Or, Virginie Phulpin, éditorialiste sport à Europe 1, revient sur cette distinction. Selon elle, un tel prix favorise l'individualisme sur le terrain. Un comble pour un sport éminemment collectif.
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Sans surprise, Lionel Messi est le Ballon d'Or 2019. Lundi soir, l'attaquant argentin a remporté cette distinction pour la sixième fois, au grand dam de Virginie Phulpin. Pour notre éditorialiste sport, ce prix encourage l'individualisme sur le terrain de football en ne reconnaissant que les performances individuelles et non le rayonnement au sein d'une équipe ou la capacité à entraîner les autres dans son sillage.

"Un trophée individuel dans un sport collectif, je ne m'y ferai jamais. Il y a tellement d'effets pervers : cela favorise l'individualisme sur le terrain, les clans au sein d'une équipe, et j'en passe. Mais je ne vais pas faire la révolution toute seule dans mon coin, donc Ballon d'Or il y a.

 

Et pour moi, le sixième sacre de Lionel Messi montre à quel point on est arrivé au bout de la logique de l'individualisme. Si on récompensait le meilleur joueur d’une génération, d’accord. On donne le Ballon d'Or une fois à Lionel Messi, une fois à Cristiano Ronaldo, et on alterne jusqu'à la fin de leurs carrières pour désigner à la fin le meilleur joueur de l'histoire.

"Ce qui compte, ce sont les performances techniques individuelles"

Mais ce Ballon d'or est censé récompenser le meilleur joueur de l’année. Or, qu'a fait gagner Lionel Messi à ses équipes en 2019 ? Oui, le FC Barcelone est champion d'Espagne. Mais c'est tout. Les Catalans ont sombré contre Liverpool en Ligue des Champions, et Messi avec eux. Qui a aussi connu un échec à la Copa America avec l'Argentine. Cela prouve que ce qui compte, ce sont les buts marqués et les performances techniques individuelles, pas le rayonnement sur l'équipe et la capacité à entraîner tout le monde dans son sillage. Et c'est cela qui pose un problème : cela nie la philosophie du football.

Ce n'est pas pour cela que j'aurais préféré qu'un joueur de Liverpool soit sacré. Parce que justement, ce qui prouve que Liverpool est une véritable équipe de foot, c'est qu'aucun de ses joueurs champions d'Europe ne l'ait gagné. Sept joueurs des Reds étaient dans les 30 finalistes, donc cela éparpille les votes. Et tant mieux, parce que cela leur permet de se concentrer sur le collectif, et non sur la récompense individuelle qui devient une obsession.

"Messi échangerait-il ses Ballons d'Or contre une Coupe du monde ?" 

Cela évite aussi de voir ce qui se passe au FC Barcelone depuis le début de la saison. Lionel Messi ostracise ostensiblement Antoine Griezmann. Le Français est peut-être trop dangereux pour ses statistiques personnelles. Alors souvent, on voit l'Argentin l'oublier sur le terrain. À Liverpool au contraire, on avance ensemble. Et personne ne ressort au point d'être Ballon d'Or. Ou plutôt, tout le monde ressort. C'est la force du collectif des Bleus qui avait aussi empêché un Français d'être sacré l'an dernier, malgré un titre de Champions du monde.

Je serais curieuse de savoir si Lionel Messi échangerait ses six Ballons d'Or contre une Coupe du monde. Je l'espère, mais j'ai bien peur que non."

Europe 1
Par Virginie Phulpin