Avec les difficultés de Mediapro, le foot français face à la peur du vide

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Mediapro, qui diffuse la Ligue 1 et la Ligue 2 depuis cet été, veut renégocier à la baisse le montant des droits télé, arguant des conséquences de la crise sanitaire. Une situation potentiellement explosive pour le foot français, déjà en grande difficulté en raison de la pandémie de coronavirus.
DÉCRYPTAGE

Le foot français est au bord d’une nouvelle crise de nerf. En cause : les difficultés de Mediapro, le nouveau diffuseur de la Ligue 1 et de la Ligue 2 depuis cet été. Le groupe sino-espagnol, qui a acheté les droits TV de la L1 pour 780 millions d’euros par saison et de la L2 pour 34 millions par an, souhaite déjà renégocier à la baisse en raison de la pandémie de coronavirus. "Nous voulons rediscuter le contrat de cette saison. Elle est très affectée par le Covid-19, tout le monde le sait car tout le monde souffre. On veut renégocier le prix", a expliqué Jaume Roures, le patron de Mediapro, dans une interview accordée à L’Equipe de jeudi.  

Ce nouveau rebondissement pourrait faire plonger le foot français, déjà en grande difficulté en raison de la pandémie, dans une profonde crise financière. Europe 1 décrypte les conséquences potentiellement dévastatrices d’une baisse des droits TV sur la Ligue 1 et la Ligue 2.

Mediapro, un diffuseur en difficulté

Pour rentabiliser son énorme investissement, qui se monte à plus de 800 millions d’euros par an, Mediapro a tablé sur un business plan très ambitieux : atteindre à terme les 3,5 millions d’abonnés à sa chaîne Téléfoot. Mais selon les premiers chiffres qui ont filtré dans la presse, le groupe sino-espagnol serait loin... du million d’abonnés. Mediapro n’a dévoilé aucun chiffre pour l’instant, mais James Roures l’a avoué dans L’Equipe : les prises d’abonnements sont "tièdes". "La situation est plus compliquée qu’on ne l’imaginait il y a deux ans quand on a acquis les droits", a-t-il déploré.

Car pour le moment, Mediapro et sa chaîne Téléfoot n’ont pas réussi à séduire les fans de foot. En cause : le montant de l’abonnement, qui s’élève à 25,90 euros par mois pour l’offre standard avec engagement d’un an, ou 29,90 euros par mois sans engagement, ainsi que de gros bugs sur l’application dédiée lors de son lancement fin août. Des partenariats ont également été noués avec Orange, Free, Bouygues Telecom, SFR et même Netflix, mais cette stratégie ne semble pas fonctionner pour le moment. Symbole des difficultés de Mediapro : le groupe a demandé un délai de paiement pour l'échéance d'octobre des droits télévisés, d'un montant estimé à 172 millions d'euros, ce qui a été refusé par la Ligue de foot professionnel (LFP). Or, de la santé de Mediapro dépendra une grande partie de l’avenir du foot français.

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Une dépendance aux droits TV encore renforcée par le coronavirus

Historiquement, le foot français a toujours été très dépendant des montants versés par les chaînes de télévision. En 2018-2019, les droits TV représentaient un tiers de leurs recettes (36% pour la Ligue 1 en 2018-2019 selon la DNCG, gendarme financier du foot français). Problème : cette dépendance a été encore accentuée par la pandémie de coronavirus. 

Avec l’arrêt de la saison dernière et l’absence de public dans les stades, les clubs français ont perdu des dizaines de millions d’euros, forçant la LFP à contracter un prêt garanti par l’État d’un montant estimé à 225 millions d’euros pour compenser le manque à gagner des droits TV. "Il est évident que l'enjeu des droits TV pour les clubs de football est important. C'est une part significative de leurs revenus et ce serait un cataclysme, après avoir perdu un quart des revenus suite à l'arrêt du championnat 2019-2020, la perte des recettes liée aux dix matches qui n'ont pas eu lieu, les quasi huis-clos actuels", craint Frédéric Longuépée, le président des Girondins de Bordeaux, interrogé par l'AFP. 

Le spectre d'une "faillite généralisée" 

L’arrivée de Mediapro ressemblait donc à un ballon d’oxygène pour les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. Mais une renégociation à la baisse des droits télé pourrait avoir des conséquences dramatiques. "Si cela venait soit par une rupture du contrat, soit par une baisse de sa valeur, dans tous les cas les clubs, déjà perdants avec la crise économique, seraient dans une situation catastrophique. Ils ont étalé leur comptabilité sur des recettes potentielles à hauteur des droits TV de 1,153 milliards d'euros, avec des contrats joueurs signés jusqu'en 2023 ou 2024. Si, demain, ils n'ont plus l'argent attendu, c'est dépôt de bilan, cessation de paiement, faillite généralisée", s’est alarmé l’économiste du sport Pierre Rondeau sur Twitter.

Face à cette situation explosive, la LFP va-t-elle accepter de renégocier les droits TV ou engager un bras de fer avec Mediapro ? "La Ligue est d’accord pour s’asseoir autour d’une table pour parler de ce sujet. On verra comment cela va se terminer", a assuré Jaume Roures, qui ne minimise pas les potentielles conséquences pour le foot français. "Dans la situation actuelle, tout le monde est inquiet."