Vidéos de L214 : "Les gens qui souffrent le plus dans l'histoire, ce sont les abatteurs"

Les vidéos de l'association L214 suscitent un débat sur les conditions d'abattage des animaux, en France.
Les vidéos de l'association L214 suscitent un débat sur les conditions d'abattage des animaux, en France. © Capture d'écran L214.
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Thibaud Le Meneec
Les vidéos d'abattoirs publiées par L214 ont posé la question des conditions de travail des salariés de ces structures. Un abatteur interrogé sur Europe 1 explique qu'il perçoit "les animaux comme de la matière première". 

Côtes-d'Armor, Tarn, Finistère… L'association L214 ne fait pas que porter depuis plusieurs années une lumière crue sur les conditions d'abattage de plusieurs structures en France : elle donne aussi à voir le métier des abatteurs. La dernière vidéo en date, tournée dans l'Indre, montre des salariés rompus à ces pratiques. Sont-ils réellement responsables de ces conditions d'abattage très critiquées ? C'était le débat du jour, mercredi, dans Le Tour de la question sur Europe 1.

"Il faut aller vite". "Notre métier est d'abattre une dizaine de milliers d'animaux par an", explique Frédéric*, salarié d'un abattoir depuis plus de dix ans, au micro de Wendy Bouchard. "Dans ce milieu-là, le plus important pour tenir est d'avoir un mental à toute épreuve et un physique qui suit. C'est un abattage de masse. Il faut aller vite." 

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Au point d'oublier qu'ils traitent d'êtres vivants ? "Quand on en voit tous les jours, on a regard différent. On ne les voit pas forcément comme des animaux, on les voit comme de la matière première. On est un peu dans notre bulle. Une fois que les animaux sont pendus, on ne pense plus à ce qu'ils étaient quelques minutes avant."

Des "stratégies d'immunité" pour se protéger. "Des individus comme Frédéric sont super dangereux parce qu'ils font ce qu'on leur dit de faire", a réagi Ghislaine, auditrice, à ce témoignage. "Devant lui, il a un être vivant qui souffre." 

"C'est une stratégie de défense pour ne pas souffrir", éclaire Pierre, auditeur et psychologue du travail, qui compare ce travail aux autres métiers faisant appel au travail à la chaîne. "Les gens qui souffrent le plus dans l'histoire, ce sont les abatteurs. Ils ont des stratégies d'immunité pour ne pas se rendre compte des actions qu'ils font et rentrer chez eux dans un état psychologique pas trop déplorable."

Reste que ces conditions de travail difficiles peuvent déstabiliser les salariés : "Au tout début, on peut arriver avec plein de bonnes intentions", raconte Frédéric. "À la fin, on peut vriller, il suffit d'être un peu faible psychologiquement ou d'avoir quelques soucis et on fait des choses comme dans la vidéo."