14 notifications en trois semaines : l'application StopCovid est-elle un flop ?

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L'application StopCovid a été activée 1,8 million de fois depuis son lancement le 2 juin.
L'application StopCovid a été activée 1,8 million de fois depuis son lancement le 2 juin. © Clément Lesaffre / Europe 1
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L'application StopCovid n'a été téléchargée que 1,9 million de fois depuis son lancement le 2 juin. Pire encore, elle est désinstallée des dizaines de milliers de fois chaque jour, signe que les utilisateurs se détournent de l'application de traçage des contacts avec des malades du coronavirus. Faut-il pour autant la condamner ?
ANALYSE

Premier bilan (très) décevant pour StopCovid. L'application mobile, qui sert à tracer les contacts avec des personnes atteintes du coronavirus, a été téléchargée 1,9 million de fois depuis son lancement le 2 juin, selon des chiffres communiqués par Bercy mardi. Elle n'a par ailleurs été activée, c'est-à-dire mise en marche par l'utilisateur, que 1,8 million de fois. Des chiffres "très faibles", a reconnu le secrétaire d'État au Numérique Cédric O (en Allemagne, l'application locale en est à 10 millions de téléchargements). StopCovid fait donc un flop mais le gouvernement entend bien maintenir l'outil en place en cas de deuxième vague dans les prochains mois.

Des premiers résultats décevants

Tabler sur le futur, c'est un peu la seule option pour justifier l'intérêt de StopCovid. Car en l'état, l'application, qui s'inscrit dans le dispositif global de lutte contre la pandémie de Covid-19, n'a pas fait montre de son efficacité. En trois semaines, seules 68 personnes se sont identifiées comme malade grâce à leur mobile. Ce qui a donné lieu à la détection de 205 cas contacts et, en bout de chaîne, seulement 14 notifications envoyées à des utilisateurs pour les prévenir d'une proximité avec une personne infectée. Ce chiffre très faible "étonne un peu" Cédric O, qui l'attribue au faible nombre de tests réalisés en ce moment, "une trentaine de personnes par jour à Paris".

Autre chiffre parlant, et peut-être encore plus inquiétant : sur les 1,9 million de personnes qui ont installé StopCovid, 460.000 l'ont désinstallée depuis lors, ce qui laisse en réalité entre 1,4 et 1,5 million d'utilisateurs. Et, selon Cédric O, bien que 190.000 personnes se soient encore enregistrées sur l'application la dernière semaine, "le chiffre des désinstallations augmente significativement ces derniers jours, à hauteur de plusieurs dizaines de milliers par jour". Une tendance qu'il explique par "une baisse de l'inquiétude de nos concitoyens vis-à-vis de l'épidémie".

Un pas en avant technologique

Malgré tout, Cédric O tente de positiver et préfère retenir la capacité de la France à sortir en deux mois une application "fonctionnelle". "Cela peut paraître anecdotique. Mais, en temps normal, un tel projet aurait nécessité un à deux ans de développement", a-t-il souligné. Applaudissant le travail des organismes (Inria, l'Inserm, ANSSI…) et des entreprises (Lunabee Studio, Orange, Capgemini…) qui ont contribué à faire exister StopCovid dans ce délai très court, le secrétaire d'État a estimé que "cette 'équipe de France' a permis de développer une solution souveraine".

Certains éléments technologiques ont ainsi vocation à perdurer au-delà de StopCovid. "L'application fonctionne de manière très satisfaisante. Nous n'avons pas eu de problèmes de vie privée et de confidentialité", a appuyé Cédric O. "Nous aimons, nous Français, nous flageller. Mais, à l'heure de la domination des GAFA, ce n'est pas anecdotique que notre 'équipe de France' ait mis au point son application avant celles des autres pays européens (qui ont tous opté pour la solution développée par Apple et Google, seule la France a fait le choix d'un outil qui lui est propre, ndlr)."

Problème, toujours selon les chiffres présentés par Cédric O, l'hébergement et la maintenance de StopCovid coûtent actuellement entre 100.000 et 200.000 euros par mois à l'État. Une somme certes bien inférieure aux millions dépensés par d'autres pays pour des applications similaires, mais qui interroge quand même au vu de ses premiers résultats.

Un outil pour une éventuelle seconde vague

Le gouvernement entend donc bien continuer à promouvoir StopCovid au sein de la population. Mais, plus question de ratisser large, il s'agit désormais de "frappes chirurgicales sur les zones orange, rouge et les clusters", selon les mots de Cédric O. Des expérimentations sont d'ores et déjà en cours en Guyane, foyer toujours vif de l'épidémie de coronavirus, notamment une autre modalité de déclaration dans l'application qui passe par le médecin traitant. Mais la priorité est désormais d'améliorer StopCovid en vue d'une seconde vague.

"L'épidémie n'est pas terminée. Nous cherchons et découvrons chaque jour de nouveaux cas groupés", a alerté, lors du point d'étape, Maurice-Pierre Planel, directeur général adjoint de la Santé. "Il y a la perspective d'une seconde vague à l'automne, nous nous y préparons et nous améliorons l'application dans ce but", a-t-il ajouté. Selon lui, il n'est désormais plus possible de se passer de solutions technologiques telles que StopCovid : "ce n'est pas juste une application de lutte contre l'épidémie mais aussi une fenêtre sur un nouveau modèle de prévention sanitaire".