Ses photos sur Facebook ont été détournées et postées sur un site pornographique

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Clarisse a découvert que les photos qu’elle avait postées sur Facebook avait été détournées en photomontages à caractère sexuel, diffusés sur un site pornographique. Clarisse raconte à Olivier Delacroix s’être sentie salie quand elle a constaté que c’était un de ses collègues militaires qui en était l’auteur.
TÉMOIGNAGE

Clarisse a 28 ans et est pilote d'avion dans la Marine nationale. Alors qu’elle utilisait Facebook depuis deux ans, Clarisse a découvert que ses photos avaient été détournées et postées sur un site pornographique. En faisant ses propres recherches à partir du pseudonyme de celui qui avait posté ces clichés, elle s’est aperçue que c’était un de ses collègues militaires qui en était à l’origine. Trois ans après les faits et à la veille du procès de son ancien collègue, Clarisse confie à Olivier Delacroix s’être sentie salie.

Avant l’affaire, Clarisse explique qu’elle utilisait Facebook occasionnellement, sans avoir conscience que ses données n’étaient pas protégées : "À l'époque, je postais des photos de quand j'étais plus jeune que j’avais ressorties des placards, et puis quelques photos avec mes camarades de promotion, hors du cadre militaire. Au début, je n'avais pas du tout conscience du fait que rien n'était protégé. On pouvait taper mon nom sur Facebook et on avait accès à tout mon profil, avec mes informations, mes photos et mes commentaires."

C’est son frère qui l’a prévenue de l’existence de ces photos, poursuit-elle : "Il m'a demandé si je n'avais pas fait des photos avec quelqu'un. Je ne voyais absolument pas où il voulait en venir. Je le sentais gêné. Il m'a dit d'aller voir les photos sur un site internet et m’a demandé si c'était vraiment moi. Il y avait des photos de moi sur ce site pornographique. Il y avait quelques photomontages qui étaient mal faits. On voyait qu’on avait découpé mon visage et qu'on l'avait mis sur une photo pornographique. D'autres photomontages étaient beaucoup mieux faits.

" Je l'ai vécu comme un viol "

Je ne suis pas restée très longtemps au téléphone avec mon frère, parce que j'avais besoin de regarder ce que c'était. J'avais besoin de comprendre. Je lui ai dit que je le rappellerai plus tard. Je n'avais plus de voix, je n'avais plus de jambes. J'avais l'impression que tout s'était arrêté. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Il y avait des photos où j’étais seule et dénudée, même si ce n'était pas moi, juste mon visage. Il y avait des photos à plusieurs, toujours à caractère pornographique. 

En fouillant un petit peu plus, j’ai trouvé des photos que j'appelle 'salies', sur lesquelles il y avait mon visage en civil et en militaire avec du sperme. L'auteur de ces photos avait imprimé mon portrait, il s'était masturbé dessus et avait repris une photo de l’ensemble avec son sexe à côté. Ce sont des photos beaucoup plus dérangeantes que les photomontages. On s’est servi de moi. Ça a été tellement dur et choquant que j’ai eu l'impression qu'on est entré dans ma vie sans me le demander. Je l'ai vécu comme un viol. Je me suis senti salie. Il y a eu de l'humiliation et de la haine."

" Ça faisait déjà un an qu'il s'amusait avec mes photos "

Clarisse a alors tout de suite cherché à savoir qui était l’auteur de ces photomontages : "Il y a des pseudonymes sur ces sites. Après avoir regardé toutes les photos, je suis allée chercher qui ça pouvait être. Je ne me voyais pas aller dormir et dire : 'Je verrai demain'. Ça a été assez rapide parce qu'en tapant son pseudonyme sur Google, je suis tombée sur différentes pages. Il était inscrit sur d'autres sites, des sites de moto et de jeux vidéo, avec ce même pseudonyme. Il était également sur un site dédié aux marins. Il y avait son pseudonyme avec son nom et son prénom. 

C’est un militaire avec qui j'avais travaillé pendant presqu'un an et demi. Quand j'ai vu les photos civiles, j'ai rapidement fait le rapprochement puisqu'à l'époque, il était ami avec moi sur Facebook. Je me suis rendu compte que ça faisait déjà un an qu'il s'amusait avec mes photos. À l'époque, il me voyait et me disait bonjour tous les matins et il s'amusait en même temps avec mes photos sans que je le sache. Je me suis sentie encore plus trahie." 

" Intérieurement, ça a été un enfer "

En poursuivant ses recherches, Clarisse a découvert que d’autres collègues féminines subissaient le même sort qu'elle : "On était plus d'une trentaine à être concernées, à avoir une photo d'identité militaire vierge mise à disposition sur le site. Il nous avait mises sur un plateau en disant : 'Voilà mes collègues de travail, faites-en ce que vous voulez’'. Ce sont des photos d'identité sur le réseau informatique de la base, qui servent pour nos cartes d'identité militaires. On est toutes répertoriées en tenue militaire, avec le prénom, voire le nom de famille de certaines."

Clarisse a porté plainte auprès de la gendarmerie : "Les gendarmes m’ont cru, parce que je leur ai tout apporté directement. Ils m'ont demandé de me taire et de ne prévenir personne parce qu'ils souhaitaient le prendre en flagrant délit s’il continuait. On est en contradiction parce qu’on a envie qu'il continue pour que ça s'arrête. Mais on est tiraillée, d'un autre côté, parce qu'on ne peut pas souhaiter que ça continue. On a envie que ça s'arrête définitivement. Ça a duré trois mois environ. Ça m'a paru interminable. J'ai une grosse carapace qui m'a permis de tenir. Mais intérieurement, ça a été un enfer. 

À la suite de la révélation de cette affaire, j’ai reçu de la compassion, notamment de la part de mes collègues féminines qui se sont rendu compte de ce que ça pouvait être. De la part des hommes, il y avait beaucoup de curiosité. Ils demandaient quel était le site. Je me suis retenue parce que c'est humiliant, irrespectueux et pas drôle. Je suis officier, donc j'ai des responsabilités. Je peux avoir du monde sous mes ordres. Forcément, la crédibilité en prend un coup."

" Je vis avec, mais je n'ai pas oublié "

Trois ans après l’affaire, Clarisse attend le procès de l’auteur des photos pour obtenir des explications : "J'ai été avertie qu'il avait été interpellé et viré de la marine un an après la plainte. Petit à petit, je me détache. Je n’y pense pas tous les jours. J'ai toujours des visions de cette photo salie. Elle n’est pas omniprésente, mais je la vois tout le temps. J'ai eu un gros blocage à cause de ça et même encore maintenant. 

Je vis avec, mais je n'ai pas oublié. L’image est toujours là. C'est ça le plus dur. Je pense que tant que le procès ne sera pas passé, tant que je ne l'aurai pas vu et que je n’aurai pas eu d’explications, je n’arriverai pas à avancer, même si j'essaie de vivre avec. Aujourd'hui, je le vois comme un pervers, comme quelqu'un de peut-être malade et comme quelqu'un de bête, dans le sens propre du terme."

Interrogé, l’avocat de Clarisse et des autres femmes piégées analyse l’affaire : "J'estime que l'on est face à un viol numérique parce que dans le cas de Clarisse, un de ses collègues a voulu s'amuser et porter atteinte à l'honneur et l'image des femmes militaires qui ont de l’autorité. Il a voulu se venger parce qu'il n'acceptait pas l'autorité de ces femmes. Il a voulu les dégrader. On voit aussi l'impact que peuvent avoir les réseaux sociaux, parce que ça démolit des personnes. Elles ont été très perturbées. Ça a généré des dépressions. Leurs relations sexuelles avec leurs compagnons ont été perturbées, mais elles sont extrêmement courageuses."

Depuis l’affaire, Clarisse a toujours un compte Facebook, mais a revu sa manière d’utiliser le réseau social : "J’ai gardé mon compte Facebook, parce que j'estime que ce n'est pas ça qui va m'empêcher de garder contact avec certaines personnes et de partager des photos ou des événements avec d'autres personnes. En revanche, j’ai lu les paramètres de confidentialité et comment protéger mes photos. Tout est répertorié, tout est classé. Parmi mes amis, c'est catégorisé. Tout le monde n'a pas accès à tout."

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Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin