Réforme du code du travail : mobilisation de la dernière chance pour les syndicats

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Les opposants à la réforme du code du travail descendent dans la rue jeudi.
Les opposants à la réforme du code du travail descendent dans la rue jeudi. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
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Après les manifestations du 12 septembre, le front social organise jeudi la deuxième journée de mobilisation nationale, la veille de la présentation des ordonnances en Conseil des ministres.

Mobilisation contre la réforme du travail, épisode 2. Dix jours après la première journée d’action, pilotée par la CGT et qui avait rassemblé entre 220 et 500.000 personnes, le front social remet le couvert jeudi. Comme le 12, la CGT est à la manœuvre, rejointe par Solidaires ou encore, côté étudiants, l’Unef. Les syndicats et les militants opposés à la réforme veulent frapper les esprits, à la veille de la présentation des ordonnances réformant le droit du travail, vendredi, en Conseil des ministres. Passage en revue des principaux enjeux de cette journée d’action.

Rassembler encore plus de monde

La journée de mobilisation du 12 septembre avait rassemblé près de 500.000 manifestants à travers "200 manifestations" dans toute la France, selon la GCT, 224.000 selon le comptage de la préfecture. Un "véritable succès" pour la centrale, Philippe Martinez se félicitant notamment de la "diversité syndicale" dans les cortèges, sur Sud Radio. Coïncidence, lors de la première manifestation contre la loi El Khomri en mars 2016, la fourchette allait déjà précisément de… 224.000 à 500.000 personnes. Par la suite, le seuil du million (selon les syndicats) avait été franchi à deux reprises, le 31 mars puis le 14 juin.

Quelques renforts. Une dynamique que Philippe Martinez a bon espoir de dupliquer cette année, arguant que la foule des manifestants grossit toujours au fil de la contestation. Reste que les renforts sont une nouvelle fois limités puisque ni FO ni la CFDT n’ont appelé leurs adhérents à se mobiliser aux côtés de la CGT. Seul Solidaires a lancé un appel officiel. Néanmoins, les décisions des centrales syndicales énervent parfois la base. Ainsi, la CFDT Métallurgie estime qu’il faut être plus virulent et pourrait se faire entendre jeudi. De même, alors que la CFE-GCC reste en retrait, 11 de ses fédérations descendront dans la rue. Enfin, Jean-Claude Mailly a laissé la porte ouverte aux fédérations locales FO qui souhaiteraient manifester malgré tout.

Mais Philippe Martinez ne crie pas victoire trop vite, conscient que les chiffres peuvent aussi le desservir. Aussi, il met en avant l’importance des "salariés qui se mettent en grève dans leur entreprise sans pour autant aller aux manifestations". "L'objectif du 21, c'est de renforcer les grèves dans les entreprises et augmenter la mobilisation", a dit le secrétaire général de la CGT, dans une vidéo publiée par la Nouvelle vie ouvrière (NVO). "Plus il y aura des arrêts de travail dans les entreprises (…) plus on aura de chance de faire des convergences de luttes et de réussir des manifestations." Une opinion visiblement pas partagée par l'ensemble des Français.

Secouer l’opinion publique

Plus de deux Français sur trois (68%) estiment que la première mobilisation nationale contre la réforme du code du travail est "plutôt un échec", selon un sondage publié le 13 septembre. Si la journée du 12 a eu un retentissement limité, c’est notamment parce qu’une large partie des actions étaient des manifestations, sans impact réel sur le quotidien des Français (malgré quelques perturbations sur le réseau transilien SNCF).

Perturbations à la SNCF. Visiblement, les syndicats ont retenu la leçon. Cette fois, les perturbations ferroviaires concerneront toute la France, avec toutefois une ampleur limitée. En région parisienne, les difficultés attendues sur le réseau Transilien sont concentrées sur les lignes P, R et U (1 train sur 3). Ailleurs, 80% des Intercités doivent circuler, la grève affectant les lignes Paris-Limoges-Toulouse et Bordeaux-Marseille (1 sur 2). Du côté des TER, des perturbations sont prévues en Bourgogne (50% de trains maintenus), Franche-Comté (60%) et Aquitaine (62%).

Par ailleurs, les versions papier des quotidiens nationaux ne paraîtront pas jeudi en raison d'un appel à la grève lancé dans les imprimeries par la CGT. Si tout cela ne suffit pas, le front social pourrait durcir le ton dès lundi, avec les éventuels blocages de dépôts de carburant par les routiers.

Focaliser l’attention de Macron

La mobilisation du 12 septembre avait été éclipsée par le passage de l’ouragan Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Le jour même où les manifestants anti-réforme du droit du travail descendaient dans la rue, Emmanuel Macron était à 6.700 kilomètres de la métropole, en train de rendre visite aux sinistrés des Antilles. Difficile donc, pour les opposants, de se faire entendre.

Réaction attendue de Macron. Cette fois, Emmanuel Macron sera bien à portée de voix des cortèges, notamment celui de Marseille. Jeudi, le président se rend dans la cité phocéenne "dans le cadre de l’organisation des Jeux olympiques en 2024". Il sera sans doute interrogé sur la mobilisation, avec peut-être la même réaction que Christophe Castaner. "Je respecte le droit de manifester mais je m'oppose au fait qu'on emmerde les Français et qu'on les empêche et qu'on bloque les chefs d'entreprise, mais aussi ceux qui vont bosser, ceux qui vont à l'école, qui passent des examens", a prévenu le porte-parole du gouvernement, sur RMC.

Le front social disposera d’un porte-voix particulièrement audible en la personne de Jean-Luc Mélenchon. Le député La France insoumise des Bouches-du-Rhône, qui avait défilé à Marseille le 12 septembre, sera cette fois présent dans le cortège principal, à Paris, deux jours avant le rassemblement à l’initiative de son mouvement. Un atout de plus pour une journée aussi cruciale qu’explosive.

Le timing se resserre

La date du 21 septembre n’a pas été choisie par hasard. Les ordonnances de la réforme du droit du travail seront en effet présentées en Conseil des ministres vendredi, en vue d’une publication la semaine du 25. Le gouvernement ayant répété à de multiples reprises qu’il ne pliera pas face à la colère de la rue, la journée de jeudi est probablement la dernière chance des syndicats de faire entendre leurs revendications.

Les syndicats se sont fait piéger par le calendrier du gouvernement, qui a préparé sa réforme en plein été avant d’opter pour un agenda accéléré. Entre la présentation des ordonnances et leur future publication, moins d’un mois se sera écoulé. Pas suffisant pour inscrire le mouvement de contestation dans la durée. Mais les syndicats ne désarment pas pour autant et de nouvelles journées de mobilisation spécifiques (routiers, fonctionnaires, retraités) sont prévues.