Que sait-on de Marine P., la compagne de Radouane Lakdim ?

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La jeune femme résidait à Carcassonne, comme son petit-ami.
La jeune femme résidait à Carcassonne, comme son petit-ami. © ERIC CABANIS / AFP
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La petite-amie du tueur de l'Aude a été mise en examen pour "association de malfaiteurs terroriste", mardi soir. Elle conteste tout lien avec les attaques commises à Carcassonne et Trèbes.

 

Son compagnon, tué dans l'assaut du supermarché où il tenait un gendarme en otage, ne parlera jamais aux enquêteurs. Marine P., arrêtée peu après, affirme quant à elle qu'elle ignorait tout de ses projets d'attaque. Mais au terme de quatre jours de garde à vue, le parquet a décidé de la mettre en examen pour association de malfaiteurs terroristes, mardi. Sans qu'on sache précisément à quel point pour l'instant, la jeune femme de 18 ans est soupçonnée d'être liée aux attentats qui ont fait quatre morts, dont le militaire séquestré, à Carcassonne et à Trèbes, vendredi.

"Elle allait bien". Comme Radouane Lakdim, Marine P. vivait dans le sud de la France. "Jolie, souriante, discrète" selon ses proches, elle vivait avec sa famille dans un logement social des confins de Carcassonne, près du cimetière de la commune. De petites maisons claires de deux étages, loin du centre-ville. Son père est décrit comme "gentil", sa mère comme "sans dessus dessous" depuis son arrestation. "Tu as été embobinée", lui aurait-elle dit avant que la police ne l'emmène.

"Elle avait repris l'école, eu son BEP de vente", a déclaré à LCI la soeur de Marine P., sous couvert d'anonymat. "Elle allait bien" et cherchait un emploi, d'après la même source. Sur des photos de famille, la jeune femme apparaît apprêtée, maquillée, les cheveux remontés en chignon. Elle fait la moue devant l'objectif.

Une sourate promettant l'enfer. Mais, comme Radouane Lakdim, Marine P. était aussi fichée pour radicalisation. Selon les premiers éléments de l'enquête, elle était suivie pour "fréquentation des milieux islamistes radicaux". Car même si elle n'avait jamais eu affaire à la justice, la jeune fille, convertie à l'islam à l'âge de 16 ans, "présente tous les signes d'une radicalisation", selon le procureur de Paris François Molins. Des éléments matériels en attestent : son cri d'"Allah Akbar", lors de son interpellation,  mais aussi, dans une vidéo publiée sur internet le matin du périple meurtrier de son compagnon, une sourate promettant l'enfer aux mécréants.

Selon sa sœur, Marine P. ne se rendait pourtant "jamais à la mosquée". "Elle faisait la prière le matin, mettait ensuite une sourate sur son compte Facebook", et ensemble, entre deux cigarettes fumées dans leurs chambres, elles "regardai(ent) des films sur Netflix". Pendant le ramadan, le reste de la famille mangeait du porc à table. "Et il n'y avait aucun problème." Radouane Lakdim, avec qui elle sortait depuis trois ans, n'était jamais venu chez ses parents.  Ensemble, ils se promenaient ou allaient courir. Durant les trois mois précédant les tueries, le couple n'a plus échangé un coup de téléphone. Les enquêteurs soupçonnent qu'ils aient pu communiquer via une messagerie cryptée, en prévision des attaques à venir.

"Elle a été manipulée". "Elle a peut-être eu des propos extrêmes, mais elle n'est pas une criminelle, elle a été manipulée", répète sa sœur aînée. Non voilée, Marine P. n'avait que quelques amis. La solitude de sa fin d'adolescence a-t-elle pu la pousser à fréquenter un homme plus vieux, dont elle ne partageait pas sincèrement les convictions ? Ce n'est pour l'instant pas le sentiment des enquêteurs : si la jeune femme conteste tout lien avec les attaques de vendredi, elle n'exprime aucun sentiment d'indignation à l'évocation des faits. En garde à vue, elle est allée jusqu'à regretter que son petit-ami n'ait pas fait plus de victimes.

Europe 1
Par M.L avec AFP