QCM, sacs allégés et "cyber-vagabondage" : à quoi ressemble le quotidien des lycéens équipés d'ordinateurs portables ?

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Dans le Grand-Est, la quasi-totalité des lycéens ont "basculé" des manuels scolaires à l'ordinateur portable, offert par la région. Europe 1 est allé à la rencontre des principaux concernés. 
ENQUÊTE

L'ordinateur aura-t-il la peau du manuel scolaire ? À l’occasion de cette rentrée, la totalité (ou presque) des lycéens du Grand-Est est en tout cas équipée d'un PC portable offert par la région... soit 115.000 machines. À Mulhouse, Europe 1 est allé interroger les différents acteurs de ce grand chamboulement. 

"L'écran est super grand, pas de problème pour lire"

Côté lycéen, l’accueil est évidement positif au moment d'ouvrir le carton. "C'est super cool, ça fait plaisir, on n'a pas besoin d'en acheter un, et en plus c'est neuf", s'enthousiasme une élève. "En plus l'écran est super grand, on n'aura pas de problème pour lire", renchérit une autre. D'autant plus "cool" qu’après le bac, chaque lycéen pourra garder son ordinateur - moyennant un coût de 40 millions d'euros pour la région.  

En pratique, profs et élèves utilisent ces ordinateurs à des fins pédagogiques, à la place des manuels papier. Finis, donc, les gros bouquins dans le sac à dos. Et bonjour aux applications, qui dépendent un peu des éditeurs : selon que l'on soit chez Bordas, Nathan ou autre, on va du PDF un peu amélioré, simple version numérique de celle qui existait sur le papier, à des choses plus évoluées, comme des QCM, des tests ou des vidéos. De quoi dynamiser les apprentissages, en rendant les lycéens un peu plus "acteurs" pendant les cours. 

"Mon voisin a acheté une paire de chaussures sur internet"

Mais pour faire fonctionner ces nouveaux équipements, le lycée tout entier a dû être équipé de wifi, avec les dérives que cela peut impliquer. "Moi, je me rappelle qu'il fallait faire des exercices qui nous étaient donnés sur la tablette directement, et du coup j'avais mes écouteurs.... Je regardais une série avec un chien, je rigolais bien mais j'essayais de ne pas trop rigoler pour ne  pas être trop cramé", raconte à Europe 1 un élève de l'établissement, où les PC sont expérimentés depuis un an. "Mon voisin de classe, il y a deux jours, il a acheté une paire de chaussures sur internet", glisse une lycéenne. "Oui, ça dissipe vachement, c'est clair." 

Alors, les professeurs sont devenus maître dans l'art des contre-stratégies : repérage des élèves lisant les sous-titres de séries Netflix, passage au fond de la classe pour voir les écrans... À Strasbourg, un lycée propose même un logiciel spécial : sur l’ordinateur de l’enseignant, une mosaïque affiche tous les écrans des élèves de la classe. 

"C'est un outil captivant, il y a de la lumière"

Une fois le "cyber-vagabondage" à peu près contenu, les professeurs s'adaptent avec plus ou moins de réserves. "C'est, je pense, illusoire d'espérer avoir toute l'attention des élèves alors qu'ils ont un écran devant eux", déplore Patrice, enseignant à Mulhouse. "C'est un outil captivant, il y a de la lumière. On explique quelque chose et trois minutes après ils posent une question qui n'a pas de sens puisqu'on l'a expliqué ! Mais ils ne l'ont pas écouté, ils ne l'ont pas entendu."

Le plus souvent selon les enseignants, la solution consiste à conserver un bon vieux cahier pour la prise de note du cours, et faire sortir les ordinateurs juste le temps des exercices. Cela permet à la fois de tenir la classe et d'arriver à la fin de la journée avec un temps d’écran raisonnable. Pas de solution, en revanche, pour les nostalgiques des manuels de notre enfance, qui indiquaient la quantité de savoir à encore ingurgiter en fonction du nombre de pages restantes : avec les manuels numériques, il n'y a ni début, ni fin.

De quoi perdre parfois un peu les élèves, au milieu des pages à faire défiler sur l'écran, des liens et des vidéos... Sans qu'ils n'en perdent pour autant le sens des bonnes excuses : Vous connaissiez l’élève qui a oublié son manuel ? Et bien à présent existe celui qui n’a plus de batterie. 

Europe 1
Par Arthur Helmbacher, édité par Margaux Lannuzel