Professeur décapité : "L'individu qui agit seul a été incité à passer à l'acte"

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Vendredi, un professeur a été décapité par un jeune homme de 18 ans inconnu des services de renseignements. Jean-Charles Brisard, président du centre d’analyse du terrorisme, a expliqué sur Europe 1 le processus pouvant pousser des individus à commettre de tels actes même lorsqu'ils n'appartiennent pas à une organisation terroriste.
INTERVIEW

La menace terroriste en France est "extrêmement élevée depuis plusieurs semaines", met en garde Jean-Charles Brisard, président du centre d'analyse du terrorisme. Mais elle est surtout protéiforme, explique ce spécialiste, invité samedi sur Europe 1. De fait, les derniers attentats commis sur le territoire depuis deux ans n'ont, pour la plupart, pas été perpétrés par des individus connus pour radicalisation. C'est le cas, encore, pour l'assassinat d'un professeur d'histoire, vendredi, dans les Yvelines. Il a été décapité, après avoir montré des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression, par ce qu'on aurait appelé, il y a encore quelques temps, des "loups solitaires".

"Des gens en France diffusent leur haine"

Mais pour Jean-Charles Brisard, cette appellation est trompeuse. "Il faut se rendre compte que l'individu qui agit seul est le bout de la chaîne. Et il a été incité à passer à l'acte non par des individus qui se trouvent au Yémen ou en Syrie, mais par des gens en France et diffusent leur haine."

Autrement dit, il y a bien une "multiplication d'appels et de menaces en provenance de groupes terroristes à l'étranger qui ciblent la France, Charlie Hebdo, ses dessinateurs, etc." Mais il y a aussi, et surtout, des "individus de la mouvance radicale" qui se trouvent sur le territoire national et "incitent à la haine, à la commission de crimes et de délits". "Les menaces globales deviennent alors précises par l'action de ces individus de la mouvance radicale", résume Jean-Charles Brisard.

"Il faut un sursaut"

Le problème, c'est que ce mode opératoire est très difficile à repérer par les services de renseignement. La preuve : l'homme de 18 ans qui a décapité le professeur de Conflans-Sainte-Honorine n'était pas fiché, pas connu des forces de l'ordre. "Il faut un sursaut", explique Jean-Charles Brisard. "Il faut lutter contre ceux qui, ici, les incitent. Car on ne pourra pas prévoir le passage à l'acte de ces individus, hors de nos radars."

Europe 1
Par Margaux Baralon