Produits Lactalis vendus malgré les rappels : comment en est-on arrivé là ?

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L’ENQUÊTE DU 8H - Malgré trois vagues de rappel, plusieurs enseignes ont reconnu avoir vendu des lots de produits Lactalis indésirables. Europe 1 s'est penché sur les causes et les conséquences de ces ratés.

L'ENQUÊTE DU 8H

Leclerc l'avait annoncé en premier mais le groupe n'est pas le seul à avoir commercialisé des produits infantiles Lactalis frappés par les rappels en raison d'une possible contamination par les salmonelles. Mercredi, la liste s'est considérablement allongée : Carrefour, Système U, Auchan et Intermarché. Et jeudi, Casino a à son tour reconnu avoir vendu des articles qui auraient dû être retirés des rayons. Presque toutes les enseignes sont concernées. Europe 1 a enquêté pour savoir comment une telle situation a pu se produire.

Les rappels de produits, une procédure en théorie rodée. Dans la grande distribution, les rappels de produit sont quasi quotidiens mais le consommateur ne les voit pas forcément. Par exemple, depuis octobre, des barres de nougat, des yaourts à la grecque, des petits pots pour bébé ont fait l'objet de rappels. La liste des produits concernés par des rappels se trouve sur le site de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF). En théorie, en cas de rappel, le dispositif est rodé : dans les 24 heures, 100% des produits sont retirés de la vente. Concrètement, les enseignes reçoivent des affichettes avec la carte d'identité du produit concerné. L’information est relayée dans les magasins puis les personnels retirent ces produits des rayons, enfin, les produits sont détruits ou mis de côté selon les cas. 

Les explications des grandes enseignes. Dans le cas précis des produits infantiles de Lactalis, plusieurs distributeurs concernés évoquent de manière plus ou moins confuse un problème de gestion par les équipes, des erreurs humaines. Il y a eu trois vagues de rappel, les 2, 10 et 21 décembre, sur des produits différents, ce qui pourrait en partie expliquer la confusion. "Trop de retrait tue le retrait", résume une des enseignes concernées. Autre explication avancée : lors du dernier rappel, le 21 décembre, on était à quelques jours de Noël, en plein rush donc, et des lots ont pu échapper à la vigilance. Chez Leclerc, on avance également un problème spécifique : des lots incriminés étaient en promotion, une opération décidée depuis trois mois et les stocks seraient arrivés avec un étiquetage différent.

Rien ne permet de trancher entre une négligence généralisée ou une "erreur" volontaire. Les services de la répression des fraudes sont mènent l'enquête pour déterminer les causes précises de ce dysfonctionnement majeur. 

Des clients lanceurs d'alerte. L'alerte sur ces produits toujours vendus malgré le rappel a été donnée par une cliente de Leclerc qui a levé le lièvre. De quoi se demander si les contrôles sont suffisants. A ce jour, 2.000 contrôles ont été réalisés en un mois pour vérifier que les produits Lactalis avaient bien été retirés des rayons, contrôles dont les résultats seront dévoilés vendredi. Mais ce sont des millions de boites qui sont concernées et pour Jean-Jacques Neyhouser, inspecteur à la DGCCRF et représentant CGT, les effectifs sont largement insuffisants pour répondre à une crise de cette ampleur : "Il y a certains départements où il n'y a plus que cinq ou six agents. On imagine bien qu'ils ne peuvent pas, comme ça sur une demande express, se rendre dans tous les magasins de leur département alors que le problème est urgent."

Le gouvernement réfute les critiques. Il faut désormais déterminer les responsabilités des uns et des autres. Le gouvernement se défend d’avoir manqué à ses obligations. "L'Etat a été pleinement dans son rôle", assure le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. "Ce sera maintenant à la justice de déterminer les responsabilités chez les producteurs et les distributeurs." Maintenir dans les rayons de produits frappés de rappel est une infraction pénale passible de cinq ans de prison et de 600.000 euros d'amende.