"Piques", clashes et Instagram : quand Booba et Kaaris expliquent leur rivalité aux enquêteurs

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La rivalité entre Booba et Kaaris a commencé par des "piques" selon les principaux intéressés. (Photo d'archives)
La rivalité entre Booba et Kaaris a commencé par des "piques" selon les principaux intéressés. (Photo d'archives) © Montage via AFP
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"Ça date de très longtemps", ont expliqué aux enquêteurs les deux rappeurs qui se sont battus, début août, selon des procès-verbaux d'auditions consultés par l'AFP. 

"Pouvez-vous revenir sur l'origine du différend que vous avez ?" Dans les locaux de la Police aux frontières (PAF), début août, la même question est posée à Booba et à Kaaris. Les deux rappeurs sont en garde à vue depuis la bataille générale entre eux et leurs clans à l'aéroport d'Orly. Chacun leur tour, les complices devenus frères ennemis évoquent des années de provocations par médias, chansons et réseaux sociaux interposés, selon des procès-verbaux d'auditions consultés par l'AFP. 

"Je ne sais pas ce qu'il cherche". "Ça date de très longtemps." Pour Booba, 41 ans, tout a commencé par "des piques". Le "duc de Boulogne" rappelle que c'est lui qui a "lancé" la carrière de Kaaris, en l'invitant sur le morceau Kalash, gros succès sorti en 2012. Mais deux ans plus tard, "il a eu des paroles envers moi à la radio que je n'ai pas appréciées", poursuit le rappeur.

En improvisation sur l'antenne de Skyrock, Kaaris a lancé la phrase qui allait mettre le feu aux poudres : "Je vais attendre que le soleil soit assez haut dans le ciel que tous me voient tuer le roi". Pour Booba, aucun doute : son poulain parlait de lui. "Je ne sais pas ce qu'il cherche", souffle-t-il aux enquêteurs. S'en sont suivies des années d'"altercations", de "clashes sur les réseaux sociaux", décrit-il. 

"C'est fait pour me ridiculiser". Kaaris, 38 ans, présente une version légèrement différente. Selon lui, la rivalité a en réalité commencé quand il a refusé "d'insulter" deux rivaux de Booba, Rohff et La Fouine. "Il m'a dit : 'C'est pas grave, tu vas prendre leur place'", affirme-t-il. Booba, dit-il, a alors multiplié les provocations, notamment via des montages sur Instagram. "À chaque fois, c'est fait pour me ridiculiser", dit Kaaris en garde à vue.

Dernière attaque en date, une phrase de Booba, invité par un autre rappeur sur la chanson MQTB, où il parle de "mettre son sexe dans le sexe de ma femme", comme le paraphrase Kaaris aux enquêteurs. En juin, dans le clip en images d'animation du morceau Gotham, Booba "me décapite devant un bar gay", raconte-t-il aussi. 

"Tout se passe dans la street". De ces piques à distances, comment est-on passé à la violence physique ? Là encore, les versions diffèrent. Dans une vidéo de 2014, Kaaris "annonce" ce qui se passera "lorsqu'il me verra seul en vrai", explique Booba. "Y'a aucun mec de tiéquar (quartier) qui se bat sur Internet", dit Kaaris dans ladite vidéo. "On (ne) se bat pas sur Internet nous. Tout se passe dans la street (...) viens en face de moi. Je vais t'enculer. Je vais te briser tes os, je vais te boire ton sang"."Tout y est", commentera l'aîné des rappeurs devant les enquêteurs à propos de cette chanson.

"Je suis un acteur et j'en ai trop fait", avance plutôt Kaaris face aux policiers. "J'étais fatigué, j'avais été moqué, sali, humilié." Booba est "en guerre contre le monde entier", "casse des carrières" pour "garder le monopole", analyse-t-il. Kaaris assure qu'à Orly, son rival s'est approché de son groupe avec ses amis. "Lève-toi, salope", aurait dit l'un d'eux. "Après, les coups pleuvaient, ça partait dans tous les sens", raconte le rappeur. "Je me suis défendu comme je pouvais."

"Un peu provocateur". Sa version est confortée par les images de vidéosurveillance : selon les enquêteurs, on y voit Booba arriver depuis la zone de contrôle "d'un pas décidé", lâcher son sac au sol et "continuer d'avancer" avec un de ses proches vers Kaaris, qui finit par reculer "pour conserver une distance". Que répond "B2O" aux policiers ? Que Kaaris le fixait, "un peu provocateur". Le rappeur assure qu'il voulait "contourner" son rival, mais a reçu des projectiles, "et ensuite, c'était parti". 

Depuis écroués avec plusieurs de leurs proches, les deux hommes ont saisi la justice pour demander leur libération. La cour d'appel de Paris dira ainsi jeudi matin s'ils restent en prison dans l'attente de leur procès, le 6 septembre. Poursuivis pour violences aggravées et vols en réunion avec destruction dans un lieu d'accès aux transports collectifs, il encourent jusqu'à dix ans de prison. 

Europe 1
Par Europe1.fr avec AFP