Nucléaire : Barbara Pompili pointe "une perte de compétences des personnels d’EDF"

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Rapporteure de l'enquête parlementaire sur la sécurité des centrales nucléaires, la députée de la Somme s'inquiète des conséquences "en terme de sûreté" de l'utilisation "massive" de la sous-traitance. 

INTERVIEW

Le recours à la sous-traitance affaiblit-il la sûreté des centrales nucléaires françaises ? Dans un rapport dévoilé jeudi par Le Parisien, des parlementaires alertent sur le risque d’accident dans le parc nucléaire national, notamment en raison du recours de plus en plus "massif" à la sous-traitance. Invité d’Europe 1, la rapporteure LREM Barbara Pompili a confirmé qu’on voit aujourd’hui "une perte de compétences des personnels EDF".

Alors que le rapport soulève que la sous-traitance gère désormais 80% de la maintenance, Barbara Pompili s’inquiète notamment du fait qu’elle soit "aussi massive", et met en avant "des conséquences qui peuvent inquiéter en terme de sûreté et de sécurité".

"On voit aujourd’hui une perte de compétences des personnels d’EDF", alerte-t-elle, ajoutant que "face à une situation de risque, les réactions (des personnels sous-traitant) ne sont pas forcément celles attendues de la part d’un exploitant".

"Tout le monde s'est enfui". Et d’énumérer plusieurs exemples dont les parlementaires ont pris connaissance. "On a eu accès à un rapport sur la chute du générateur de vapeur de la centrale de Paluel, en Seine-Maritime qui s’est fait pendant une opération de maintenance (…) il n’y avait pas de personnels EDF à ce moment-là dans le bâtiment réacteur et tout le monde s’est enfui", raconte Barbara Pompili.

Au-delà de la perte de compétences, la députée ajoute qu''il y a des informations qui se perdent, il y a des problèmes de contrôle sur les personnes qui sont dans les centrales", citant l’exemple d’une personne qui avait pris le badge d’une autre personne pour aller travailler dans une centrale.

Des personnels "plus qualifiés que la moyenne", répond la Société française d'énergie nucléaire. De son côté, Boris Le Ngoc, porte-parole de la Société française d’énergie nucléaire, ne nie pas les proportions importantes de la sous-traitance, mais préfère en vanter les bienfaits. "Il y a 220.000 salariés qui travaillent dans le secteur et vous avez 2/3 des effectifs dans la filière nucléaire qui sont deux fois plus qualifiés que la moyenne dans l’industrie".

On a donc à faire, selon le porte-parole, à "des vrais professionnels choisis pour leur connaissance et leur plus-values sur les projets". Boris Le Ngoc rappelle également que les entreprises prestataires, sont par exemple "Alstom  ou General Electric pour les turbines", soit des spécialistes. "Pour un exploitant, c’est pertinent de se dire 'je vais travailler avec celui qui a fabriqué le composant’, car ce sont des gens qui l’ont fabriqué (…) et qui ont une plus-value".

"Au minimum un différentiel d'information". Pas de quoi rassurer Barbara Pompili qui rappelle que plusieurs problèmes sont "publics", notamment sur le chantier de l’EPR de Flamanville. Pendant leur enquête, les auteurs du rapport ont, selon elle, été alertés "sur des problèmes de soudures, réalisées par des sous-traitants (…) et ne correspondant pas aux normes édictées".

Il y a eu, sur ce cas, "au minimum un différentiel d’information sur la qualité attendue des produits (...) et sur un réacteur supposé être le plus sûr et le fer de lance d’une nouvelle génération de réacteurs, c’est un problème", conclut Barbara Pompili.