Nathalie, 53 ans, a perdu la trace de sa fille adoptive : "Dès l'âge de six ans, elle a commencé à fuguer"

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Nathalie a adopté Zoé, une Lettone de cinq ans et demi, en 2008. Zoé a commencé à fuguer très jeune et n'est jamais revenue depuis le mois de septembre 2017. "Très tôt, elle disait que j'étais une voleuse d'enfant", a raconté Nathalie à Olivier Delacroix sur Europe 1.
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Nathalie, 53 ans, a adopté Zoé, une Lettone de cinq ans et demi en avril 2008. La fillette avait une histoire déjà difficile, qui a créé de nombreux problèmes par la suite. Zoé était notamment réfractaire à toute forme d'autorité et fuguait régulièrement. Nathalie ne l'a plus revue depuis sa dernière fugue, en septembre 2017. Elle confie à Olivier Delacroix sur Europe 1 n'avoir "plus aucune nouvelle depuis avril 2018".

"Zoé avait été placée dans un orphelinat dans le fin fond de la Lettonie, avec aucun danger apparent. C'était une petite fille qui évoluait au sein d'un établissement où il y avait le cadre institutionnel. Il n'y avait pas de suivi psychologique et de travail de fait autour de l'abandon et d'une future adoption. Je suis allée la chercher directement à l'orphelinat et je suis restée un mois sur place avec elle, le temps que tous les papiers administratifs se fassent.

"Elle disait que j'étais une voleuse d'enfant"

Dès l'âge de six ans, elle a commencé [à fuguer]. Zoé n'a jamais accepté le fait que je l'adopte. Très tôt, elle disait que j'étais une voleuse d'enfant et que si je n'étais pas allée la chercher en Lettonie, sa mère biologique l'aurait obligatoirement reprise. Je suis restée plutôt calme parce que c'était une situation que j'avais envisagée parce que je m'étais rendu compte très rapidement que Zoé avait des difficultés pour accepter le cadre. Je n'ai pas vraiment été très surprise.

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Elle partait, elle déambulait, sans but précis parce que je pense qu'à six ans, c'était un petit compliqué pour elle. Je la suivais de loin en me disant : 'Elle va revenir.' En fait, non, j'étais obligée de l'intercepter à chaque fois. Heureusement, je l'ai toujours retrouvée.

[Après une période d'accalmie, la situation s'est à nouveau dégradée lorsque Zoé avait dix ans.] Elle a commencé à sortir de l'enceinte de l'établissement dans lequel elle était scolarisée. Ensuite, elle ne respectait absolument pas les horaires. Elle avait toujours des demandes décalées par rapport à son âge. Zoé s'est toujours liée d'amitié avec des jeunes hommes ou des jeunes filles beaucoup plus âgés qu'elle, qui avaient une liberté qu'elle n'avait pas. Elle était très frustrée et elle partait d'elle-même sans dire quoi que ce soit. C'était assez problématique.

"Ce genre de situation emmène toute une famille"

Zoé disait que de toute façon le 'non' ne ferait jamais partie de son vocabulaire. C'était compliqué pour moi parce que si je refusais une demande pour telle ou telle raison, même s'il y avait une explication pour lui dire que ce n'était pas pour la punir mais lui éviter d'être en danger, elle ne l'acceptait pas donc là, elle pouvait partir. Pas forcément immédiatement sous le coup de la colère mais un peu plus tard. Ça pouvait être je prépare un sac et dans la nuit je pars ou, elle ne rentrait pas de l'école le jour-même. Elle revenait vers 20h ou 21h, quand elle le souhaitait. Je n'ai jamais lâché même si la situation était très compliquée à vivre et très douloureuse. C'était beaucoup de souffrance pour Zoé, pour moi, pour son frère, pour toute la famille. Ce genre de situation emmène toute une famille.

Un éducateur intervenait à domicile avec une fréquence d'une fois par mois environ. Je trouvais que c'était peu donc l'éducatrice est intervenue quasiment deux à trois fois par mois. Ça n'a absolument rien changé à la situation puisque ma fille, à ce moment-là, demandait à partir en famille d'accueil. Elle disait qu'elle était en droit de choisir sa famille dans la mesure où elle avait été abandonnée. C'était elle qui devait choisir sa famille.

"Elle a changé d'identité à l'âge de 15 ans"

[Quand elle partait, Zoé donnait toujours des nouvelles.] Elle est partie depuis le 22 septembre 2017. J'avais des nouvelles de temps en temps. J'ai aussi mené l'enquête sur les réseaux sociaux, ça m'a beaucoup aidée à retrouver sa trace. J'avais quelques nouvelles de temps en temps et puis un jour, plus aucune nouvelle depuis avril 2018. A l'époque, je savais qu'elle était à Tours. Elle a changé d'identité à l'âge de 15 ans, comme quand c'est possible en France. Je connais sa nouvelle identité, c'est son identité lettone."

>> Retrouvez l'intégralité du témoignage de Nathalie ici

Europe 1
Par Grégoire Duhourcau