Tristan, 27 ans, n'est sur aucun réseau social : "Avec mes amis, ça a généré quelques tensions"

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Anaïs Huet
Parce qu'il tient à la protection de ses données et ne souhaite pas être exposé à la vie parfois scénarisée de ses amis, Tristan a décidé de n'être sur aucun réseau social. Il a expliqué les motivations de ce choix à Olivier Delacroix.

Pour la majeure partie de sa génération, Tristan fait figure d'ovni. En effet, il n'est connecté à aucun réseau social. Si ce choix a d'abord été fait par anticonformisme assumé, il est aujourd'hui appuyé par un discours éclairé sur la protection des données et le respect de la vie privée. Mais ce choix a aussi eu un impact sur sa vie sociale. Il le raconte à Olivier Delacroix, vendredi sur Europe 1.

"Quand j'ai essayé Facebook au tout début, il n'était même pas encore traduit en français. À ce moment-là, je n'y ai vu qu'un tout petit intérêt, car mes amis n'étaient évidemment pas dessus. Ensuite, quand c'est devenu quelque chose d'un peu plus connu, de phénoménal, j'ai eu un rejet. J'étais un peu jeune et j'avais envie d'être rebelle, anticonformiste. Ce n'est qu'après que j'ai construit des raisons cohérentes au fait de ne pas y être. Ça m'a convaincu de rester en dehors des réseaux sociaux.

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Quand on poste quelque chose sur les réseaux sociaux, on va rarement poster des choses dévalorisantes. On crée finalement une image de soi qui est un peu trop belle par rapport à la réalité. Quand on se compare à ces profils. Moi si je suis sur les réseaux sociaux et que je vois que tous mes amis ont de chouettes vies, partent en vacances dans des endroits magnifiques et ont une vie de famille bien remplie, je cours le risque de me sentir mal en me comparant à des vies qui paraissent parfaites, mais qui ne le sont évidemment pas.

Entendu sur europe1 :
Discuter sur Facebook, ça revient exactement au même que discuter dans son salon avec une tierce personne qui ne dit rien et vous invite à continuer gentiment

Je suis aussi méfiant par rapport à la protection des données. Selon moi, il est important de pouvoir contrôler les données qu'on laisse sur Internet, et sur les réseaux sociaux en particulier, notamment pour se protéger d'éventuels spams, mais également pour protéger ses amis. Si nous on n'a rien à se reprocher, nos amis peuvent parfois se confier à nous. Il faut faire très attention. On est espionnés. Discuter sur Facebook ou sur n'importe quel réseau social, ça revient exactement au même que discuter dans son salon avec une tierce personne qui ne dit rien et vous invite à continuer gentiment.

Le fait de ne pas être sur les réseaux sociaux a impacté ma vie sociale, surtout au début. Mes amis ne comprenaient pas trop. La plupart des réseaux sociaux sont quand même très facilitants, je le reconnais moi-même, pour organiser des soirées, des anniversaires, des réunions, des cadeaux communs, etc. À chaque fois, pour moi, il fallait passer par le mail ou le texto, et c'était vu comme un effort par mes amis. Ça a généré quelques tensions. Maintenant, tout cela est rentré dans l'ordre.

Entendu sur europe1 :
Je n'ai pas sans arrêt des notifications qui viennent me déranger trois fois par minute pour me dire qu'untel fait ci, ou que telle information vient de paraître

Ne pas être sur les réseaux sociaux me protège en partie des problèmes de surinformation. Je n'ai pas sans arrêt des notifications qui viennent me déranger trois fois par minute pour me dire qu'untel fait ci, ou que telle information vient de paraître. Ça me rend actif. Si j'ai envie de m'informer, c'est moi qui fais la démarche. Si je veux voir mes amis, c'est moi qui vais vers eux s'ils ne sont pas venus vers moi. Mais pendant un moment, j'ai eu un peu l'impression d'être à la marge. Mais dans le temps long, ça s'équilibre.

Je me suis posé la question à un moment s'il y avait toujours un intérêt à refuser d'être sur les réseaux sociaux, et pour les raisons que je viens de citer, je me suis convaincu de ne pas y rester. J'utilise le téléphone de façon quotidienne pour tous les amis qui sont proches. J'ai été en Erasmus, donc pour ceux qui sont plus lointains, le mail fonctionne toujours très bien. C'est même apprécié de mes amis qui, eux, sont sur les réseaux sociaux, puisqu'on prend le temps d'écrire, de prendre des nouvelles, et finalement, ça redore le blason du mail."