Tina Kieffer : "J’avais envie de me battre contre l’ignominie humaine"

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Confrontée à des histoires bouleversantes et au manque d'éducation des filles dans le monde, l'ex-journaliste a plaqué son quotidien confortable pour créer une association et une école au Cambodge.
INTERVIEW

Son métier de journaliste, d'animatrice télé et de directrice du magazine Marie-Claire, Tina Kieffer l'a laissé tomber sans regret. Sa vie a pris un tournant à 180° en janvier 2004. Cette année-là, lors d'un voyage au Cambodge, elle fait la connaissance d'une petite fille d'un orphelinat qui deviendra sa fille adoptive. Dès lors, elle a consacré sa vie professionnelle à la création d'une association et d'une école qui aide à l'éducation des petites filles cambodgiennes. C'est ce parcours que l'ancienne journaliste a décrit dans son livre Une déflagration d’amour, et au micro d'Isabelle Morizet, samedi, dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

Une rencontre imprévue

C'est "hantée" par l'image de cette enfant de près de trois ans, non adoptable, maigre et en pleurs, qu'elle revient en France en 2004. Tina Kieffer a certes quatre enfants naturels mais Chandara reste dans son esprit. "Les enfants me bouleversent depuis toujours. La souffrance des enfants me bouleverse, j’ai toujours dit que j’adopterai. Le temps a passé, j’ai eu des enfants, j’ai travaillé et puis, il y a eu ce voyage au Cambodge qui n’était pas prévu et cette rencontre avec cette petite fille qui n’était pas prévue. Je suis restée quelques heures avec elle, je suis repartie et je peux dire que j’ai aimé cette petite fille autant que mes autres enfants en quelques heures", dit-elle, encore étonnée par la fulgurance du moment.

Le destin va s'en mêler… La petite fille est atteinte d'un problème hématologique et l'orphelinat appelle Tina Kieffer pour que la fillette puisse être vue par des médecins en France. Rapidement, Tina Kieffer décroche un certificat de tutelle et un visa médical par l'ambassade de France. Sans parents sur place, la petite fille ne peut pas être expulsée, ce qui va conduire à Tina Kieffer à se battre et à enclencher les démarches d'adoption, alors que cette possibilité est fermée entre la France et le Cambodge encore aujourd'hui.

"Ça m’a donné un courage inimaginable pour me battre"

Son combat a pris une ampleur au-delà du cercle personnel. Face aux histoires bouleversantes, aux réseaux de prostitution infantile et au manque d'éducation criant des filles, elle s'engage. "Ça m’a donné un courage inimaginable pour me battre, un courage que je ne pensais pas avoir en moi." Il y a treize ans, elle crée alors l'association Toutes à l'école et un établissement scolaire baptisé "Happy Chandara". Pour fédérer autour de son projet, elle souligne les drames de l'éducation des filles dans le monde entier, comme en Afghanistan où des professeurs ont été décapités pour avoir fait classe à des filles. "J’avais aussi envie de me battre contre l’ignominie humaine. Ça allège mes nuits blanches", lâche-t-elle. Pour sensibiliser de potentiels donneurs, elle fait visualiser un film choc de six minutes. "Il fallait que je touche la corde sensible", admet Tina Kieffer, qui a rempli son objectif. De grandes entreprises comme L’Oréal, Caroll ou encore Sephora "aident encore", dit-elle, même si l'ancienne journaliste est toujours à la recherches de fonds et de parrains pour les élèves.

1.400 filles scolarisées

Tina Kieffer est aussi persuadée qu'en étant anonyme, son projet aurait mis "trois fois plus de temps" à se concrétiser. "Là, l’école est sortie de terre en moins d’un an", se félicite-t-elle. Aujourd'hui, 1.400 filles sont scolarisées et 290 salariés travaillent pour l'association, dont elle, qui ne se jette pas des fleurs. "S’occuper des autres peut aussi être un trip égoïste parce que ça vous apporte beaucoup de bonheur", ajoute l'ancienne journaliste, qui pense qu'il est louable "de s’attacher aux autres, aux plus jeunes, à ceux qui vont vous survivre". "Je suis beaucoup plus serine maintenant que je fais ça que lorsque j’étais egocentrée dans ma vie parisienne", conclut-elle.