Macron en Touraine pour redorer son blason dans les campagnes

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ENQUÊTE - En marge de la visite présidentielle en Indre-et-Loire, Europe 1 a recueilli les doléances des habitants des petites agglomérations qui se sentent lésés par la politique du gouvernement, notamment en matière de fiscalité.

L'ENQUÊTE DU 8H

Il va tenter de redorer son blason. Emmanuel Macron va visiter mercredi un centre d’apprentissage à Tours, puis une école et un lycée dans d’autres communes de Touraine. Mais ce déplacement de deux jours devrait surtout servir de tentative de réconciliation avec un monde rural en colère. En effet, dans nombre de petites villes et de petits villages, des zones où les seniors sont très nombreux, les habitants ont l’impression d’être une cible privilégiée de la politique du chef de l'Etat, exactement comme s’il avait porté l’estocade, donné le coup de grâce à ces retraités modestes, qui n’avaient déjà pas vraiment l’impression d’avoir été épargnés par le passé.

Un pouvoir d'achat en berne. C'est un ras-le bol généralisé qui monte dans les rues de Descartes, du Grand-Pressigny ou encore de Cussay, des villages de 400 à 500 habitants qui maillent l'Indre-et-Loire, et où s'est rendu Europe 1. Dans ces petits bourgs, habités surtout par des plus de 65 ans, la hausse de la CSG a entamé le pouvoir d’achat et la réputation du président. "La perte de pouvoir d'achat que l'on a eu… C'est de la folie. Je pense que Macron s'en fout complètement", déplore un Tourangeau à notre micro. "La CSG m'a mise très en colère. […] Quand on vous enlève trente euros, ça représente un plein d'essence", tempête une retraitée. Un autre habitant dénonce encore une politique économique qu'il estime très inégalitaire : "Ils pensent à eux, et ensuite les autres crèvent de faim. Il y aura davantage de riches, mais il y aura davantage de pauvres aussi !"

Autre mauvais point pour le président : la nouvelle hausse du diesel. Souvent qualifiée d’injuste par des habitants qui prennent tous les jours leur voiture, pour avaler 50, 60 voire 70 kilomètres dans une région encore très rurale. Evidemment, la dépense n'est pas la même qu'en ville.

" Il n'y a pas de volonté de vouloir amener la ruralité vers le XXIème siècle "

Des campagnes sans élan. Chez les plus jeunes, la rupture avec Emmanuel Macron est moins évidente, mais beaucoup se disent déçus par le chef de l'Etat. Dans ces communes, il n’a pas vraiment l’image du président qui réforme ; les jeunes sont nombreux à quitter ces territoires, et ceux qui restent attendent un élan, du dynamisme. Jean-Pierre, qui a voté pour Emmanuel Macron aux deux tours de l'élection présidentielle, comptaient beaucoup sur la personnalité du candidat pour bousculer les campagnes. "Il n'y a pas de volonté de vouloir amener la ruralité vers le XXIème siècle. Bien au contraire, on continue toujours à vouloir regrouper et centraliser. Sa modernité, c'est la continuité", estime-t-il. Sans coup de pouce d'Emmanuel Macron, l'Indre-et-Loire pourra peut-être se dynamiser d'elle-même, du moins si elle arrive un jour à avoir la fibre ou la 4G partout, ajoute-t-il. C’est prévu pour 2022.

Des services de plus en plus déficients. La fermeture de classes et les médecins qui ne trouvent pas de remplaçants ajoutent encore à l'animosité ambiante. Sur les déserts médicaux, les habitants attendent toutefois avant de juger face à l’ampleur de la tâche. Le Centre-Val de Loire est de ce point de vue la pire région de France, avec un médecin pour 830 habitants, et huit mois d’attente en moyenne pour avoir un rendez-vous chez un ophtalmologue. En revanche, la fermeture des classes cristallise de nombreuses colères. "Un management à la calculette, une vision de technocrate parisien qui ne comprend pas la vraie vie", s'agace un parent d'élève.