Louisa, 47 ans, Prix solidarité Version Femina 2018 : "Quand on est militante, on est un peu comme une locomotive"

, modifié à
  • A
  • A
Louisa Battoy 1:25
© Presse Océan
Partagez sur :
Avec son association Casse ta routine, Louisa, 47 ans, a redonné aux habitants des quartiers nord de Nantes l'envie de travailler ensemble pour améliorer leurs vies. Elle a évoqué son engagement chez Olivier Delacroix, mardi sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

>> C'est auréolée du Prix solidarité Version Femina 2018, décerné lundi et dont Europe 1 est partenaire, que Louisa Battoy, 47 ans, témoigne au micro d'Olivier Delacroix, mardi sur Europe 1. Cette Nantaise d'adoption, âgée de 47 ans, se bat depuis des années pour aider les habitants de son quartier qui se sentent délaissés par l'Etat. A force de persuasion, d'investissement quotidien, et avec ses petits moyens, Louisa réussit là où les institutions échouent. Elle aide les jeunes à trouver un emploi, crée une bibliothèque solidaire, trouve des logements aux femmes battues… Elle a raconté son militantisme à toute épreuve sur notre antenne.

"J'ai toujours été engagée, j'ai un côté militant en moi, je ne sais pas d'où ça vient. J'ai toujours eu envie d'aider l'autre. À mon arrivée dans mon quartier à Nantes en 1993, la première chose que j'ai faite a été de m'engager comme bénévole. Puis en 2009, j'ai fait un constat dans ma ville : il y avait de plus en plus de personnes isolées, des jeunes déscolarisés, la délinquance était en hausse… J'ai ressenti de l'incompréhension. Je me suis posée beaucoup de questions sur ce qui a fait qu'on en était arrivé là. Pourquoi tant de jeunes, qui sont normalement portés vers l'espoir et la réussite, sont voués à ne rien faire, à ne pas construire leur avenir ?

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

J'ai toujours pensé que si la situation se dégradait, c'est parce que des personnes n'arrivaient pas à s'en sortir. J'ai pensé aussi que l'Etat ne comprenait pas vraiment la situation de ces personnes. C'est en entrant en contact avec les gens que j'ai compris qu'ils avaient besoin d'être portés. On est face à un public qui ne comprend pas l'institution et une institution qui ne comprend pas le public. Il fallait à tout prix réconcilier les deux. Mon objectif était de faire évoluer les mentalités de ceux qui étaient en rupture avec ces institutions, et vice versa, pour que la connexion puisse se faire.

Entendu sur europe1 :
Les choses ne pouvaient avancer que s'ils les prenaient en main, il ne fallait pas attendre les institutions.

En 2011, j'ai créé ma propre association 'Casse ta routine'. Je me suis rendue compte de la nécessité de créer quelque chose entre ces habitants (adultes, mères de famille ou jeunes) et les institutions. Je voulais que les gens redeviennent acteurs de leur quartier, essaient de s'investir pour faire changer les choses. Les choses ne pouvaient avancer que s'ils les prenaient en main, il ne fallait pas attendre les institutions.

Quand on est militante, on est un peu comme une locomotive qui essaie de ramener les gens au fur et à mesure, pour qu'ils retrouvent confiance en eux, qu'ils se disent qu'ils sont capables. Ce n'est pas parce qu'ils sont dans un quartier qu'ils ne peuvent pas s'en sortir.

Entendu sur europe1 :
Dans un quartier où règnent la précarité, la délinquance et l'isolement, on ne peut pas arrêter

Mon engagement a pris le pas sur ma vie professionnelle. Maintenant, j'y suis entièrement consacrée. Quand on est engagé, c'est fort. Et plus on l'est, plus on a l'impression d'avoir été utile. On se doit de ne pas arrêter. Dans un quartier où règnent la précarité, la délinquance et l'isolement, on ne peut pas arrêter. On est tout le temps préoccupé par ces problématiques.

J'ai un bel exemple en tête : une personne qui a fait 25 ans de prison, qui m'a été envoyée par sa conseillère pénitentiaire et qui ne savait pas comment elle pouvait se réinsérer dans la société. Il était sorti une fois, avait raté sa réinsertion et avait replongé. Par le biais du hasard, la conseillère a trouvé un article sur notre association, et elle m'a téléphoné en me disant qu'elle pensait que j'étais la bonne personne pour lui. Pour le motiver, lui redonner confiance, lui donner envie d'exister.

Cette personne, je l'ai accueillie pendant un petit moment. Elle était sous bracelet. Elle a passé son temps à faire du bénévolat, et le soir elle repartait en prison. Il a finalement été libéré, et aujourd'hui c'est une personne qui est pleinement heureuse, réinsérée, et qui à son tour aide les jeunes qui sont en difficulté et les SDF, pour leur donner du courage. 

Entendu sur europe1 :
Je transmets des valeurs. On en a beaucoup besoin dans cette société individualiste

Lancer un élan de solidarité, c'est ça ma réussite. Quand on est isolé, dans la précarité, et qu'on ne pense même pas à soi-même, c'est difficile de penser aux autres. Mais voir que des personnes s'en sortent, c'est une lueur d'espoir, ça leur donne l'envie de s'investir et d'aider les autres. Je transmets des valeurs. On en a beaucoup besoin dans cette société individualiste.

Voir une personne ne serait-ce que sourire, ça apporte beaucoup. On sait qu'on a fait quelque chose de bien dans la journée."

 

 

Europe 1
Par Anaïs Huet