Bas salaires et "travail à la chaîne" : pourquoi les auxiliaires de vie se mobilisent

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L'intersyndicale des personnels du secteur de l'aide aux personnes âgées organise une action revendicative le 1er juillet pour appuyer ses demandes.
L'intersyndicale des personnels du secteur de l'aide aux personnes âgées organise une action revendicative le 1er juillet pour appuyer ses demandes. © FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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Un rassemblement est prévu à Paris, devant le ministère de la Santé, pour demander plusieurs mesures destinées à améliorer le fonctionnement du secteur de l'aide aux personnes âgées.
ENQUÊTE

Les personnels des maisons de retraite et de service d'aide à domicile se mobilisent ce lundi. Un rassemblement est prévu notamment à la mi-journée devant le ministère de la Santé, à Paris. Des actions sont aussi prévues en région.

Une fois de plus, ils dénoncent le manque de personnel et les conditions de travail très difficiles. L'intersyndicale exige notamment la création de 40.000 postes dans les maisons de retraite et les services d'aide à domicile. Problème : le secteur n'arrive pas à recruter, au point que de nombreux salariés sont sans formation.

90% des candidats en Île-de-France seraient issus d'une immigration récente

Il suffit d'aller sur les sites d'emplois pour s'en rendre compte. Partout en France, on cherche des aides-soignantes dans les maisons de retraites ou des personnes pour assurer de l'aide à domicile auprès des plus âgés. Seulement voilà : il n'y a pas assez de candidats. Le gros problème est bien sûr le manque d'attractivité de ces métiers : faibles rémunérations - à peine plus que le smic -, horaires morcelés, temps partiels subis, rythmes effrénés, turn-over très élevé… Et les syndicats dénoncent aussi un énorme manque de considération.

Aujourd'hui, seuls des profils qui ont du mal à trouver des emplois se portent candidats. Un chiffre parle de lui-même : 90% des candidats en Île-de-France sont, selon un des gros acteurs de l'aide à domicile, issus d'une immigration récente. C'est donc bien souvent un travail pris par défaut. Et certains - issus de l'immigration ou pas - n'ont même pas toutes les qualifications. C'est le cas de Gaelle, qui travaille dans une maison de retraite près de Lyon comme agent de service, faute d'avoir le diplôme d'aide-soignante. "On est six (sur treize) à ne pas avoir le diplôme d'aide-soignante. Je gagne moins qu'une aide-soignante pour les mêmes taches. C'est du travail à la chaîne", déplore-t-elle.

Et le cas est loin d'être anecdotique. De nombreuses maisons de retraite tournent ainsi, faute de personnels formés. Les entreprises d'aide à domicile n'arrivent pas non plus à trouver les bons profils. Résultat : parfois, sur le terrain, le service apporté n'est pas à la hauteur, comme le confie Corinne qui vit à Tourcoing et qui fait appel à des services d'aides à domicile pour prendre soin de sa maman de 93 ans, très dépendante après un AVC. Un soir, "ma mère a dormi dans un fauteuil" car aucune aide soignante n'est venue la coucher.  "Une ou deux fois, le problème s'est reproduit pour les repas de midi et ma mère n'a pas mangé", témoigne-t-elle.

"Il faut être amoureux de ce métier pour le faire parce que l'on est vraiment très mal payé"

Pour faire en sorte que ces situations n'arrivent pas, les entreprises d'auxiliaires de vie demandent de plus en plus aux équipes de badger à l'arrivée et au départ du domicile de la personne aidée. Mais ils manquent souvent de temps pour les personnels. Les rendez-vous s’enchaînent et ne durent parfois qu’une petite quinzaine de minutes.

Le nerf de la guerre, pour les syndicats, ce sont les conditions de travail et surtout le salaire. "Il faut être amoureux de ce métier pour le faire parce que l'on est vraiment très mal payé, y compris en fin de carrière", soulève Bertrand Brand, de la CFDT Santé et Social.

Revaloriser les salaires, c'est ce qu’a fait Pierre-Emmanuel Bercegeay. Il a lancé "Oui help", un service d'aide à domicile qui recrute 35 à 50 auxiliaires de vie par mois. S'il trouvait des candidats, il pourrait en recruter le double. "On paie les équipes 10 à 20% de plus que le smic. On offre surtout des temps pleins. On doit élever le niveau de recrutement si l'on veut quelqu'un de confiance, que l'on va pouvoir envoyer sereiment", indique-t-il.

Mais le problème risque de s'aggraver. Les spécialistes du secteur sont unanimes : la demande va être croissante, et exponentielle. La part des personnes âgées de 75 ans ou plus dans la population française devrait passer de 9 % en 2015 à près de 15 % en 2040. Coté gouvernement, on suit donc de très près cette tension. L'ancienne ministre du travail Myriam El Khomri va bientôt lancer une mission sur les métiers du grand âge et un projet de loi est prévu à l'automne. Reste à savoir si cela répondra aux attentes des personnels. Pour l’heure, en tout cas, les syndicats en doutent. Et ils entendent bien faire entendre leur voix lundi. 

Europe 1
Par Emmanuel Duteil, édité par Gaétan Supertino