Simon, 27 ans, auxiliaire de vie et livreur de pizza : "de 'vivre', je suis passé à 'survivre'"

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Livreur Deliveroo 1280 3:30
Simon a trouvé un petit job de livreur de pizza le soir. (photo d'illustration) © GERARD JULIEN / AFP
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Auxiliaire de vie le jour et livreur de pizza le soir, Simon cumule deux emplois pour vivre décemment. Il témoigne dans l’émission d’Olivier Delacroix sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

Comme deux millions de personnes en France, Simon est "slasheur*" : il cumule plusieurs emplois. Si beaucoup le font pour vivre un peu de leur passion, d’autres s’y soustraient par nécessité. À 27 ans, Simon a trouvé il y a un mois un emploi de livreur de pizza en soirée, pour compléter son faible revenu d’auxiliaire de vie, après s’être retrouvé dans une situation financière précaire. Il se confie au micro d’Olivier Delacroix.

"Je suis auxiliaire de vie depuis quatre ans, c’est un peu comme aide-soignant mais à domicile, pour des personnes âgées ou en situation de handicap. J’ai dû changer d’employeur l’année dernière en raison d’une divergence d’opinion et, avec ma nouvelle société d’auxiliaire de vie, j’ai presque divisé par deux mon salaire.

"De 'vivre', je suis passé à 'survivre'"

Cette société a beaucoup moins de patients, beaucoup moins d’heures à proposer mais avec le même nombre d’auxiliaires de vie, donc on est obligés de se partager les patients et les heures. Ça a été très compliqué : de 'vivre', je suis passé à 'survivre'… à compter ce qu’il y a dans le frigo… à compter les centimes dans le porte-monnaie...

>> De 15h à 16h, partagez vos expériences de vie avec Olivier Delacroix sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

J’habite près de chez mes parents et un jour, je me suis retrouvé à devoir leur demander de m’aider à payer un loyer… Car en divisant mon salaire par deux, je ne pouvais plus le payer seul. Je suis donc devenu slasheur par nécessité.

Quelques heures de livraison le soir 

J’aurais pu aller dans une deuxième entreprise d’auxiliaires de vie, beaucoup font ça, mais je ne voulais pas être confronté à d’autres patients avec des situations difficiles. Et un soir, en rentrant, je suis tombé sur un restaurant près de chez moi qui cherchait un livreur de pizza et de plats à emporter. C’était quelques heures par soir, et je me suis dit pourquoi pas ! Plutôt que de rester chez moi, sur mon canapé, à regarder la télévision.   

Aujourd’hui, j’ai bien intégré cette nouvelle vie de slasheur, je m’attendais à ce que ce soit compliqué et fatiguant et pas du tout en réalité. Cela ne m'a pas encore permis de sortir complètement de la précarité car c’est tout nouveau, ça ne fait qu’un mois et demi. Mais déjà je vais pouvoir rembourser mes parents qui m’ont avancé ce loyer, et manger jusqu’à la fin du mois. C’est une fierté personnelle." 

*Le terme "slasheur" (slasheuse au féminin) vient du signe slash (/), qui sert à énumérer ses différentes activités, par exemple sur un CV ou sur Linkedin. 

Europe 1
Par Mathilde Belin