Trois initiatives qui illustrent la renaissance du troc

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Le troc n'est pas une pratique nouvelle, mais largement dévoyée dans nos sociétés. Mais elle reprend de la vigueur grâce à internet, aux réseaux sociaux et aux applications. Parmi elles, Mytroc, Le Potiron et France Barter, que les fondateurs sont venus présenter, lundi sur Europe 1.
INTERVIEW

Et si l’on consommait autrement, en oubliant l’argent ? Le troc existe depuis toujours, depuis que les hommes des cavernes ont compris qu’ils pouvaient échanger un silex contre une peau de bison. Dévoyée avec l’arrivée de l’argent liquide, la pratique du troc renaît aujourd’hui, à la faveur d’une époque où nos habitudes de consommation sont de plus en plus remises en question.

Grâce à internet et aux réseaux sociaux, de nombreuses initiatives voient le jour et connaissent un franc succès. Parmi elles, MyTroc, ou encore LePotiron, deux sites organisant le troc de biens ou de services entre particuliers, dont les fondateurs étaient, lundi, invités de La France Bouge sur Europe 1.

Une plateforme pour échanger des biens et des services 

"Pourquoi acheter toujours du neuf alors que des produits de qualité sont en circulation ?", questionne Floriane Addad, présidente fondatrice de Mytroc.fr. La plateforme qu’elle a créée permet aux particuliers de donner, prêter ou échanger des tas de choses. Elle fonctionne avec des noisettes, une monnaie virtuelle permettant ces échanges, sans qu’ils soient forcément simultanés. "La noisette permet d’éviter les contraintes de besoins asymétriques, et de faciliter les échanges en les différant dans le temps", explique Floriane Addad. "Si j’ai une paire de rollers à échanger, et que la personne en face de moi a besoin de la paire mais ne propose pas de bien ou de service qui m’intéressent, la noisette permet de faciliter les échanges en évitant les contraintes de valeurs".

Le système séduit. Aujourd’hui, le site compte près de 180.000 annonces. Produits hi-tech, livres, vêtements, produits pour bébé, alimentation… L’idée a mûri dans l’esprit de Florence Addad il y a cinq ans déjà. Le déclic, elle l’a eu "en voyant qu’il y a énormément de précarité, de gaspillage et de surconsommation", affirme-t-elle, déplorant que l’on achète trop souvent des produits neufs, alors que des millions d’objets sont déjà en circulation.

Ancienne autrice, compositrice, et interprète, Florence Addad dit avoir eu envie de changement et de donner du sens à ce qu’elle fait. "Je voulais faire ma part, comme l’histoire du colibri". Le bonus du troc, selon elle, c’est qu’il développe le lien social. "Plein de rencontres se sont faites", s’enthousiasme-t-elle, évoquant plus de 100.000 échanges effectués grâce à Mytroc. "Parce qu’il n’y a pas d’argent, les liens qui se créent sont plus évidents, et parfois, les gens se revoient".

Un site qui permet aux jardiniers d'échanger leurs surplus 

Le troc comme prétexte pour rentrer en relation avec les autres, c’est aussi le cœur du projet de Luc Page, co-fondateur du site Le Potiron, qui permet aux jardiniers particuliers d’échanger leurs surplus de production afin de leur éviter le compost ou la poubelle. "L’idée est de rentrer en relation avec des jardiniers qui ont des surplus", explique-t-il. "C’est le prétexte pour rentrer en relation parce que j’aime l’idée que les gens se rencontrent et qu’il y ait autre chose que du troc".

"Le but est de favoriser le lien social, de mettre en relation des gens qui ont cette passion pour le jardinage", poursuit-il, évoquant la générosité des jardiniers, qui aiment partager. "En plus, on consomme du local", ajoute Luc Page, qui invite un maximum de jardinier à prendre connaissance de son site de troc. "Plus on est nombreux sur le site, plus ça a du sens parce qu’on a moins de kilomètres à faire". Actuellement, 1.600 jardins sont enregistrés sur le site qui compte 7.000 adhérents, les "poticulteurs".

Du troc exclusivement entre entreprises 

Si plusieurs sites et applications de troc se développent pour faciliter les échanges de biens entre particuliers, certains sont plus spécialisés et s’adressent parfois exclusivement aux entreprises. À l’instar de France Barter, également présenté lundi sur Europe 1 par son fondateur, Samuel Cohen. Ce dernier propose un mode de commerce collaboratif permettant aux entreprises d’échanger des biens et services grâce à une monnaie fictive appelée le "barter" ("troc" en anglais, NDLR). Un principe qu’il a découvert aux États-Unis après la crise de 2008, caractérisée par un arrêt du financement des entreprises par les banques. "Les entreprises se regroupaient donc en réseau pour échanger des produits et des services, et se financer entre elles", explique le co-fondateur de France Barter.

Le barter est une unité de compte interne au réseau qui n’est pas convertible en euros. Chaque entreprise est donc tenue de les réutiliser sur la plateforme. "L’entreprise est tenue d’utiliser ses barters sur le réseau, et trouvera des fournisseurs et prestataires locaux qui, certes seront peut-être moins compétitifs, mais qui accepteront les barters", poursuit Samuel Cohen. "Ça relocalise l’économie et apporte aux entreprises, la bulle d’air dont elles ont besoin aujourd’hui, dans une logique d’entraide et de réciprocité commerciale".

Pour retrouver l’ensemble de ces entrepreneurs, engagés pour faire évoluer nos modes de consommation, vous pouvez retrouvez l’intégralité de l’émission La France Bouge, ci-dessous.

Europe 1
Par Pauline Rouquette