Le harcèlement scolaire en légère baisse, une première victoire

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Pour la première fois depuis que le harcèlement scolaire est évalué, une baisse a été constatée. Mais le ministère de l'Éducation, qui a mis plusieurs outils en place pour lutter contre ce fléau, ne veut pas crier victoire trop vite.

Brigitte Macron et le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, remettent lundi les prix des meilleures affiches et vidéos réalisées par plus de 40.000 élèves de CM1 jusqu'à la Terminale contre le harcèlement scolaire. Ce concours est l'un des outils mis en place par le ministère pour lutter contre ce fléau. Et justement, aujourd'ui, le harcèlement scolaire est en léger recul.

La baisse se dessine mais le ministère ne veut surtout pas crier victoire. Selon sa dernière enquête menée auprès des collégiens en 2017, le harcèlement sévère recule légèrement et ne concerne plus "que" 5.6 % des élèves. C'est la première fois qu'une baisse apparaît dans les chiffres officiels depuis que l'on a commencé à mesurer le phénomène en 2011.

Le harcèlement sévère ne signifie pas que les élèves ont dit : "Oui, je suis harcelé." Pour le déterminer, il faut qu'ils aient coché dans une liste cinq types de violences psychologiques dont ils se sentent victimes (mise à l’écart, surnom désagréable, insulte) et quatre types de violences physiques (coup, agression, bousculade). La plupart du temps, le harcèlement sévère aboutit à une déscolarisation et souvent à une hospitalisation. Une autre enquête HBSC (Health Behaviour in School-aged Children) datée de 2016 montre aussi un recul de la victimisation chez les collégiens, en particulier en 6ème. Donc la tendance est bonne, mais le chemin encore long.

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"Je l'ai dit au professeur et il a banalisé la chose"

Pour les victimes de harcèlement scolaire, l'une des clés est d'en parler. Le témoignage sur Europe 1 de Justine, 14 ans, en est l'illustration. Scolarisée en 3ème au collège Jean Deconinck de Saint-Pol-sur-Mer, près de Dunkerque, elle a été le bouc-émissaire d'une bande de collégiens en 6ème et 5ème : "À plusieurs reprises, on me bousculait dans les couloirs, on me taquinait. Un jour, on est allé à la piscine, ils m'ont touché la poitrine. Du coup, j'ai pleuré, j'étais dans les vestiaires, je ne voulais plus sortir. Je l'ai dit au professeur et il a banalisé la chose, il a dit : 'Ce n'est peut-être pas grave, il n'a peut-être pas fait exprès.'"

Elle a donc décidé d'en parler "à la CPE" : "Je me suis dit : 'Il ne faut pas que je reste comme ça. Je ne vais pas être bien, je vais culpabiliser, je vais me sentir mal.' Il y a eu des démarches, c'est parti très loin d'ailleurs." Malgré cela, "par la suite, il a recommencé". "Il me jetait des bouteilles d'eau dans la figure. J'avais des t-shirts blancs quand on allait en sport et il me versait de l'eau dessus pour qu'on voit tout à travers", se souvient Justine. "À un moment, je me suis sentie pas bien. J'ai failli faire des bêtises et aujourd'hui je me dis : 'J'ai de la chance de ne pas l'avoir fait.' J'ai eu des idées noires. Je ne me sentais vraiment pas bien parce que je pensais que ça n'arrivait qu'à moi."

Et cela l'a poursuivie, "même en dehors du collège" : "Je me suis déjà faite tabasser à côté du collège parce que j'avais ouvert ma bouche. Et le pire, c'est que je ne savais pas, mais il y avait une vidéo qui a été tournée. C'est parti très loin, j'ai dû porter plainte. Mon père est arrivé en furie dans le commissariat, il a porté plainte."

"Il faut en parler tout de suite ! Il ne faut plus se cacher, s'isoler quand on se fait harceler"

Justine a finalement réussi à se dire qu'elle n'est "pas toute seule". "Si on s'unit tous, on peut former une force et ne plus être harcelés", assure-t-elle. "Il faut en parler tout de suite ! C'est très dur, très compliqué d'en parler. Parfois, j'en ai les larmes aux yeux quand j'en parle. Je pense que d'en parler, c'est une bonne chose. Il ne faut plus se cacher, s'isoler quand on se fait harceler. Il faut en parler pour qu'il y ait une solution. C'est tout bête mais une petite bousculade dans le couloir, quelqu'un qui défait les cheveux de quelqu'un d'autre... Tout ça accumulé chaque jour, ça peut devenir une forme de harcèlement et je pense qu'il faudrait arrêter, tout simplement."

Aujourd'hui, Justine se dit "très fière" de son rôle d'ambassadrice "sur le harcèlement dans le collège" : "Tout le monde me parle et je ne suis plus la fille qui se faisait harceler comme avant. Ça me fait vraiment plaisir." Ce rôle d'ambassadrice, c'est un autre outil du ministère, mais le principe est le même : impliquer les élèves eux-mêmes dans la lutte contre le harcèlement.

Il y a 5.000 élèves ambassadeurs dans les lycées, formés par les rectorats, dont la mission est de parler, d'échanger avec les autres élèves, de repérer parfois aussi des enfants isolés et d'aller vers eux. Quand on a le même âge, on est plus crédible, et c'est toujours beaucoup plus efficace d'engager le dialogue. C'est la raison pour laquelle le ministère veut étendre ce système d'ambassadeurs aux 7.000 collèges de France.

Mais ce n'est pas tout. Dans les collèges, l'idée est qu’il y ait aussi une équipe entière dédiée à la lutte contre le harcèlement. Professeurs, infirmiers, principaux ou assistantes sociales, tous formés à la fameuse méthode PIKAS, dite de "préoccupation partagée", qui marche très bien au tout début du processus de harcèlement. Il s’agit d’organiser une série d'entretiens individuels avec le harcelé et ses harceleurs et de leur demander de trouver eux-mêmes des solutions concrètes.

Aujourd’hui, 10 académies sur 30 sont sur le coup. "On est en train d'industrialiser cette méthode", dit-on au ministère. Et pour ça, Jean-Michel Blanquer va donc annoncer aujourd'hui un déploiement massif de tous ces outils en rajoutant "plein de zéros (donc de l’argent) à tous ces dispositifs".