La sérophobie, ou le rejet des personnes atteintes du VIH : des efforts à faire malgré les avancées

, modifié à
  • A
  • A
3:04
© FLORIAN SCHUH / DPA / AFP
Partagez sur :
Les personnes atteintes du VIH subissent encore quotidiennement des discriminations, parfois même de la part du personnel soignant, et se battent pour faire tomber les clichés. 
LE TOUR DE LA QUESTION

Quand elle est tombée enceinte en 2000, cela ne faisait qu'un an que Morgane savait qu'elle avait été contaminée par le virus du sida, lors d'un rapport sexuel où son partenaire de l'époque ne l'avait pas informée qu'il était porteur de la maladie. Morgane, qui vit dans les Côtes-d'Armor a rapidement été confrontée à ce que l'on nomme aujourd'hui la sérophobie, autrement dit la peur ou le rejet des personnes atteintes du VIH.

"On m'a dit que le virus pouvait se transmettre d'un berceau à l'autre"

"Dans ma campagne, les personnels de santé n'étaient pas forcément au courant des avancées thérapeutiques. Pour ma première grossesse, j'ai eu une césarienne, et on m'a dit que mon enfant ne pouvait pas être mis en nurserie avec les autres bébés le soir, car le virus pouvait se transmettre d'un berceau à l'autre", raconte-t-elle vendredi au micro de François Clauss, sur Europe 1. "Je me suis sentie discriminée. Ça a été très brutal", confie-t-elle.

Après cette grossesse, Morgane a eu trois autres petites filles, toutes séronégatives grâce au traitement que cette mère de famille prend quotidiennement. Pour sa dernière grossesse, en 2013, elle espérait que les choses aient changé dans sa maternité de province. Mais elle a "encore combattu." "En ruralité, on s'aperçoit qu'encore aujourd'hui, certaines maternités n'acceptent même pas le suivi de grossesse", témoigne-t-elle.

 

>> De 9h à 11h, c'est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission ici

Lutter contre la sérophobie pour faire passer des messages de prévention

Marina Karmochkine, médecin immunologiste à l'hôpital européen Georges Pompidou, l'admet : "Dans les années 80-90, on réagissait mal, on avait peur. Effectivement, nous, soignants, avons été très stigmatisants." Et de rappeler qu'aujourd'hui, presque 100% des bébés qui naissent de mères séropositives sont en parfaite santé, dès lors que les mamans ont été dépistées et mises sous traitement. Car l'exemple de Morgane en dit long sur ces clichés et peurs infondées qui entourent, encore actuellement, les personnes porteuses du virus.

Fred, 38 ans, est séropositif depuis dix ans. Il fréquente les applications de rencontres pour gays, et constate là aussi des discriminations. "Pour savoir si vous avez le VIH ou pas, les hommes vous demandent si vous êtes 'clean' (propre en anglais). Ça sous-entend qu'une personne vivant avec le VIH serait sale, donc c'est très stigmatisant, très violent", atteste ce militant, au micro d'Europe 1. Ce que vit régulièrement Fred est la preuve pour Marina Karmochkine, "qu'il faut absolument lutter contre l'homophobie et la sérophobie pour faire passer des messages de prévention."

 

Là encore, la médecin immunologiste rappelle qu'une personne dépistée séropositive suit un traitement intensif pendant six mois, qui permet de diminuer la charge virale du patient au point qu'il ne pourra plus transmettre le virus. "Dès lors, au bout de six mois de traitement, on peut enlever le préservatif. Avoir des relations sexuelles avec quelqu'un sous traitement, ce n'est pas dangereux. On a été ancré dans une psychose, dont il faut maintenant sortir", exhorte Marina Karmochkine.

Ne pas stigmatiser, tout en continuant à alerter

C'est justement à cela que s'attelle Aline Peletier, chargée de mission à l'association Aremedia. Elle intervient en milieu scolaire et auprès des populations à risque pour une meilleure prévention. "Il faut à la fois donner une image dangereuse de la maladie, et à la fois faire en sorte qu'elle ne soit plus stigmatisée comme c'était le cas avant", explique-t-elle.

Selon un sondage publié par Sidaction (réalisé en ligne fin février par Ifop-Bilendi, auprès d'un échantillon représentatif de 1.000 personnes), 23% des jeunes s'estiment mal informés sur le VIH, soit deux fois plus qu'en 2009. Dans le détail, 23% des 15-24 ans pensent également qu'il existe des médicaments pour guérir du sida, contre 13% en 2009. "Tout le monde ou presque a en tête ce qu'est le VIH, et qu'il faut s'en protéger. Mais il n'y a plus cette terreur qu'il y avait autrefois et qui, peut-être, motivait un peu plus à se protéger", constate Aline Peletier.

 

Or, si les traitements par trithérapie permettent aujourd'hui de rendre le virus indétectable et d'empêcher sa transmission, on ne sait toujours pas l'éliminer de l'organisme. Selon les derniers chiffres officiels, publiés fin mars, 6.400 personnes ont découvert leur séropositivité en France en 2017, un nombre qui ne baisse plus depuis plusieurs années.

 

Pour faire un don, composez le 110 par téléphone, envoyez un SMSs avec le mot DON au 92 110, ou rendez-vous sur le site Internet sidaction.org

Europe 1
Par Anaïs Huet